La vieille garde de la France insoumise écartée de la direction du mouvement

La France insoumise est certes un mouvement gazeux. Mais la réorganisation dont elle a accouché samedi donne plutôt dans le genre fumeux. Alexis Corbière, François Ruffin, Clémentine Autain, Éric Coquerel, ces figures du combat des insoumis n’ont pas été retenues pour faire partie de la direction opérationnelle du mouvement. Les intéressés n’ont pas manqué de réagir.

Hier soir, sur LCI, François Ruffin ne mâchait pas ses mots.

Au départ, je pensais que j’allais être seul sur le banc de touche, et puis finalement, je vois que la moitié de l’équipe reste au vestiaire. Je vais discuter avec mes camarades pour voir quelle attitude on peut avoir sur le sujet.

Dans Libération de ce matin, Clémentine Autain n’est pas en reste :

Je constate que le repli et le verrouillage ont été assumés de façon brutale. Les militants n’ont pas eu voix au chapitre (…)
La direction a été choisie par cooptation, ce qui favorise les courtisans et contribue àfaire taire la critique. Aucun effort de pluralisme n’a été fait dans sa composition (…) Il faut démocratiser LFI.

Libération

Un entretien que Jean-Luc Mélenchon a commenté directement sur le profil Facebook de la députée de Seine Saint-Denis : « Toute la Une pour nous salir ».

Certes, jusqu’à présent, à l’exception d’Éric Coquerel, les autres laissés pour compte ne faisaient pas partie de la direction du mouvement. Mais cela ne portait pas à conséquence.

Car, durant le premier quinquennat Macron, c’est le groupe parlementaire, présidé par Jean-Luc Mélenchon qui tenait le rôle de direction opérationnelle.

Le groupe parlementaire n’est plus le centre de décision

Mais cette prédominance du groupe parlementaire sur le mouvement est terminée. C’est ce que nous a assuré samedi Manuel Bompard, le nouveau coordinateur de la FI qui succède à Adrien Quatennens, écarté pour ses violences conjugales.

Les insoumis veulent s’enraciner dans les territoires. Et en priorité ceux tenus par le RN – une proposition ardemment défendue par François Ruffin dans son dernier livre « Je vous écris du front de la Somme. ». Raison de plus, peut-être, pour l’inclure dans la conduite des opérations.

Mais on a l’impression qu’à la faveur de ce recentrage organisationnel, la nouvelle direction entend faire payer à certains leur liberté de ton. Ce qui fait pourtant la richesse de ce mouvement.

L’aspiration à un fonctionnement démocratique

Il y a un mois, François Ruffin avait choqué ses camarades en expliquant dans l’Obs qu’il comptait se social démocratiser.

Clémentine Autain, qui incarne pourtant une sensibilité bien différente de Ruffin n’avait pas ménagé ses critiques dès a fin du mois d’août. Dans une note de blog, elle réclamait une meilleure collégialité dans la prise de décisions.

Plus grave, peut-être, aux yeux de la direction, elle ne cachait pas non plus ses ambitions pour 2027. C’était au début du mois de novembre dans Quelle époque, la nouvelle émission de Léa Salamé sur France 2.

Signe supplémentaire que le verrouillage du mouvement par Manuel Bompard passe mal, il a été acté samedi que le groupe parlementaire décidera lui-même de la façon dont il sera représenté au sein des instances du mouvement.

A vrai dire, on se croirait revenu cinq ans en arrière. À l’époque Manuel Bompard concentrait déjà sur sa personne les mêmes critiques. Un fonctionnement clanique et une certaine rudesse dans les rapports humains.

Débarqué après l’échec des Insoumis aux élections Européennes de 2019 avant de revenir pour diriger la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, n’a apparemment pas mis de l’eau dans son vin.

La France insoumise s’est toujours refusée à voir cohabiter en son sein des sensibilités organisées en courant. Comme au parti socialiste.

Mais est-ce une raison pour renoncer à ce que s’expriment des voix dissonantes au sein de la FI ? Surtout au moment où celle-ci entend fédérer à travers la NUPES, d’autres forces politiques. Le signal envoyé par la réunion de samedi est de toute évidence contreproductif.

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  1. François Ruffin président ? Pourquoi ça pourrait marcher

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