Jeudi, le président américain a annoncé l’imminence d’un accord avec les Iraniens. Selon la chaîne américaine CNN, c’est la 39e fois que Donald Trump évoque une telle perspective. En trois mois de guerre, c’est du jamais vu. Mais il est vrai qu’avec l’actuel occupant de la Maison-Blanche, on ne s’étonne plus de rien.
Pourquoi commenter alors cette annonce ? Parce que, pour la première fois, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré vendredi que « le protocole d’accord d’Islamabad n’a jamais été aussi proche d’être finalisé ». Affirmation à laquelle est venue faire écho, aujourd’hui samedi, celle du Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif.
« Nous sommes plus proches que jamais d’un accord de paix », a posté sur le réseau social X cet acteur central de la négociation entre Américains et Iraniens.
Accord ou protocole ?
Plutôt que d’un accord de paix, il s’agirait d’un protocole. Autrement dit, une liste de points à discuter pendant 60 jours. Seraient ainsi évoqués le contrôle du détroit d’Ormuz, les stocks d’uranium enrichi, le déblocage des avoirs iraniens gelés et l’arrêt de la guerre au Sud Liban.
Rien ne dit qu’un compromis puisse se dégager entre les parties. Mais pour Donald Trump, cet accord en trompe-l’œil vaut de l’or. Dans moins de cinq mois se dérouleront les élections de mi-mandat, les « midterms ». Tous les deux ans, en effet, les Américains renouvellent la totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat.
Les élections de mi-mandat
Pour l’heure, les deux assemblées sont contrôlées par les Républicains. Mais la Chambre des représentants pourrait bien basculer entre les mains des Démocrates. Situation qui permettrait à ces derniers de bloquer de nombreux projets de loi et de lancer des commissions d’enquête.
S’il veut limiter la casse, Donald Trump doit donc donner l’illusion qu’il est le grand vainqueur de cette expédition militaire. Une aventure qui, rappelons-le, ne devait durer que quelques jours. Il suffisait de décapiter le régime pour qu’il s’effondre, expliquait-on. Oubliant que les Iraniens qui auraient pu se révolter ont été massacrés par le régime en janvier de cette année. 30 000 morts selon différentes sources.
Une guerre promise à l’échec
Le refus d’engager des troupes au sol portait en soi l’échec de cette guerre. Aucun bombardement n’a jamais renversé un régime. Surtout un régime criminel qui n’a que faire de la mort de ces citoyens.
Donald Trump obtiendra sans doute le chiffon de papier dont il a besoin. Mais paradoxalement, c’est bien l’Iran qui risque de sortir vainqueur du conflit. La négociation sur l’uranium conduira à une nouvelle mouture de l’accord de Vienne signé en 2015. Cet accord encadrait strictement le programme nucléaire de Téhéran et en déléguait le contrôle à l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Retour à la case départ
Si, en 2018, les États-Unis – alors sous la première administration Trump – ne s’étaient pas brutalement retirés de l’accord, il y a de bonnes raisons de croire que les Iraniens auraient continué de le respecter. Car la libération progressive des avoirs gelés était à ce prix.
La guerre n’aura donc abouti qu’à ramener les Américains au point de départ. Et même, peut-être, un peu plus loin derrière. Car les Iraniens ont bien compris que le contrôle du détroit d’Ormuz était un atout qu’ils avaient négligé jusqu’à présent. En le bloquant, ils mettent les économies mondiales à genoux. Rien que pour la France, ce conflit auquel nous n’avons pas pris part a coûté 6 milliards d’euros, une croissance nulle au premier trimestre et une inflation qui a pris deux points depuis le mois de janvier. Sans parler du risque de récession…
La pépite d’Ormuz
Il serait donc étonnant que les dirigeants iraniens renoncent à taxer le trafic maritime au large de leurs côtes. Une exigence que les Américains accepteront de guerre lasse car ils n’ont pas le moyen de s’y opposer sur le long terme.
Donald Trump avait promis aux électeurs MAGA qu’avec lui il n’y aurait plus de guerres américaines au bout du monde. Il aura fait tout le contraire.
Serge Faubert
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