Les lecteurs de cette infolettre m’en tiendront certainement rigueur. Et je leur présente par avance mes excuses. Je ne les ai pas entretenus d’une nouvelle candidature à gauche. Celle du député Génération.s de la 8e circonscription de l’Essonne : Benjamin Lucas-Lundy. Jeudi dernier, ce fringant parlementaire de 35 ans a annoncé se porter candidat à la primaire du Front populaire 2027. Processus de désignation qui est aussi en forme qu’un avion iranien après le survol de la flotte américaine dans le détroit d’Ormuz.
Toujours tiré à quatre épingles, Benjamin Lucas-Lundy est d’un commerce agréable avec les journalistes. Esprit de synthèse, propos intelligible, punchlines ciselées, c’est le bon client. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire – ce n’est pas le moindre – est celui de l’utilité de sa candidature. Se positionnant à mi-chemin entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier, il vient renforcer le sentiment de désagrégation générale de la classe politique. Pour le dire autrement, a-t-on vraiment besoin d’un hybride mélenchotondeliériste pour sortir de la mélasse ?
Treize candidats à gauche
À gauche, on compte ainsi 13 candidats déclarés ou en voie de le faire : Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure, Boris Vallaud, Raphaël Glusckmann, Clémentine Autain, François Ruffin, Marine Tondelier, Bernard Cazeneuve, Jérôme Guedj, François Hollande, Delphine Batho et Fabien Roussel. Sans oublier Lydie Massard de l’Union démocratique bretonne. Pas mal pour un bloc qui représente 28 % de l’électorat.
Quatre héritiers du macronisme
Mais cet émiettement n’est pas propre à la gauche. On se bouscule également au centre droit. Édouard Philippe occupe la pole position. Talonné par Gabriel Attal qui est sur le point d’annoncer sa candidature. Mais Élisabeth Borne et Gérald Darmanin pourraient bien venir compliquer les projets des deux premiers.
Trois prétendants à droite
À droite, Bruno Retailleau a été investi par Les Républicains, son parti. Ce qui n’empêche pas son rival de toujours, Laurent Wauquiez, le patron des députés LR, de militer pour une primaire qui irait de Sarah Knafo à Gérald Darmanin. Primaire que le susdit député se verrait bien remporter. Mais il devra compter avec David Lisnard, le maire de Cannes, qui a officialisé sa candidature fin mars après avoir quitté « Les Républicains ».
Avalanche de doublons à l’extrême droite
À l’extrême droite, les candidats se ramassent aussi à la pelle. Calendrier judiciaire oblige, le Rassemblement national a deux têtes d’affiche : Marine Le Pen et Jordan Bardella. Du côté de Reconquête, la candidature à la magistrature suprême est normalement le privilège d’Éric Zemmour. Mais sa compagne, Sarah Knafo pourrait céder aux sirènes qui la pressent de remplacer le polémiste, jugé par trop clivant pour la bonne société.
La sphère souverainiste et complotiste sera également de la partie. Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan tenteront certainement de se porter candidats.
Les inclassables
Enfin, il y a les OVNI : Ségolène Royal et Dominique de Villepin. Tous deux laissent entendre qu’ils pourraient y aller, pourvu que les sondages leur laissent entrevoir un score qui ne soit pas humiliant.
Au total, ce sont donc 28 candidats qui prétendent, peu ou prou, succéder à Emmanuel Macron.
Les candidatures de témoignage
À ce décompte, il faudra certainement rajouter les candidatures de témoignage : celle de Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière et celle d’un représentant d’une des multiples scissions du NPA.
Ce qui porte la liste à 30 noms. Certains n’iront pas jusqu’au bout, parce qu’un compromis raisonnable éclaircira le jeu dans leur camp. D’autres tenteront de réunir au moins 500 parrainages d’élus, provenant d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que plus d’un dixième de ces signatures puissent venir d’un même département. Et devront renoncer, faute d’y être parvenu.
Enfin, il y a l’argent. Pour voir une partie de ses frais de campagne être remboursés, il faut franchir la barre des 5 % au premier tour. Et avant cela, il faut trouver la banque qui acceptera d’anticiper ce remboursement.
Mais à supposer que seulement la moitié des noms que nous venons d’énumérer figure sur la liste retenue par le Conseil constitutionnel, il restera encore davantage de prétendants qu’en 2022. Ils n’étaient que 12 à solliciter les suffrages des Français.
Qu’est-ce que cela dit du moment ? Tout simplement que les cadres traditionnels de la politique française ont volé en éclats. Et que les nouveaux périmètres tardent à se structurer. L’hypothèse de la reconduction d’une Assemblée nationale sans majorité absolue au terme de la dissolution de l’actuelle dans la foulée de la présidentielle s’impose de plus en plus dans la réflexion des états-majors. La crise institutionnelle de la Ve République serait alors consommée. Pour le dire autrement, 2027 ne sera pas la bouée de sauvetage dont certains rêvaient.
Serge Faubert
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