Le macronisme vient d’inventer la fausse démission ministérielle avec Monique Barbut

Pascal Lecamp, député « Les Démocrates », le 21/07/2026 ©PurePolitique

Ce n’est plus un gouvernement, c’est une comédie de boulevard. Une de ces pièces de théâtre où les spectateurs rient aux larmes, tant les rebondissements loufoques s’enchaînent dans un crescendo invraisemblable. Ces dernières heures, Monique Barbut, talent méconnu des Français, y a tenu le premier rôle. Mardi soir, elle allait démissionner, nous annonçait-on salle des quatre colonnes à l’Assemblée. A 18 heures, les portes allaient claquer. On allait voir ce qu’on allait voir. Mais comme Sœur Anne, on ne vit rien venir. Ni soleil qui poudroie, ni herbe qui verdoie. En définitive, la ministre passe-murailles remettrait sa démission avant le conseil des ministres du mercredi matin. Affaire réglée. Ce qui ne fâchait pas Sébastien Chenu.

Elle est en désaccord avec un texte d’un gouvernement dans lequel elle siège, donc elle est totalement incohérente. Je pense que madame Barbut n’est pas faite pour défendre la priorité écologique dont on nous avait fait croire qu’elle serait un des piliers. Madame Barbut doit rentrer chez elle, retourner à ce qu’elle a à faire. Ça tombe bien, c’est les vacances.

Sébastien Chenu, député « Rassemblement national », le 21/07/2026

Eh bien non. Car si Sébastien Lecornu était soulagé par l’annonce du départ de sa ministre de l’Écologie, Jupiter, en revanche, ne voulait pas en entendre parler. Le traumatisme de la démission de Nicolas Hulot en 2018 est encore vivace. Pas question de voir un second poids lourd de l’écologie s’esbigner.

Car si Monique Barbut reste une inconnue pour la majorité des Français, elle est cependant une experte reconnue des questions environnementales. Elle a été présidente de la section française du fonds mondial pour la nature, le WWF. Puis secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification de 2013 à 2019. C’est d’ailleurs dans le cadre de cette responsabilité qu’Emmanuel Macron a fait sa connaissance. C’est lui qui l’a faite ministre et il entend bien qu’elle l’accompagne jusqu’au bout de son mandat. Sébastien Lecornu a été fermement prié de s’incliner.

Monique Barbut reste donc au gouvernement. Une cabriole que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a eu un peu de mal à vendre.

Service après-vente

Vous le savez, la ministre de l’écologie a effectivement présenté sa démission au président de la République. Elle a pris le temps d’échanger avec le Premier ministre d’une part, et puis ensuite avec le président de la République et le Premier ministre. Ils ont convenu d’un désaccord sur la loi agricole telle qu’elle a été votée au Parlement et non pas telle qu’elle avait été présentée et proposée par le gouvernement.

Le Président de la République a refusé sa démission et ils se sont en revanche accordés sur trois piliers fondamentaux qui fondent son action : la question des forêts, la question de l’eau et la question de la santé environnementale. Trois piliers, trois chantiers, donc, sur lesquels Monique Barbut a accepté de rester pleinement investie.

Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du gouvernement, le 22/07/2026

Mais pourquoi Monique Barbut a-t-elle voulu tirer sa révérence ? A cause du Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Mardi, ce texte revenait devant les députés après que les sénateurs l’ont transformé en loi Duplomb bis.

Pour ceux qui l’auraient oublié, le sénateur de la Haute-Loire, Laurent Duplomb, avait tenté, l’année dernière, d’autoriser l’emploi de deux pesticides dangereux pour les abeilles et l’homme à la faveur d’un texte sur la simplification de la vie économique. Il s’agit de l’acétamipride et du flupyradifurone.

A l’arrivée, le Conseil constitutionnel avait censuré les dispositions concernant ces insecticides. Malgré ce coup dans l’aile, Duplomb est revenu à la charge. Il a réussi à réintroduire les mesures censurées dans le projet de loi d’urgence agricole. Avec l’aide de la majorité sénatoriale, bien sûr. Et la commission mixte paritaire qui s’est réunie à l’issue de de l’examen en urgence du projet de loi a avalisé le retour des pesticides. La suite, c’est Mélanie Thonin qui nous la raconte.

