Le Parti socialiste est accusé par les insoumis d’avoir rejoint la macronie

Stéphane Peu, président du groupe « Gauche démocrate et républicaine » à l’Assemblée nationale, le 20/01/2026 ©PurePolitique

Vendredi, le Parti socialiste ne votera pas la motion de censure déposée par la France insoumise, les écologistes et les communistes. Pour Mathilde Panot, ce refus vaut ralliement au bloc macroniste.

Je le dis, parce que contrairement à ce qui est raconté partout dans la presse, l’isolement n’est pas du côté de la France insoumise et des insoumis mais bien du côté des socialistes, ceux-là même qui protestaient, qui disaient qu’ils allaient censurer le gouvernement Lecornu s’il ne renonçait pas au 49.3, et maintenant qu’il emploie et qu’il a recours au 49.3 annonce là aussi qu’ils ne le censureraient pas, ce qui n’a plus aucun sens et qui permet encore une fois de sauver Emmanuel Macron.

Voilà le sens du vote des socialistes, si effectivement ils ne votent pas cette motion de censure. Alors, je le rappelle, dans toute démocratie comme dans toute assemblée, le vote du budget vaut adhésion à la majorité ou à l’opposition. Et donc c’est ce que déterminera cette motion de censure qui sera examinée vendredi à 9 heures.

Mathilde Panot, présidente du groupe « La France insoumise » à l’Assemblée nationale, le 20/01/2026

Auxiliaires de la macronie

Mathilde Panot a raison de rappeler que les socialistes avaient fait du renoncement à l’article 49.3 un de leurs préalables pour entrer dans la négociation avec le gouvernement. En revanche, elle pousse le bouchon un peu loin en amalgamant refus de voter la censure et alliance avec le bloc gouvernemental. Parlementaire chevronnée, la présidente du groupe LFI sait parfaitement qu’il y a une différence entre ne pas prendre part à un vote et voter en faveur d’un projet de loi.

Mais la polémique ne s’encombre pas de nuances. Les socialistes seraient donc devenus les auxiliaires de la macronie. La béquille d’un pouvoir finissant pour reprendre une expression souvent entendue ces derniers jours.

Ceux qui disent “la béquille” doivent me dire ce qu’ils préfèrent. Est-ce qu’ils préfèrent que les Français aient les jambes cassées ? Non. Nous, on a préféré aujourd’hui, dire qu’on était dans une opposition qui cherchait le rapport de force jusqu’au bout, qui tordait le bras au gouvernement, et ça c’est ce que je préfère voir dans ce qui se passe aujourd’hui. C’est que les annonces qui sont faites par Lecornu, elles font faire la grimace aux macronistes, aux LR.

On parle d’un parti qui depuis le début a obtenu la suspension de la réforme des retraites, un milliard de plus pour l’hôpital, c’est une revalorisation significative de la prime d’activité pour les Français qui ont le pouvoir d’achat le plus faible, les salariés qui gagnent en gros entre 1 SMIC et 1,3 SMIC, on a obtenu 2000 postes en plus de recrutement pour l’Éducation nationale, on a obtenu de protéger l’université, le repas à un euro pour les étudiants.

Je rappelle quand même aussi qu’il y avait le gel du barème de l’impôt sur le revenu qui devait faire entrer dans l’impôt plus de 100 000 foyers fiscaux. On a réussi à le faire abolir. On a réussi aussi à arrêter le gel des APL, qui allait quand même conduire aussi à une augmentation du coût de logement de l’ordre de 200 à 300 euros par an pour les ménages qui bénéficient des APL, pour les étudiants. C’est, franchement, des gestes qui ne sont pas dérisoires et qui préservent encore une fois les catégories les plus populaires.

Arthur Delaporte, député « Socialistes et apparentés », le 20/01/2026

Des gains dont Éric Coquerel attribue la paternité à l’ensemble de la représentation nationale et non aux seuls socialistes.

Parmi ces concessions beaucoup en réalité sont des concessions que le gouvernement n’avait plus. Tout simplement parce que le gouvernement les avait déjà adoptées et que ce n’est pas le groupe socialiste qui a été les décrocher. Je pense par exemple à l’indexation du barème de l’IR. Le maintien de l’abattement forfaitaire sur les retraités, la réduction de la ponction sur les bailleurs sociaux de 400 millions d’euros, autant de choses qui, finalement, le gouvernement n’avait pas le choix que de les prendre.

