Climat : la France doit s’adapter avant qu’il ne soit tard

La canicule actuelle n’est-elle qu’un épisode, somme toute exceptionnel, du dérèglement climatique ? Ou bien préfigure-t-elle l’entrée dans un nouvel âge ? Jeudi, interrogé à Antibes, en marge lors d’un sommet avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, le président de la République a défendu son bilan en matière de lutte contre le réchauffement climatique : « Il y a un gros travail qui a été fait et je pense que l’honnêteté conduit à le regarder (…) Mais on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire, c’est-à-dire un pic caniculaire qui dure aussi longtemps et qui est à 15 degrés au-dessus des normales saisonnières. »

Pic caniculaire

Toute la difficulté de l’analyse est là. Si l’on considère qu’il s’agit d’un pic caniculaire, alors les arguments d’Emmanuel Macron sont recevables, même s’ils restent discutables sur les budgets engagés. L’ennui, c’est que les propres services de l’État soutiennent exactement le contraire des affirmations présidentielles. Il ne s’agit pas d’un pic, mais du début d’une courbe ascendante.

En 2023, la France s’est dotée la France s’est dotée d’une trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC). S’appuyant sur les travaux du GIEC, cette trajectoire prévoit qu’en 2100, la France sera à +4°C par rapport à l’ère préindustrielle. Lille aura le climat de Bilbao ; Marseille, celui de Séville et Lyon, celui de Rome.

Le réchauffement, c’est de la dynamique

Cette TRACC, révisée en janvier de cette année, est désormais l’horizon de toutes les politiques publiques. Ou, du moins, devrait-elle l’être.

Et cela change beaucoup de choses. Il ne s’agit plus de s’adapter à une situation nouvelle qui serait stabilisée, mais bien d’accompagner une dynamique qui contraint le pays à repenser de fond en comble son mode de vie. Comment travailler, comment se déplacer, comment scolariser les enfants, protéger les anciens, loger les gens…

C’est une course permanente qui vient d’être lancée. Et elle va coûter cher, très cher.
« Il va falloir accélérer un certain nombre de choses. Et très clairement, il faut bien se dire qu’on a un mur d’investissements devant nous », a lancé mercredi Monique Barbut au micro de France Inter. Elle a raison.

Combien ça coûte ?

L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), un think tank qui tente de traduire les objectifs climatiques en politiques publiques et en choix économiques, chiffre à 1,7 milliard d’euros les sommes dépensées en 2025 pour adapter la France au réchauffement climatique. Budgets auquel il faut rajouter plusieurs dizaines de milliards qui contribuent indirectement à cette adaptation.

C’est déjà pas mal dira-t-on. Mais I4CE estime qu’il faudrait consacrer 4 milliards ou 5 milliards d’euros annuels de plus pour la rénovation des logements. Et 3 milliards supplémentaires pour les transports.

Trouver 8 milliards supplémentaires

Pour que la France s’adapte au réchauffement, il faut donc trouver 8 milliards de plus chaque année. Pour l’actuel gouvernement qui ne cesse de raboter le budget adopté en février, c’est proprement inconcevable. Et pourtant il va falloir les trouver. Car c’est tout simplement un impératif vital. On le pressent, cette canicule va s’accompagner de son lot de décès. Les hôpitaux sont saturés. Et le pays marche au ralenti. Cette extrême tension dans les services publics n’est tout simplement pas supportable. Il faut maintenant anticiper à tous les niveaux. On ne stoppera plus le réchauffement climatique. Au mieux, on le ralentira. S’adapter est donc devenu vital.

Serge Faubert

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