Hier après-midi, d’une façon totalement improvisée, une réunion de crise s’est tenue à Matignon autour du sujet de la réintroduction de l’acétamipride. Et les députés attendaient hier soir qu’un amendement de suppression puisse être porté courageusement par ce gouvernement, le gouvernement auquel appartient Monique Barbut, pour laisser la possibilité aux députés de pouvoir tout simplement débattre au moins une seule fois des conséquences de la réintroduction de deux pesticides dans notre pays.

Il faut savoir que depuis le début de l’examen de ce texte, les députés n’auront jamais eu l’occasion, jamais, de pouvoir débattre de cette mesure qui a tout simplement été introduite par la force, du côté du Sénat, par le rapporteur Laurent Duplomb. Cette mesure a été entérinée dans le cadre de la commission mixte paritaire, mais à aucun moment les députés n’auront pu s’exprimer sur cette question.

Vous vous rendez compte du choc démocratique dans lequel nous nous trouvons ? Alors qu’on le sait, cette mesure qui était portée dans la loi Duplomb, elle avait déjà engagé des fractures dans notre pays, une fracture entre le monde agricole qui porte cette réintroduction et l’ensemble de la société qui ne comprend pas pourquoi on passe en force ce type de mesures aussi dangereuses pour la santé, pour l’environnement.

Mélanie Thonin, députée « Socialistes et apparentés », le 21/07/2026

Nouvelle fronde chez les macronistes

Elle dit ça, parce qu’elle est socialiste, allez-vous me dire. Eh bien, figurez-vous que les macronistes sont tout aussi furax. Écoutez Pascal Lecamp, député MoDem.

De l’Assemblée est sorti un texte, certes pas parfait, mais en faisant bouger des curseurs. L’ensemble des parlementaires ont réussi à voter, un texte que j’ai voté moi-même, comme beaucoup d’autres. Et l’apparition par le Sénat, pour satisfaire l’ego du sénateur Duplom,b de l’acétamipride, a fait qu’une cinquantaine de de parlementaires du bloc central, dont je fais partie, mais avec Elisabeth Borne, avec Agnès Pannier-Runacher, avec de plus connus que moi, ont décidé de déposer un amendement dans la mesure où nous ce qu’on attendait dans un premier temps c’est que le Premier ministre et que le gouvernement déposent cet amendement de suppression.

Donc, en cette absence et avec l’ouverture des possibilités d’amendements, les parlementaires se sont consultés en une heure. En une heure, on a réuni 50 parlementaires qui ont décidé de déposer ces amendements de suppression. Et la frustration vient du fait qu’il y a eu un refus du gouvernement, ne serait-ce que d’étudier ces amendements, de pouvoir les discuter, les voter, quitte à perdre, mais au moins exprimer une position qui était celle, initiale, d’un texte d’urgence qu’on a voté.

Les 50 parlementaires, dans leur grande majorité, avaient voté fin mai, enfin, quand il est sorti de l’Assemblée, je ne me souviens plus de la date, l’avaient voté et souhaitaient pouvoir continuer à le voter sans ce caillou dans la chaussure, qui est plus qu’un caillou dans la chaussure, qui est une épine. Le fait d’avoir été balayé comme ça, c’est quand même assez surprenant quand on a fait partie des gens qui soutiennent le gouvernement et qui dans leur grande majorité, votent des textes de loi.

Pascal Lecamp, député « Les Démocrates », le 21/07/2026

L’ambiance est tellement bonne entre le gouvernement et les députés qui le soutiennent qu’Élisabeth Borne et Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, ont failli en venir aux mains après le vote du projet de loi. L’affaire n’est cependant pas terminée. Le Conseil constitutionnel a été saisi. Et il n’est pas exclu qu’il censure à nouveau les dispositions autorisant le recours aux néonicotinoïdes.

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