À un an de l’élection présidentielle, l’Assemblée nationale et le gouvernement sont-ils condamnés à expédier les affaires courantes ? On pourrait le croire au vu des revers enregistrés par l’exécutif ces dernières semaines : rejet du projet de loi sur l’assurance chômage alors qu’il avait recueilli l’assentiment des partenaires sociaux ; suppression définitive des ZFE avec l’adoption du projet de loi de simplification économique ; retrait in extremis des propositions de loi sur le 1er mai et contre les formes renouvelées de l’antisémitisme…
Surenchère
L’institution parlementaire reste bloquée, faute de majorité, bien sûr, mais aussi parce que la perspective présidentielle encourage davantage l’intransigeance que l’esprit de compromis. L’année qui vient a de fortes chances de ne pas être une année utile sur le plan législatif.
Pourtant, la crise énergétique et les guerres appellent des réponses de la représentation nationale. Le gouvernement ne pourra pas indéfiniment distribuer des enveloppes aux catégories socioprofessionnelles pour qui la voiture est un instrument de travail. Surtout si le conflit au Moyen-Orient s’enlise. Il faut une vision d’ensemble qui s’inscrive dans la durée.
Plan d’électrification
Certes, Sébastien Lecornu a présenté jeudi un plan d’encouragement de la demande en électricité. 22 mesures qui concernent l’industrie, le logement ou encore la mobilité.
Fort bien. Mais la discussion parlementaire aurait pu enrichir l’élaboration de ce plan. L’exécutif a préféré enjamber le Parlement par peur de la surenchère budgétaire.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Sébastien Lecornu veut rester dans l’épure des crédits votés par les députés. « Le quoi qu’il en coûte, c’est fini ! », répète-t-il à l’envi. Pour ramener le déficit à 5,1 %, il a gelé 6 milliards d’euros. Il ne pourra pas aller beaucoup plus loin sans passer par un projet de loi de finances rectificative.
Moral des ménages en berne
Dans le même temps, l’INSEE nous apprend que le moral des ménages a perdu 5 points en avril. Soit son plus bas niveau depuis mai 2023. La crainte d’un retour de l’inflation et du chômage est réelle. Il faut rassurer.
La discussion du budget 2026 va bientôt commencer. Les différents ministères travaillent sur les lettres de cadrage. Là encore, on avance à tâtons. Le Premier ministre pourra-t-il obtenir des socialistes un nouveau refus de le censurer au moment de recourir à l’article 49-3 ? C’est loin d’être évident alors que la campagne présidentielle battra son plein.
Sébastien Lecornu est condamné au cabotage. Un obstacle après l’autre en évitant tout ce qui pourrait porter à ébullition le chaudron parlementaire. Il n’est pas sûr que le moine soldat de Matignon remplisse sa mission jusqu’au bout.
Serge Faubert
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