La crise sociale qui vient…

Jeudi 21 avril, David Amiel, le Ministre de l’Action et des Comptes publics, réunira les partis politiques, les partenaires sociaux et les représentants des élus locaux. Il s’agit de tracer les grandes orientations budgétaires pour 2027.

Des orientations que la crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient est en train de bousculer. Certes, il y a une semaine, l’Insee a annoncé un déficit bien moins important que ce qui était attendu (5,1 % du PIB au lieu de 5,4 %). Mais les perspectives sont loin d’être souriantes.

Hausse spectaculaire des taux d’intérêt

Le gouvernement doit en effet composer avec la hausse des taux d’intérêt entraînée par le conflit. La France devrait ainsi payer 1,5 milliard d’euros d’intérêts supplémentaires dès 2026. Et en 2027, l’addition s’alourdira de 4 milliards. La seule charge de la dette deviendra alors le premier poste de dépenses de l’État, devant le budget de l’Éducation nationale ou celui de la Défense.

Recettes fiscales en hausse

C’est dans ce contexte que Sébastien Lecornu doit répondre à la hausse des carburants. L’État devrait percevoir 270 millions d’euros de recettes supplémentaires en mars, selon une estimation des services du gouvernement. Dont 120 millions issus de la seule TVA sur les carburants. Un surcroît qui est lié à la fois à la hausse (l’ensemble des taxes représente environ la moitié du prix au litre) et au début de panique des consommateurs qui se sont rués dans les stations-service.

Ce bas de laine – dénoncé avec virulence par Marine Le Pen – devait être affecté à l’électrisation des mobilités, en particulier des automobiles.

Mesures d’aide ciblées

Il n’en sera rien, a expliqué David Amiel. Pour faire face à la hausse des carburants, le gouvernement a déjà engagé 130 millions d’euros de mesures de soutien, notamment pour les transporteurs, les agriculteurs et les pêcheurs.

Le chèque énergie a été étendu (600 millions d’euros) à 700 000 foyers supplémentaires. Un peu plus de 5 millions de foyers devraient bénéficier de ce coup de pouce qui s’élève, en moyenne, à 153 euros.

Bref, le gain fiscal supplémentaire a déjà été dépensé.

Record de 1985 battu

Mais ces mesures ne sont pour l’instant que des palliatifs. Pour des millions de Français, la voiture est une dépense contrainte. Sans elle, comment se rendre au travail, faire les courses ou bien véhiculer les enfants ?

La semaine dernière, le prix moyen du litre de gazole a atteint 2,18 euros, un record absolu depuis 1985. C’est dire l’ampleur de la crise. Il faut maintenant des décisions fortes.

Bloquer les prix ?

Le gouvernement se refuse à toute mesure d’ensemble comme le blocage des prix. Il y a pourtant des précédents qui militent en faveur d’un tel dispositif.

Ainsi, en 1990, Michel Rocard, alors Premier ministre, avait mis en place un blocage des marges des pétroliers après l’invasion du Koweït par l’Irak.

C’est le même mécanisme qu’a repris en 2020 Emmanuel Macron pour limiter le prix des masques et du gel hydroalcoolique pendant la pandémie de COVID-19.

On peut également rappeler le bouclier tarifaire sur l’électricité et le gaz entre 2021 et 2024. Le gouvernement avait décidé de geler les prix pour préserver les ménages des fluctuations du marché. Certes, la mesure s’est révélée coûteuse car c’est l’État qui a payé la différence auprès des fournisseurs. En mars 2024, la Cour de comptes estimait que le bouclier tarifaire avait coûté au total 72 milliards d’euros.

Profiteurs de guerre

Mais pour astronomique que soit la somme, peut-on raisonnablement penser que les Français vont accepter sans mot dire de mettre la main au portefeuille ? Dans beaucoup de familles, on en est déjà à arbitrer entre faire le plein ou remplir le caddie. Doit-on rappeler que le mouvement des gilets jaunes a démarré avec la hausse du gazole ?

Sébastien Lecornu en est conscient. Il joue la montre, espérant que la réouverture du détroit d’Ormuz interviendra dans quelques semaines tout au plus. Mais à tergiverser, il prend le risque d’une explosion sociale. Car l’inflation fait son retour dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient. C’est le pouvoir d’achat de tous les Français qui est désormais menacé.

Au même moment, on apprenait que TotalEnergies a réalisé un milliard de dollars de bénéfice. Les traders du groupe ont acheté massivement, dès le début de la guerre, des cargaisons de pétrole arabe qui n’étaient pas impactées par le blocage d’Ormuz. Peut-être pourrait-on mettre à contribution ce pétrolier ?

Quand les uns sont contraints de se serrer un peu plus la ceinture tandis que d’autres engrangent des superprofits, ça se termine mal, en général.

Serge Faubert

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