Il y a quelque chose de suicidaire dans le comportement de la gauche. En additionnant ses différentes composantes, y compris les plus extrêmes (LO, NPA), elle ne représente qu’un petit tiers de l’électorat. Pour l’emporter à la présidentielle, il faudra qu’elle parvienne à fédérer un archipel centriste qui, aujourd’hui, ne sait trop vers qui se tourner, faute d’une incarnation solide.
La politique, c’est comme la mécanique céleste. Les petits corps viennent toujours graviter autour des plus gros. Encore faut-il qu’au point de départ, il y ait une masse suffisante pour entraîner dans son orbite tout ce qui passe à proximité.
Rassembler
On aurait pu croire que le Parti socialiste entendait jouer ce rôle. D’abord rassembler à gauche, puis au-delà des frontières de la gauche. Car quelle autre formation politique, sinon le PS, peut prétendre ratisser aussi bien à droite qu’à gauche ? C’est l’avantage de l’étiquette social-démocrate. Quitte à être accusé de mollesse, autant que cela serve à quelque chose.
Tout sauf Mélenchon. Vraiment ?
Mais non, contre la position défendue par Olivier Faure, une majorité de ses cadres et militants vient de choisir le repli et l’isolement en préférant une primaire fermée – c’est-à-dire réservée aux seuls militants d’un fantomatique pôle socialiste : le PS, les groupies de Glucksmann et les nostalgiques du hollandisme façon Cazeneuve. Un seul mot d’ordre, tout sauf Mélenchon ! Quel beau programme que voilà.
On ne peut qu’être consterné. Car l’histoire du Parti socialiste démontre qu’il faut parfois s’allier avec le diable si l’on veut l’emporter. C’est bien avec les voix du Parti communiste que François Mitterrand a gagné en 1981. Un parti qui était alors parmi les plus staliniens de la planète. Un parti aligné sur Moscou au point de défendre l’intervention soviétique en Afghanistan en 1979. Même si l’on déteste la France insoumise, ce mouvement est encore loin d’égaler le PC de Georges Marchais.
François Mitterrand avait bien compris que l’union était le meilleur moyen de neutraliser les communistes. Car, pour battre les gaullistes, il lui fallait rassembler tous les adversaires du Général. Il s’y est employé avec talent. Sans doute s’était-il souvenu du mot d’Édouard Herriot, figure centrale du Cartel des gauches : « La politique, c’est comme l’andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop. »
Mitterrand et le PC
En 1971, la gauche n’était pas en meilleur état qu’aujourd’hui. Mitterrand parvint cependant à fédérer les différentes chapelles dans une même église qui allait devenir le PS. L’année suivante, il arracha aux communistes la signature du programme commun à côté duquel l’Avenir en commun est une aimable comptine. La marche vers l’Élysée commençait.
Si Mitterrand, homme de droite venu tardivement à la gauche, avait cédé à son anticommunisme, rien de tout cela ne serait survenu. Pas de PS réunifié, pas d’union de la gauche, pas de victoire en 1981. Il serait juste resté le gars des occasions ratées.
Le triomphe des rejets
C’est exactement ce qui est en train de se produire. Le triomphe des rejets et des exclusions. Comment le PS peut-il envisager de gagner sans LFI ? C’est arithmétiquement impossible sauf à ressusciter l’ornière macroniste.
Et l’inverse est tout aussi vrai. Jean-Luc Mélenchon est persuadé qu’il lui suffit d’accéder au second tour pour que les débris d’une gauche qui lui est viscéralement hostile se rassemblent sur son nom afin de barrer la route au RN. C’est un bien mauvais pari que celui-ci. Les partisans du « ni-Mélenchon, ni Le Pen » sont légion. À gauche comme au centre. Et tous les discours culpabilisateurs sur la menace de l’extrême droite n’y changeront rien.
Quant à l’aimable fable sur les millions d’abstentionnistes qui, tout à coup sortant de leur léthargie, se déplaceraient pour voter Mélenchon, on me permettra d’attendre de les voir se manifester.
Il reste une dizaine de mois pour que l’intelligence l’emporte sur le sectarisme. La NUPES puis le NFP ont démontré que rien n’était impossible. Même quand les haines sont recuites. Alors…
Serge Faubert
Soyez le premier à commenter