
Ils sont cinq. Cinq pays de l’Union européenne à réclamer une taxe sur les superprofits des compagnies pétrolières. L’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et le Portugal par la voix de leurs ministres de l’Économie respectifs en ont exprimé la demande, vendredi, auprès du Commissaire européen au climat. Dans leur courrier, les cinq ministres estiment qu’une telle taxe “enverrait un message clair selon lequel ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent faire leur part pour alléger la charge pesant sur le grand public”.
La semaine dernière, le prix moyen du litre de gazole a atteint 2,18 euros, un record absolu depuis 1985. Pourtant, l’Union européenne s’approvisionne pour l’essentiel en dehors du Moyen-Orient. Il n’y a aucun risque de pénurie pour l’instant. Mais la guerre a fait monter les cours. Pour contrer l’envolée des prix, le gouvernement a débloqué 70 millions d’euros en direction du transport routier et de la filière pêche. Les agriculteurs bénéficieront en outre d’une remise de 14 % sur la taxation du gazole au mois d’avril. C’est mieux que rien, mais c’est le contribuable qui paye.
Quand cinq pays marchent devant, pourquoi la France n’est pas avec eux ? Ce qui est sidérant, c’est qu’on a l’impression d’un gouvernement totalement impuissant. 70 millions, pourquoi pas, mais enfin, ciblés sur quelques commerçants, etc. Ce chiffre est totalement ridicule par rapport aux besoins.
Alexis Corbière, député « Écologiste et social », le 05/04/2026
Ruissellement
Selon Greenpeace, les compagnies pétrolières ont engrangé, depuis le début du conflit, un profit supplémentaire de 80 millions d’euros par jour en Europe. Largement de quoi passer à la caisse quand les consommateurs n’ont plus les moyens de passer à la pompe.
Je ne vois pas pourquoi ce serait la collectivité, donc l’État, ou les consommateurs, qui paieraient le coût de cette guerre. Ce que nous disons c’est qu’il faut bloquer les prix. Il y a un article du code de commerce qui le permet, le L210-2, je vais être exact, qui a déjà été utilisé au moment de la guerre du Golfe, qui a été utilisé en Guadeloupe, qui a été utilisé pour d’autres produits au moment du Covid, et pour que ce soit, j’allais dire, qu’on cible ceux qui vont payer, de bloquer les marges, et en l’occurrence les marges des raffineurs.
Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 04/04/2026
Comme l’ont rappelé les 5 ministres au Commissaire européen, une taxe sur les superprofits avait déjà été mise en place en 2022 pour contrer la flambée des prix après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette contribution concernait les bénéfices pétroliers supérieurs de 20 % à la moyenne des quatre années précédentes. Ces superprofits étaient taxés à 33 %.
Le problème, c’est que ce dispositif n’a pas rapporté les sommes espérées. Bercy tablait sur 200 millions d’euros. Le Trésor public n’a finalement encaissé que 69 millions. Pourquoi ? Tout simplement parce que les grands groupes réalisent leurs profits hors de France. Pour vraiment taxer TotalEnergies, par exemple, il faudrait prendre l’ensemble des bénéfices réalisés par les différentes entités du groupe. Et encore faudrait-il déjouer les différentes stratégies d’optimisation fiscale du pétrolier. Bref, ce n’est pas gagné.
Nos voisins s’en sortent mieux. En Espagne, le gouvernement a diminué de moitié la TVA sur les carburants. Il est vrai que le pays est dirigé par un odieux collectiviste, le socialiste Pedro Sanchez. En Pologne, c’est carrément le bolchévisme. Le gouvernement a baissé la TVA et il bloque les prix chaque jour. Les Allemands s’apprêtent à mettre en place un encadrement des prix. Comme en Autriche, les stations-service ne seront autorisées à augmenter leurs prix qu’une fois par jour. Les Rouges sont partout, je vous le dis.
En Grèce, le gouvernement a plafonné pour trois mois les marges bénéficiaires sur les carburants, mais aussi sur 61 produits de première nécessité dans les supermarchés, histoire de freiner l’inflation. Et que dire de l’Italie ? Le gouvernement d’extrême droite de Meloni veut utiliser le surplus de TVA généré par l’augmentation des prix du carburant pour diminuer les autres taxes qui s’appliquent sur ce même carburant.
Mais en France, on préfère les petites enveloppes. Comme les bonnes dames qui faisaient jadis la charité à la sortie des églises.
Si je ne crois pas aux aides générales, à déverser des milliards à l’aveugle, je suis favorable à ce qu’il y ait des aides ciblées. Les ministres ont reçu un certain nombre de commandes pour me faire de nouvelles propositions, en début de semaine prochaine, notamment, vous en avez cité peut-être quelques exemples, mais des Françaises et des Français, des concitoyennes et des concitoyens, qui ne peuvent pas faire autrement que de rouler.
Sébastien Lecornu, Premier ministre, le 02/04/2026
Obstination
Pourquoi le Premier ministre s’obstine-t-il à refuser un plan d’ensemble ? Parce qu’il doit composer avec la hausse des taux d’intérêt entraînée par le conflit. La France devrait ainsi payer 1,5 milliard d’euros d’intérêts supplémentaires dès 2026. Et en 2027, l’addition s’alourdira de 4 milliards. La seule charge de la dette deviendra alors le premier poste de dépenses de l’État, devant le budget de l’Éducation nationale ou celui de la Défense.
Pas question par conséquent d’en revenir au quoi qu’il en coûte de la période Covid. Pas question non plus de mettre à contribution les ultrariches ou les grands groupes pétroliers. Ce seront donc les plus modestes qui trinqueront. Mais est-ce bien malin de la part d’un pouvoir minoritaire, en pleine année électorale, d’adopter cette ligne de conduite ? Car les discussions sur le budget 2027 vont bientôt commencer.
Nous réunirons le 21 avril prochain l’ensemble des forces politiques représentées au Parlement, les partenaires sociaux, les représentants des organisations professionnelles, les représentants d’élus locaux, pour faire un bilan exhaustif des premières remontées. Ce que nous savons, et ce que nous ne savons pas, les différents scénarios et leurs impacts sur la situation économique et sur la situation des finances publiques.
David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, le 01/04/2026
Cette aimable consultation s’annonce haute en couleurs. Car les tartarinades de Donald Trump masquent mal son incapacité à sortir par le haut de la guerre avec l’Iran. Le conflit est parti pour durer. Tôt ou tard, le gouvernement devra lâcher du lest s’il veut atteindre 2027.
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