Donald Trump sait-il lui-même où il va ? Emporté par sa mégalomanie, voilà qu’il n’exclut plus d’envoyer des troupes au sol en Iran

Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, le 02/03/2026 ©Gouvernement

Où conduit cette guerre ? Si l’on peut se réjouir que l’attaque israélienne de samedi, soutenue par les Américains, ait conduit à l’élimination du boucher en chef de Téhéran, et avec lui, d’une bonne partie de la caste dirigeante, le point d’arrivée reste incertain. Pour les Israéliens, la logique est évidente. Cette attaque décisive est le dernier volet des représailles entraînées par le massacre du 7 octobre 2023. Le Hamas est aujourd’hui hors de combat et le Hezbollah n’a pas encore reconstitué ses chaînes de commandement.

Une fois les proxys neutralisés, il restait à liquider les donneurs d’ordre iraniens. C’est en cours. Pour ce qui est des intentions de Donald Trump, le discours est beaucoup plus flou. S’agit-il de neutraliser les lanceurs après avoir détruit, en juin dernier, la plupart des centrifugeuses permettant de produire de l’uranium enrichi ? Auquel cas, des raids aériens répétés suffisent. Ou bien s’agit-il de placer à la tête de l’Iran des dirigeants avec qui les États-Unis pourraient s’entendre ?

“J’ai trois bons choix de candidats pour diriger l’Iran” affirmait dimanche le président américain. On serait là dans la répétition du scénario vénézuélien. Une révolution de palais dans laquelle le peuple iranien ne serait pas appelé à prendre son destin en mains, mais plutôt de chair à canon face à la répression. Et puis il a la question du pétrole. L’Iran, comme le Venezuela, est l’un des principaux fournisseurs de la Chine. Contrôler ces deux pays, c’est s’assurer d’un avantage décisif dans l’hypothèse d’une future confrontation militaire avec Pékin. On sait que c’est là l’obsession de Donald Trump.

Tout semble donc possible. Alors qu’il s’était engagé auprès de ses électeurs à mettre fin aux expéditions militaires américaines, et en particulier l’envoi de troupes au sol, voilà que le président américain déclare au New York Post “ne pas exclure” un tel scénario pour l’Iran. Cet homme change d’avis comme de teinture de cheveux, on le vérifie une nouvelle fois. Le droit international reste pour lui une aimable plaisanterie. Ce que déplorait ce matin Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères.

Regrettable que cette situation n’ait pu être réglée dans le cadre des institutions internationales qui sont les seules susceptibles de créer les fondations d’une paix et d’une stabilité durable. Mais chacun le sait, le véto brandit par certains membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies a paralysé l’action collective, y compris lorsque le recours à la force aurait été nécessaire pour faire respecter le droit.

Malgré cela, l’intervention décidée unilatéralement par Israël et les Etats-Unis d’Amérique aurait mérité d’être débattue dans les instances collectives prévues à cet effet. Chacun aurait ainsi pu prendre ses responsabilités car ce n’est qu’en se confrontant au Conseil de sécurité que le recours à la force peut revêtir la légitimité nécessaire.

Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, le 02/03/2026

Le droit international est encore une fois bafoué

Le droit international est la seule boussole possible, a rappelé Marine Tondelier.

La manière dont s’y prennent les Etats-Unis est inacceptable. Il nous reste une boussole dans ce monde, c’est le droit international. Et si on ne le respecte pas, si les plus grands de ce monde après Poutine en Ukraine et maintenant Trump au Venezuela puis en Iran marchent dessus, alors ce sera quoi ? Ce sera la loi du plus fort, tout le temps, partout ?

Marine Tondelier, Secrétaire nationale des Écologistes, le 01/03/2026

C’est bien gentil, le droit international, lui a répondu Gabriel Attal. Mais ce ne peut être un permis de tuer pour tous les dictateurs de la planète.

Le régime de mollahs n’a pas respecté le droit international quand il a assassiné des manifestants et des étudiants. Il n’a pas respecté le droit international quand il a empêché des femmes de vivre librement, de se vêtir comme elles le souhaitaient. Il n’a pas respecté le droit international quand il a appelé à la destruction d’un état, Israël, à la déstabilisation de toute une région, en cherchant à obtenir l’arme atomique. Le droit international ne peut pas devenir un totem d’immunité pour ceux qui le bafouent, matin, midi et soir.

Gabriel Attal, président du groupe « Ensemble pour la République » à l’Assemblée nationale, le 02/03/2026

Au-delà de la polémique sur l’antisémitisme de certains de ses récents propos, on guettait la réaction de Jean-Luc Mélenchon. Après l’intervention américaine au Venezuela, il avait réclamé le retour de Nicolas Maduro, le président capturé par les forces spéciales américaines. Le chef de file des insoumis allait-il prendre la défense du régime de Téhéran au nom du respect du droit International ? Eh bien non. Cette fois, il renvoie les belligérants dos-à-dos.

Quand meurt son dirigeant Ali Khamenei, je suis obligé de dire que je n’éprouve pas de tristesse parce que je pense aux milliers de victimes qu’il a fait, à la lutte implacable qu’il a menée contre le peuple iranien. Et je ne peux pas éprouver de sympathie pour le gouvernement ni pour les actions de monsieur Netanyahou, qui est le chef d’État génocidaire. Et je ne peux pas éprouver de sympathie pour monsieur Trump.

