
Un pas en avant, deux pas en arrière. C’était donc ça, le secret de la méthode Lecornu. Vendredi soir, on apprenait que le Premier ministre avait demandé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, d’étudier le couplage d’éventuelles élections législatives avec les élections municipales. Celles-ci doivent se tenir les 15 et 22 mars. Une annonce qui a des allures de menace. Menace contre les députés : si vous censurez le gouvernement, le président dissoudra l’Assemblée nationale. Mais le lendemain, le Premier ministre change son fusil d’épaule.
Dans le Parisien, il déclare : “Soyons clairs. Je ne veux ni de la censure, encore moins de la dissolution. Mon combat, c’est la stabilité et repousser le désordre”.
Résumons : Sébastien Lecornu prépare les élections législatives qui suivront une dissolution dont il ne veut pas. Comme disait Coluche, je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire. D’où est venue cette idée géniale de brandir la menace d’une dissolution ? De celui qui en a seul le pouvoir : Emmanuel Macron. On voit mal le Premier ministre s’aventurer sur ce terrain-là sans avoir reçu une consigne de l’Élysée. Il y avait visiblement une volonté, au sommet de l’État, de dramatiser la situation.
Au moment où Matignon faisait savoir qu’on travaillait à l’organisation de nouvelles élections, d’autres membres du gouvernement s’employaient à faire pleurer dans les chaumières.
Un certain nombre de groupes politiques, deux en l’occurrence, ont annoncé le dépôt d’une motion de censure qui pourrait être discutée mercredi. Et je veux ici être très claire : jusqu’à maintenant le monde agricole faisait face à une menace, ça s’appelait la loi spéciale, et la menace était le retard d’application des mesures.
Désormais nous avons une nouvelle menace devant nous, qui s’appelle la motion de censure, et qui aura pour conséquence très concrète que le sujet ne serait plus le retard mais bien l’absence, le vide, le rien. Nous avons vu beaucoup d’acteurs politiques, des parlementaires, des acteurs engagés dans la vie de la nation, qui se sont rendus très légitimement auprès des agriculteurs.
Ces mêmes acteurs parlementaires, mercredi, à l’Assemblée, vont avoir un choix devant eux : soit ils font tomber le gouvernement, et toutes les promesses qu’ils auront pu faire aux agriculteurs tomberont, soit ils ne font pas tomber le gouvernement et ils considèrent que l’urgence est bien, comme je le pense et comme nous le pensons ici, que les débats puissent avancer, que les votes puissent avoir lieu.
Amélie de Montchalin, Ministre de l’Action et des Comptes publics, le 09/01/2026
Deux motions de censure
Eh oui, deux motions de censure seront examinées mercredi à l’Assemblée. Une déposée par la France insoumise et l’autre par le Rassemblement national. Elles entendent sanctionner le gouvernement pour n’avoir pas réussi à bloquer l’accord du Mercosur. Sauf accident, elles ne seront pas adoptées. Le Parti socialiste a fait savoir qu’il n’en voterait aucune. François Hollande avait pris les devants.
Est-ce que vous allez les voter ces motions de censure ? Non, elles sont inappropriées, ces motions de censure. D’abord parce que la France va voter contre cet accord. On ne peut pas reprocher au gouvernement une action que nous avons encouragée. On demandait de voter contre, c’était même à l’unanimité de l’Assemblée nationale. Voter une motion de censure pour renverser un gouvernement qui a voté contre.
François Hollande, député « Socialistes et apparentés » et ancien président de la République, le 11/01/2026
A vrai dire, ce ne sont pas ces deux motions qui préoccupent le gouvernement. S’il roule du muscle, c’est plutôt pour préparer la sortie du débat budgétaire. Ça se présente mal. La commission des finances a repoussé le volet recettes du budget de l’État. Et demain, mardi, l’examen dans l’hémicycle commence. Sébastien Lecornu a besoin de calmer le jeu.
Je ne pense pas qu’il souhaite une dissolution, mais on voit bien qu’il met une pression. Il met une pression notamment vis-à-vis à la fois du groupe socialiste et des LR, c’est-à-dire ceux qui presque de manière symétrique pourraient censurer le gouvernement selon ce qu’il y a dans le texte. Or, ce qu’il se passe aujourd’hui, on va en parler, ce qui sort de la commission qui s’est achevée hier, la commission des finances, c’est qu’il n’y a pas matière aujourd’hui à, même, d’infimes concessions.
Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances à l’Assemblée nationale, le 11/01/2026
La menace a fait grincer des dents au Parti socialiste. Essaie un peu pour voir, semble dire Olivier Faure à Sébastien Lecornu…
Il n’est pas illogique qu’il dise que s’il est censuré, il devra effectivement repasser devant les urnes, et ça ne fait peur à personne. Mais je ne dis pas que je souhaite la censure. Je souhaite le compromis.
Quelle que soit la voie qu’il utilisera, il sera à un moment contraint de mettre sur la table sa propre copie. Et à ce moment-là nous jugerons sur la copie elle-même. Si la copie est passable, eh bien nous nous abstiendrons. Si la copie est mauvaise, nous voterons éventuellement une motion de censure.
Olivier Faure, député « Socialistes et apparentés » et Premier secrétaire du Parti socialiste, le 11/01/2026
Pour la droite, c’est forcément la faute de la gauche
Quoi qu’il arrive, il y aura une motion de censure du RN. Quant aux Républicains, il n’est pas certain qu’ils volent au secours du gouvernement. Pour François-Xavier Bellamy, celui-ci est sous la coupe des socialistes.
Les socialistes aujourd’hui sont en train d’exercer un chantage sur le gouvernement qui fait que leur priorité principale qui semble être d’augmenter les impôts par tous les moyens possibles dans le pays le plus fiscalisé de l’OCDE sont en train de devenir la ligne directrice du gouvernement.
François-Xavier Bellamy, député européen « Les Républicains »
Sortons la calculette. Sans les voix des socialistes et des Républicains, il manquera 25 voix à une motion de censure pour être adoptée. Le groupe PS est fort de 69 députés. Celui des LR compte 49 membres. Le Premier ministre marche donc sur des œufs. On l’a vu lors de précédents scrutins, les députés s’affranchissent de plus en plus de la discipline de vote.
Sébastien Lecornu va devoir se montrer très malin pour que le PS et LR ne rejoignent pas, pour des raisons strictement opposées, ceux de leurs collègues qui sont déjà résolus à renverser le gouvernement. Le Premier ministre a quand même un atout dans sa poche. Dans de nombreuses villes, à gauche et un peu moins à droite, les négociations locales ont permis de constituer des listes d’union. Mais ce qui vaut au niveau municipal ne vaut pas au niveau national.
Imaginons que dans une ville une liste écologiste rassemble les socialistes et les communistes. Mais il y a de fortes chances qu’aux législatives, le même jour, les uns et les autres aillent à la bataille sous leur propre bannière. Bonne chance, dans ce cas de figure, pour convaincre les électeurs de la solidité des alliances nouées au niveau local. Les dégâts risquent d’être considérables.
Quelque chose nous dit que tout le monde va bien réfléchir avant de prendre la décision de censurer le gouvernement…
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