Dans ce qui reste, c’est moins d’un milliard d’euros. L’augmentation de la prime d’activité, la généralisation du repas universitaire à un euro et la création de 2000 postes, non pas d’enseignants mais d’AESH. Et notons que si on prend ces trois thèmes, on s’aperçoit que les coupes budgétaires sur les mêmes secteurs sont largement supérieurs à ce que va rapporter ces quelques concessions.

Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 20/01/2026

C’est l’Assemblée qui a voté ces mesures, tempête Éric Coquerel. Certes, mais le 21 novembre 2025, les députés ont majoritairement voté contre la partie recettes du budget. Résultat, les mesures en question sont passées à la trappe. Et elles ne seraient jamais revenues dans le débat sans la menace des socialistes de censurer le gouvernement.

Mais cette querelle en paternité autour des recettes nouvelles ne doit pas masquer l’essentiel. Aussi surprenant que cela paraisse, les députés ne connaissent toujours pas le détail des coupes budgétaires envisagées par le gouvernement. Contraint et forcé, celui-ci s’est résigné à reconduire la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des 300 premières entreprises du pays pour financer l’essentiel des concessions accordées aux socialistes.

Mais Sébastien Lecornu entend toujours ramener le déficit à 5 % du PIB. Autrement dit, il va tailler allègrement dans les dépenses de l’État. Ce qu’il a lâché d’une main pendant les négociations avec les socialistes sera vraisemblablement repris à la faveur des coupes budgétaires.

Ces concessions ne sont rien par rapport aux coupes budgétaires que va subir ce budget. Je suis bien en peine, au moment où on se parle, de vous dire exactement de combien elles sont, parce que c’est la plus grande opacité, on vient de le dénoncer d’ailleurs avec le rapporteur général à la conférence des présidents, du gouvernement y compris vis-à-vis du président de la commission des finances et du rapporteur, sur ce qui se prépare.

Mais enfin, globalement, entre collectivités territoriales, Sécu et État, c’est plus de 20 milliards de coupes budgétaires que les Français vont subir. Et rien que pour l’État, c’est 13,5 milliards de coupes budgétaires à minima.

Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 20/01/2026

Les tiraillements du Parti socialiste

La direction socialiste n’est pas née d’hier. Olivier Faure et ses lieutenants ont bien conscience qu’un mauvais coup se prépare. Alors, pourquoi acceptent-ils ce marché de dupes avec Matignon ? Parce qu’ils pensent encore pouvoir faire pression ? Sans doute. Mais il y a autre chose. Et c’est Stéphane Peu, le patron des députés communistes qui formule le meilleur diagnostic.

D’abord, le Parti socaliste n’arrive pas à trancher sa ligne. Depuis 2018, qu’Olivier Faure est à la direction, il a eu beaucoup de mérite, beaucoup de mérite, je lui en suis très reconnaissant. Mais enfin je constate aussi qu’à chaque congrès c’est 50 – 50. Le Parti socialiste ne s’est pas totalement libéré du quinquennat Hollande, de son virage social-libéral. Lui qui a enfanté Emmanuel Macron président de la République. Je vois bien le tiraillement de ligne.

Je ne dis pas que les gens sont naïfs, je ne dis pas qu’ils sont inconséquents, je constate des lignes politiques qui ont du mal à être tranchées. Et là, le choix qui a été fait c’est plutôt de dire : ne créons pas, ne censurons pas le gouvernement au risque d’avoir des élections anticipées qui nous mettraient un peu plus dans la difficulté. Donc je crois qu’il n’y a pas de naïveté. Il y a juste un choix politique, peut-être un peu politicien, de ne pas vouloir de nouvelles élections dans notre pays.

Stéphane Peu, président du groupe « Gauche démocrate et républicaine » à l’Assemblée nationale, le 20/01/2026

En clair, nous dit Stéphane Peu, Olivier Faure doit composer avec son opposition interne. Et si la rupture avec la France insoumise a privé ses adversaires d’un argument majeur, un retour anticipé devant les électeurs pourrait bien relancer la contestation interne. Les hollandistes sont toujours en embuscade et espèrent bien remettre en selle le roi du scooter et de la blagounette réunis. Mais n’allez pas dire à Arthur Delaporte que le PS est toujours plombé par son passif sociolibéral.