Nous sommes donc entrés dans une ère d’affrontement des suprémacismes. On a connu une ère de montée des suprémacismes, dans le passé. Par exemple, le fascisme est un suprémacisme, il proclame que, le nazisme est un suprémacisme, il proclame qu’une race est supérieure aux autres. Mais maintenant, nous les voyons, non seulement monter, mais s’affronter entre eux. Et c’est ce qui se passe.

Le suprémacisme nord-américain, qui est le coeur de tous les suprémacismes, fait monter les autres et ils s’affrontent avec ses concurrents qui eux aussi sont des suprémacistes. C’est le cas aujourd’hui aux Etats-Unis d’Amérique. Mais que défendent les Etats-Unis d’Amérique ? Leur domination sur le monde. C’est un suprémacisme nord-américain, gringo. Je résume, bien sûr. Et que se passe-t-il dans le gouvernement de monsieur Netanyahou où siègent des partis qui se disent suprémacistes ? Alors là, pour le coup, je ne l’invente pas. C’est un suprémacisme ethnique, qui au nom de sa supériorité proclamée par les textes les plus vénérables, décident d’exterminer tous ceux qui ne sont pas de leur avis et qui ne sont pas de leur ethnie.

Et, de même, Ali Khamenei et ses complices proclamaient une forme de supériorité à l’intérieur de l’islam et sur le Moyen-Orient. Le suprémacisme est le mal de notre époque qu’il s’agit de vaincre.

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France insoumise, le 01/03/2026

On remarquera en passant qu’au sonomètre de la détestation Benjamin Netanyahou et Donald Trump l’emportent largement sur les mollahs. Mais bon, on y reviendra un autre jour. Du côté de l’Europe, c’est le silence radio. Ursula von der Leyen est plus prompte à faire entrer en vigueur le traité du Mercosur qu’à réagir à un conflit dont nul ne peut prévoir l’issue. Ce que déplore Raphaël Glucksmann.

Il y a un principe de base, il est vieux comme le monde, dans les élections municipales c’est qu’il y a deux tours et qu’au premier tour il y a différentes options politiques qui sont proposées aux électrices et aux électeurs. Ici en l’occurrence à Paris, il y a deux listes qui se revendiquent de la gauche. Je pense qu’on a bien vu ce soir les différences entre les deux.

L’objectif, ça doit être que les Iraniens puissent vivre libres. Organiser une transition démocratique, faire en sorte que l’opposition au régime puisse s’unir et organiser cette transition. Et là-dessus, l’Europe, respectueuse du droit international, respectueuse du cadre multilatéral, a son rôle à jouer. Et jusqu’ici elle ne le joue pas.

Raphaël Glucksmann, député européen et président de « Place publique », le 02/03/2026

À l’Élysée, on essaie d’exister

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont quand même réussi à se mettre d’accord sur une déclaration conjointe sur le conflit.

“Nous appelons l’Iran à mettre fin immédiatement à ces attaques inconsidérées. Nous prendrons des mesures pour défendre nos intérêts et ceux de nos alliés dans la région, potentiellement en permettant des actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source.”

Emmanuel Macron a soigneusement mis en scène le Conseil de défense qui s’est tenu samedi soir.

La priorité absolue pour nous est évidemment la sécurité de nos ressortissants dans tous les pays qui sont aujourd’hui frappés. C’est ensuite la sécurité de nos emprises militaires et diplomatiques dans l’ensemble de ces pays, et ceux qui seraient exposés. Et c’est évidemment aussi la sécurité sur le territoire national, nous aurons l’occasion d’y revenir. Deuxièmement, c’est d’être aux côtés de tous les pays qui sont aujourd’hui frappés par la riposte iranienne, ou qui sont menacés par celle-ci, dans leur intégrité territoriale, leur souveraineté. J’ai eu l’intégralité de ces pays ces dernières heures au téléphone, je vous en rendrai compte, et le ministre des Affaires étrangères sans doute aussi.

Et enfin, je souhaite que nous puissions prendre toutes les initiatives utiles pour que le travail diplomatique reprenne ses droits. Nous avons d’ores et déjà appelé à une réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous devons multiplier les initiatives pour que la question se règle par la voie diplomatique, car nul ne peut penser que la question du nucléaire iranien, de l’activité balistique, des déstabilisations régionales, se règleront simplement par les frappes.

Et évidemment, aussi, les droits légitimes du peuple iranien à se faire entendre, ce qu’il a exprimé ces derniers mois encore en étant terriblement réprimé, c’est de pouvoir décider de lui-même de son destin. Et c’est aussi une des choses que nous devons tout faire pour défendre.

Emmanuel Macron, président de la République, le 28/02/2026

Hélas, ces déclarations martiales, bienvenues dans la circonstance, ont été accompagnées d’un pataquès digne du retour de la 7e compagnie. Dimanche, une source a indiqué à la chaîne BFM que le porte-avions Charles de Gaulle allait interrompre son déploiement en mer Baltique pour rejoindre la Méditerranée orientale. Information démentie ce lundi par l’État-major des armées. Même si le renforcement des installations militaires françaises, en Jordanie ou aux Émirats arabes unis est à l’étude.

Entre le brouillard de la guerre et l’ubris du président américain, cette guerre à tâtons risque de déboucher sur une déstabilisation de toute la région. L’exemple des précédentes interventions en Irak, en Afghanistan ou en Libye n’est pas pour nous rassurer.

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