Comment financer l’augmentation des dépenses militaires ? Emmanuel Macron et le gouvernement se sont bien gardés, jusqu’à présent, de dire comment ils comptaient s’y prendre. Certes, il y a le plan adopté par le Conseil européen de jeudi : 800 milliards d’euros ! Le chiffre a des allures de corne d’abondance.
Un plan en peau de lapin
Dans les faits, il ne s’agit que d’une autorisation donnée aux États membres de l’UE de s’endetter collectivement dans la limite de 650 milliards. Pour le plus grand profit des marchés, cela va de soi.
De son côté, la Commission empruntera 150 milliards qu’elle prêtera à son tour aux États dont le niveau d’endettement compromet leur capacité à emprunter davantage. Ce sera certainement le cas de la France.
Ces 800 milliards sont donc de la dette supplémentaire.
Comme en 1914, l’emprunt national
Pour financer le réarmement, le gouvernement réfléchit à un emprunt national. Au lieu de placer leur argent dans un plan d’épargne logement, les Français seraient invités à soutenir l’effort de la défense. Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement a ainsi lancé quatre emprunts.
La France est un des pays de la zone euro où le taux d’épargne est un des plus élevés. Autour de 18 %. Une rémunération attractive de l’emprunt pour la défense pourrait drainer des fonds d’un moindre rapport.
Arbitrages budgétaires
Mais cela ne sera pas suffisant. À périmètre constant, le budget devra être remodelé. Et c’est ici que les Français risquent de ne plus être d’accord. Si, pour augmenter les dépenses militaires, il sacrifie la transition écologique, les retraites ou les services publics (école, hôpitaux, justice…) l’opinion ne suivra pas. L’actuel budget est déjà notoirement insatisfaisant sur ces points.
Taxer les riches pour défendre la patrie
Dès lors, le gouvernement n’aura d’autre choix que de faire face au mécontentement de la rue ou mettre enfin à contribution les grands groupes et les plus fortunés des Français. Ce qui veut dire rompre avec les cadeaux fiscaux qui coûtent 60 milliards d’euros, chaque année, au pays. Et tant pis pour la politique de l’offre qui n’a prouvé qu’une chose jusqu’à présent : qu’elle était un dogme imbécile.
La boîte de Pandore est ouverte
En affranchissant les États membres de la règle des 3 % dès lors qu’il s’agit de dépenses militaires, Ursula von der Leyen a ouvert la boîte de Pandore. Comment, voilà qu’on pourrait s’endetter pour des canons, mais pas pour des hôpitaux ? Tous les artifices de communication ne parviendront jamais à faire avaler cette couleuvre à l’opinion. En particulier à celles et ceux qui se serrent déjà la ceinture.
Macron sauvé des eaux
Ces derniers jours, Emmanuel a retrouvé une bouffée d’oxygène. Si l’on en croit un récent sondage d’Odoxa-Backbone pour Le Figaro, les Français approuvent l’augmentation du budget de la défense (67 %), le renforcement de l’aide militaire à l’Ukraine (58 %) et le plan européen pour la défense (62 %).
Ce retour en grâce du Président sera-t-il durable ? S’il ne tente pas de sacrifier le pacte social sur l’autel des canons, Emmanuel Macron peut redevenir audible. Ce serait déjà pas mal au regard des limbes dans lesquelles il semblait devoir séjourner jusqu’à la prochaine présidentielle.
Serge Faubert
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