Si vous n’aimez pas les sondages, il va pourtant falloir vous y habituer. En 48 heures, pas moins de trois enquêtes d’opinion sont venues réveiller le Landerneau politique. La première – Odoxa – a mis en avant l’érosion des intentions de vote en faveur d’Édouard Philippe et la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon au point que ce dernier pourrait accéder au second tour de l’élection présidentielle.
La seconde – Toluna Harris interactive – examine 5 scénarios de premier tour. Le leader insoumis accède au second tour dans deux d’entre eux. Comme Édouard Philippe dans deux autres configurations.
Enfin le troisième sondage – Ifop – Fiducial – donne le président d’Horizons au second tour, loin devant le candidat insoumis.
Le RN toujours en tête
Seule convergence entre les trois instituts, quel que soit le cas de figure, le candidat du RN – qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella – est nettement en tête du premier tour.
Ces enquêtes sont à prendre avec de longues pincettes. La marge d’erreur peut atteindre jusqu’à 2,9 points. Autrement dit, les estimations données peuvent varier à la hausse ou à la baisse d’autant.
Comment se départager ?
Pourquoi, alors, s’attarder sur ces pronostics aussi précis qu’un horoscope du dimanche ? Parce qu’ils vont jouer un rôle déterminant tant l’éparpillement des candidats est grand.
Ils sont au nombre d’une trentaine comme je l’ai recensé dans une précédente infolettre. Dans chaque famille politique, ils sont trois ou quatre à revendiquer le privilège de candidater à la magistrature suprême. En temps ordinaire, une primaire aurait pu les départager. Mais aucun prétendant ne veut s’aventurer sur ce chemin, faute d’être parvenu à en fixer le périmètre (primaire interne au parti ou à un spectre idéologique dont les bornes sont floues).
L’abandon des primaires
À droite, Laurent Wauquiez qui espérait supplanter Bruno Retailleau doit faire son deuil d’une compétition allant du macroniste Gérald Darmanin à la candidate d’extrême droite Sarah Knafo. Personne n’en veut.
À gauche, la primaire du Front populaire 2027 s’éloigne de plus en plus. Le Parti socialiste n’attendra pas le mois d’octobre pour avoir un candidat. D’autant que François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon sont déjà en campagne. Les écologistes en ont pris acte : Marine Tondelier s’apprête à entrer en lice sous la seule bannière de son mouvement.
Dans ces conditions, comment éviter des guerres fratricides ? En s’en remettant aux sondages. Ce sont eux qui vont devenir les arbitres, les tiers de confiance de chacune des familles politiques du pays. À cette réserve qu’ils ne sont justement pas de confiance. D’abord, en raison des marges d’incertitude soulignées plus haut. Ensuite parce qu’ils varient de jour en jour et selon les instituts.
L’onction sondagière
Mais la plupart des candidats s’en remettent à cette sélection au doigt mouillé. C’est la théorie messianique du candidat naturel : le moment venu surgira le bon client, sanctifié par les oracles du marketing politique. Les autres n’auront alors d’autre choix que de renoncer.
C’est lamentable pour la démocratie ? Certainement. Mais c’est la rançon d’une constitution qui n’a été pensée que pour fonctionner avec une majorité et une opposition. Dès lors qu’est apparue une tripartition, l’éparpillement était inévitable.
Un territoire en jachère
Aucun candidat n’incarne aujourd’hui l’espace qui s’étend du Rassemblement national à la France insoumise. Intuitivement, chacun comprend cependant qu’il y a un territoire à clôturer, un fief à construire.
Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann ou Gabriel Attal tentent, chacun à sa manière, d’en poser les bornes. Le premier en théorisant un retour prochain du clivage droite gauche. Le second en opposant la gauche de gouvernement à la gauche de rupture. Le troisième en tentant de réinventer le macronisme tout en prétendant s’en émanciper, ce qui n’est pas la stratégie la moins paradoxale.
Tant que l’un des trois n’aura pas préempté l’espace entre les deux populismes, celui du RN et celui – revendiqué comme tel – de LFI, nous vivrons à l’heure des sondages comme les traders vivent à l’heure des fluctuations des marchés. Rien que d’y penser, l’épuisement est déjà là.
Serge Faubert
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