
Qui a tué Quentin Deranque, ce jeune militant d’extrême droite lynché en marge d’une conférence de Rima Hassan à Lyon ? Depuis 48 heures, les regards se tournent vers la France insoumise. Sans qu’à ce stade aucun élément ne l’incrimine directement.
J’ai dit des dizaines de fois que nous étions hostiles et opposés à la violence. J’ai dit autant de fois que la non-violence était un choix fondamental, philosophique, pour une raison : c’est que la violence rabougrit nos mouvements. Tous les récits qui ont été faits dans les heures qui ont suivi n’ont aucun rapport avec la réalité. Ils ont été répétés d’heure en heure sans que personne ne se donne le mal d’aller vérifier si c’était vrai ou pas.Nous n’avons rien à voir avec cette histoire, et ceux qui nous accusent sont des calomniateurs.
Jean-Luc Mélenchon, chef de file de « La France insoumise », le 15/02/2026
Identification en cours
L’identification des auteurs du tabassage est toujours en cours comme l’a déclaré le Procureur ce lundi après-midi. Aucune interpellation pour l’instant mais l’autopsie de la victime a permis de préciser les circonstances du drame.
L’autopsie pratiquée ce matin par des experts médico légaux sur Quentin Deranque a permis de déterminer qu’il présentait essentiellement des lésions à la tête, qu’il présentait un traumatisme cranio-encéphalique majeuren dehors de toute thérapie. Ce traumatisme était de surcroît associé à une fracture temporale droite.
Les experts concluaient que ces lésions étaient au-delà de toute ressource thérapeutique et mortelle à brève échéance. En conséquence, actuellement, une enquête criminelle des chefs d’homicide volontaire, une enquête délictuelle pour violences aggravées par trois circonstances, les trois circonstances sont : réunion, masqué et porteur d’armes.
Thierry Dran, Procureur de la République de Lyon, le 16/02/2026
A ce stade, l’enquête cherche à identifier l’ensemble des auteurs directs des faits criminels en se basant, non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations de police. Puis, des interpellations seront effectuées. Le magistrat a encore indiqué qu’une enquête pour homicide volontaire et violences aggravées était ouverte. Le Parquet considère donc que les agresseurs avaient la volonté de tuer, ce qui ne signifie pas, en revanche, que cet acte ait été prémédité. Qui sont-ils, ces agresseurs ? Ce lundi matin, le ministre de l’Intérieur s’est montré assez affirmatif.
Vous êtes à Lyon, la Jeune Garde était très présente sur Lyon. On parle d’un mouvement d’ultragauche, manifestement c’est l’ultragauche, il n’y a aucun doute là-dessus. On pense évidemment tout de suite à la Jeune Garde, mais le procureur confirmera, informera, on verra bien.
Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, le 16/02/2026
La Jeune Garde, c’est le mouvement fondé par Raphaël Arnault, aujourd’hui député La France insoumise du Vaucluse. Fiché S, Raphaël Arnault a été définitivement condamné par la justice pour “violences volontaires en réunion” en mars 2025. Avec 5 autres personnes, il s’en était pris à un jeune homme de 18 ans qu’il soupçonnait d’être un militant identitaire.
Même si le mouvement a repris à son compte l’insigne des trois flèches qui fut l’apanage de la gauche socialiste dans les années 30, la Jeune Garde s’apparente davantage à un service d’ordre plutôt qu’à une organisation politique.
Ainsi, en 2024, huit membres présumés de la Jeune Garde avaient été mis en examen, soupçonnés d’avoir commis une agression antisémite dans le métro parisien sur un jeune de 15 ans. Voici comment le fondateur de la Jeune Garde présentait son mouvement, peu avant que Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur, ne fasse prononcer sa dissolution en Conseil des ministres.
Lorsque des milices néonazies attaquent dans nos rues, on se défend. Lorsque votre gouvernement soutient la politique génocidaire de Nétanyahou, on se défend. Lorsque votre gouvernement aux ordres du RN veut dissoudre nos organisations, on se défend. Oui, à votre plus grand malheur, antifascistes, de la rue jusqu’à l’Assemblée.
