Iran : une guerre aux objectifs incertains

Depuis quelques heures, les bombes américaines et israéliennes frappent les installations stratégiques iraniennes. Et une nouvelle fois, on s’interroge sur les buts de guerre des États-Unis. S’agit-il de libérer le peuple iranien de la dictature sanglante des mollahs ? Depuis l’intervention au Venezuela, il est permis de douter. Si Maduro est en prison, le régime, lui, est toujours en place. Et les compagnies pétrolières américaines s’en accommodent fort bien.

Prenez le contrôle de votre gouvernement !

Si l’on s’en tient aux déclarations de Washington et Tel-Aviv, il s’agit bien de venir au secours des Iraniens. Dans un message qu’il leur a adressé, Donald Trump les exhorte à s’emparer du pouvoir : « Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra de le faire. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations ».

Même son de cloche de la part du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu :
« Notre action conjointe créera les conditions permettant au courageux peuple iranien de prendre son destin en main. Le moment est venu pour toutes les composantes de la nation iranienne – Persans, Kurdes, Azéris, Baloutches et Ahwazis – de rejeter le joug de la tyrannie et de faire naître un Iran libre et épris de paix ».

Détruire les missiles

Mais Donald Trump a avancé en parallèle un autre mobile : la sécurité de son propre pays. L’opération engagée ce matin semble surtout s’inscrire dans la continuité de la guerre des 12 jours en juin dernier. À l’époque, il s’agissait de détruire les centrifugeuses qui permettent d’enrichir l’uranium et les stocks déjà enrichis de ce matériau.

Cette fois, ce sont les vecteurs qui sont visés : « Nous allons détruire leurs missiles et anéantir leur industrie balistique a déclaré le président américain. Elle sera, une fois de plus, totalement détruite. Nous allons anéantir leur marine ».

Une intervention au sol improbable

Entre ces deux objectifs, il va falloir choisir. Car le régime des mollahs ne s’effondrera pas avec simplement des bombardements. L’histoire récente des guerres – à commencer par l’Irak – enseigne qu’une intervention au sol est nécessaire. Il faut occuper et tenir les zones conquises.

Les 50 000 hommes embarqués sur les navires américains ne suffiront pas pour mener cette mission. En 1991, l’opération Tempête du désert pour libérer le Koweït avait mobilisé près d’un million d’hommes issus de 39 pays.

Sans doute Donald Trump espère-t-il que les soulèvements populaires remplaceront avantageusement ses fantassins. Car son opinion publique ne supportera pas que cette intervention se solde par de nombreuses pertes américaines.

Mais si les Iraniens ne sont pas au rendez-vous ou, pire, se font massacrer par les forces de la dictature, ce sera tant pis pour eux. Il sera toujours temps, pour l’administration américaine, de reprendre les négociations avec un régime certes affaibli, mais définitivement privé de l’arme nucléaire. Le cynisme n’a jamais étouffé Donald Trump.

Serge Faubert

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