
En une semaine, le sans-plomb 95 a augmenté de 10 centimes. Et le gazole a pris 26 centimes. La guerre américano-israélienne contre l’Iran se double maintenant d’un début de crise énergétique. Plus que le montant de l’augmentation, c’est sa brusquerie qui frappe. D’ordinaire, il y a un décalage. Celui du délai incompressible entre l’achat du pétrole brut à un certain prix, son raffinage puis sa distribution à la pompe. Cette fois, tout a augmenté en même temps. Le baril de pétrole brut, jusqu’à plus 30 %, et le litre à la station-service. Ce qui interpelle Michel-Edouard Leclerc.
C’est probablement une bulle. Une bulle d’anticipation, une bulle spéculative, très en amont, au niveau des raffineries. Ce n’est évidemment pas le pompiste de Nogent-le-Rotrou qui est la cause de cette inflation.
Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres Édouard Leclerc, le 09/03/2026
Bonnet d’âne
Il y a cinq jours, pourtant, Roland Lescure, le ministre de l’Économie et des Finances, avait menacé les petits malins qui s’apprêtaient à faire la culbute.
Pas de panique. Il y aura des contrôles sur les prix. Bien sûr.
Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, le 04/03/2026
Visiblement, les arnaqueurs ont eu très très peur. Pour enrayer cet effet d’aubaine sur le dos des consommateurs, le gouvernement a décidé de procéder à 500 contrôles.
Nous avons reçu les distributeurs la semaine dernière avec Roland Lescure. Le Premier ministre a annoncé 500 contrôles en trois jours pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’abus d’ici à mercredi. Et je vous annonce ce matin que nous recevrons de nouveau les distributeurs en fin de semaine avec Roland Lescure pour faire un point, un état des lieux avec eux.
Maud Bregeon, Porte-parole du Gouvernement auprès du Premier ministre, le 09/03/2026
Soit. Mais il va quand même falloir prendre des mesures pour alléger la facture de ceux pour qui la voiture ou le camion sont des outils de travail. Car un début de panique s’installe sur les marchés. Et les prix vont poursuivre leur envol. Rappelons-le, 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz. Et les solutions alternatives ne sont pas légion. Les pipelines qui contournent le détroit ne peuvent acheminer que 40 % des exportations.
Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait bloquer les prix. L’article L410-2 du Code de commerce autorise l’exécutif à prendre “des mesures temporaires motivées par une situation de crise, des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché dans un secteur déterminé”. Le délai d’application de ces mesures ne peut excéder six mois.
Il faut bloquer l’essence. Il faut bloquer aussi les prix de l’électricité et du gaz. Et par exemple les boulangers, et puisque vous m’évoquez ce sujet, évidemment c’est l’augmentation de la facture d’électricité qui leur pose des difficultés.
Si vous bloquez les prix de l’électricité, vous aidez aussi les boulangers. Je dis, moi dans cette situation, que ce n’est pas aux pauvres gens de devoir galérer, c’est aux grandes entreprises, aux multinationales qui ont fait des profits gigantesques après le Covid parce que les prix de l’électricité ont déjà largement augmenté, d’être mis à contribution.
Manuel Bompard, député « La France insoumise » et Coordinateur national, le 08/03/2026
Mais pour calmer les marchés, le gouvernement envisage une autre solution. A la mi-journée, les ministres des finances du G7 (États-Unis, Japon, Canada, Royaume-Uni, France, Allemagne et Italie) se sont réunis en visioconférence. Une seconde réunion a ensuite rassemblé les ministres des finances de la zone euro, cette fois. Roland Lescure a dévoilé une des pistes envisagées.
Evidemment, les ministres des finances ces temps-ci sont très occupés et suivent de très près ce qu’il se passe au Proche-Orient. C’est le cas de l’eurogroupe qui se réunira après ceci. C’était aussi le cas de la réunion des ministres des finances du G7, que j’ai convoquée cet après-midi. Seuls les ministres étaient présents avec l’Agence internationale de l’énergie, avec la Banque mondiale, et avec le Fonds monétaire international.
Nous sommes d’accord pour suivre la situation de très près, sur les marchés, l’impact évidemment sur la situation macroéconomique de nos pays mais aussi l’impact au quotidien pour nos concitoyens qui sont affectés de manière directe, notamment, évidemment, par la hausse du prix de l’essence. Nous allons suivre les choses de près. Nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris en puisant dans les réserves de stocks stratégiques de manière à stabiliser les marchés.
Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, le 09/03/2026
Les stocks stratégiques à la rescousse
Les stocks stratégiques ! Ils sont gérés par l’Agence internationale de l’énergie qui regroupe 32 pays. Chacun d’eux doit disposer de 90 jours de réserve de pétrole, brut ou raffiné. Ces stocks peuvent être débloqués collectivement ou à la demande d’un seul pays pour résoudre une crise ponctuelle. Si l’on suit Roland Lescure, le déblocage s’inscrirait dans une initiative commune. Mais le pétrole n’est qu’une partie du problème. Car la paralysie du détroit d’Ormuz a également des répercussions sur la production de gaz. Pour fonctionner correctement, les installations de liquéfaction ont besoin d’une rotation continue de navires.
Sans ce ballet, les Émirats arabes unis et le Qatar seront contraints de diminuer leur production, voire de la stopper. Ce qui entraînera un renchérissement des prix. Il y a encore la question des matières premières. Nombre de minéraux et de produits chimiques à destination de l’Europe transitent par Ormuz. Ainsi, 33 % de la production mondiale d’engrais passe par le détroit. A ce scénario catastrophe pourrait se surajouter une crise du plastique. 15 % de la production mondiale du plastique polyéthylène vient du Moyen-Orient.
La question de la durée du conflit est donc stratégique pour les économies européennes. Mais voilà, contrairement à ce qu’il avait promis à ses électeurs, Donald Trump envisage à présent que des opérations terrestres soient menées par son armée. Opération aérienne puis navale, la guerre contre l’Iran est déjà pour partie une opération terrestre si l’on considère l’invasion du Sud-Liban par les troupes israéliennes.
L’intervention de forces spéciales américaines, encadrant par exemple les milices kurdes, rapprocherait le conflit de l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Une guerre longue, sans aucune perspective politique, qui s’est soldée, in fine, par le retour des Talibans à Kaboul, 20 ans plus tard. Peut-on libérer la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz sans attendre la fin de la guerre ? Depuis Chypre où il s’est rendu aujourd’hui, le Président de la République a esquissé une réponse.
Nous sommes en train de mettre en place, et nous l’avons évoqué à l’instant aussi, une mission purement défensive, purement d’accompagnement, qui doit se préparer avec des états européens et non-européens et qui à vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit qui permettra l’escorte de porte-containers et de tankers pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz qui est essentiel au commerce international mais également à la circulation du gaz et du pétrole qui doivent pouvoir sortir à nouveau de cette région.
Emmanuel Macron, président de la République, le 09/03/2026
Après la phase la plus chaude du conflit, dit Emmanuel Macron. D’accord, mais comment repérer le bon moment ? L’heure est davantage à l’escalade. Et à l’extension géographique du conflit. Autrement dit, les économies européennes vont souffrir. Longtemps.
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