Moi je ne me sens pas du tout social-libéral. Qu’est ce que ça veut dire le social-libéralisme ? Moi, je vous pose la question. Moi je demande à Stéphane Peu, parce que finalement vous me dites : “C’est lui qui dit ça”, bah moi je lui dis : Qu’est ce que tu entends derrière tout ça, camarade ?

Moi, ce que j’entends, c’est qu’aujourd’hui, dans le budget, on a défendu l’économie sociale et solidaire, je ne crois pas du social-libéralisme. Je crois qu’on a défendu les étudiants, je ne crois pas que ce soit le social-libéralisme, le repas à un euro. Je crois qu’on a défendu le service public audiovisuel, je ne suis pas sûr que ce soit le social-libéralisme. Je crois qu’on a défendu le service public de l’éducation, je ne suis pas sûr non plus que ce soit le cas.

Pour moi, ça s’appelle le socialisme, des valeurs qui sont dans la défense des catégories populaires, des travailleurs. Et donc, voilà, on peut aussi le reconnaître.

Arthur Delaporte, député « Socialistes et apparentés », le 20/01/2026

Alors, est-ce que les socialistes méritent pour ces choix stratégiques divergents d’être excommuniés des rangs de la gauche ? Certes, il y a toujours des aspirants Torquemada qui rôdent ici et là. Mais les insoumis n’ont pas le monopole de la gauche. Depuis le congrès de Tours en 1920, la gauche se compose d’un pôle réformiste et d’un pôle radical. On peut se lamenter. Ou pas. Mais c’est comme ça. Chaque fois que l’un ou l’autre camp est allé séparément à la bataille, il s’est pris une gamelle. Une leçon que Cyrielle Chatelain a rappelé.

Moi, j’aurais préféré censurer avec l’ensemble des groupes de gauche. Après, leur position était connu, Olivier Faure et Boris Vallaud l’ont dit publiquement qu’ils ne censureraient pas. Donc elle n’a rien de surprenant. Moi, je leur dis : le diable se cache dans les détails, que s’engager sur un pacte de non-censure sans connaître les détails c’est effectivement peut-être un pari risqué. Cela ne remet pas en cause le périmètre de Bagneux. Cela ne remet pas en cause le travail qu’on a avec l’ensemble de nos partenaires pour le groupe Écologiste et social.

L’autre enseignement de ce week-end c’est que quand la gauche est divisée elle perd. Nous avons une législative partielle sur laquelle la gauche échoue à quelques voix, à finalement se qualifier au second tour. Et donc la preuve est là. C’est-à-dire que quand on se divise, on peut peut-être regarder qui sera le roi des ruines mais à la fin on ne gagne pas, et donc nous, nous restons clairs sur notre ligne, la gauche doit être unie et c’est pour ça qu’on préfèrerait faire un ensemble de ces démarches ensemble. Aujourd’hui, ce n’est pas possible mais nous ne coupons aucun pont.

Cyrielle Chatelain, présidente du groupe « Écologiste et social » à l’Assemblée nationale, le 20/01/2026

Cyrille Chatelain fait référence à l’élection législative partielle d’Orléans. Dimanche dernier, il a manqué 11 voix à la candidate socialiste pour être au second tour. Résultat, ce dimanche, la ministre de la santé Stéphanie Rist affrontera un candidat du Rassemblement national. A la différence de 2024, la France insoumise avait choisi de présenter un candidat. Celui-ci a obtenu 7 % des suffrages contre 27 % à la candidate socialiste. Divisée, la gauche a été éliminée. Unie, elle aurait barré la route au RN. Et peut-être remporté la partielle.

Ce samedi, plusieurs figures de la gauche feront le déplacement à Tours pour soutenir le maire écologiste Emmanuel Denis, candidat à sa réélection. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, les députés Clémentine Autain, François Ruffin, et Benjamin Lucas et même un sénateur Place publique, Grégory Blanc, tenteront de ranimer la flamme de l’unité, le temps d’un meeting. Ils ne manqueront pas d’évoquer la primaire de la gauche. Au moins en coulisses. Celle-ci devrait se tenir le 11 octobre prochain. A condition que les militants socialistes valident ce processus de désignation. Cela n’étonnera personne, François Hollande y est farouchement opposé. Cette consultation signerait la fin de ses espoirs de retour. Une bonne raison d’encourager cette initiative.

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