Raphaël Arnault, député « La France insoumise », le 06/05/2025Vous vous faites l’avocat de la Jeune Garde, l’avocat de la Jeune Garde. Un mouvement qui légitime le recours à la violence, y compris contre les forces de l’ordre. Un mouvement que nous avons pu, sur nos écrans, voir le 1er mai défiler masqué. C’est interdit, monsieur le député.
Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, le 06/05/2025
La Jeune Garde est dissoute, mais pas tout à fait
Prononcée en juin de l’année dernière, la dissolution du mouvement a fait l’objet d’un recours devant le Conseil d’État. L’audience devait se dérouler le 11 février. Elle a été reportée. Cet ajournement a provoqué la réaction du groupe LFI à l’Assemblée nationale.
Dans un communiqué publié ce même 11 février, les députés insoumis appellent le gouvernement à abandonner la procédure de dissolution de la Jeune Garde et réaffirment leur soutien au mouvement dissous.
“Nous le disons fièrement : la Jeune Garde est essentielle justement parce qu’elle a pour mission depuis sa création de lutter contre l’extrême droite, contre des groupes fascistes et néonazis de plus en plus violents partout en France.”
Jean-Luc Mélenchon lui-même a mouillé la chemise pour défendre la Jeune Garde.
La Jeune Garde, qui est une organisation alliée, liée, au mouvement insoumis. Ce sont des jeunes antifascistes. Des jeunes gens qui détestent le fascisme. Je leur donne raison. Et qui se mettent en rang, par deux, par trois, par quatre, pour protéger nos cortèges quand on vient nous taper dessus, et qui interviennent dans les quartiers quand il y a des ratonnades contre des musulmans, contre des noirs, contre des personnes à qui on attribue une orientation sexuelle.
Bravo, jeunes gens ! Continuez, jeunes gens !
Jean-Luc Mélenchon, chef de file de « La France insoumise », le 30/04/2025
Et la menace d’une dissolution – en même temps que celle de l’association Urgence Palestine – n’a fait que renforcer l’attachement du vieux chef à cette mouvance qui fait souvent le coup de poing.
Au nom de quoi, réclamez-vous cette dissolution ? Quels sont les troubles dont vous accusez ces deux organisations ? Il n’y en a pas. Tout au contraire, on ne saurait citer l’interminable liste des moments où les deux ont appelé à maîtriser la force de combat que nous représentons. Maintenant, ça suffit ! Je vais vous dire.
Quand on y réfléchit, qu’il n’y a pas de reproche, que la forme du gouvernement est illégitime, que les décisions sont excessives, brutales et sans aucun rapport avec la menace éventuelle qu’elles représenteraient, alors, oui, je le dis : ni la Jeune Garde, ni Urgence Palestine ne méritent d’être dissous. Mais le gouvernement, oui !
Jean-Luc Mélenchon, chef de file de « La France insoumise », le 06/05/2025
Un collaborateur de Raphaël Arnault mis en cause
Répétons-le, à ce stade des investigations, rien n’indique la participation effective de militants de la Jeune Garde à ce lynchage. Mais un nom est revenu dans plusieurs témoignages : celui de Jacques-Élie Favrot, l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault. Par l’intermédiaire de son avocat, ce collaborateur a démenti être responsable de la mort de Quentin Deranque sans préciser s’il était ou non sur les lieux de l’agression. Jacques-Élie Favrot s’est mis en retrait de sa fonction d’assistant parlementaire pendant la durée de l’enquête.
De toute façon, ce dernier n’aurait pas pu poursuivre son travail auprès de Raphaël Arnault. A titre conservatoire, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivert, lui a interdit aujourd’hui l’accès de l’enceinte parlementaire.
“Le nom de Monsieur Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député Raphaël Arnault, est aujourd’hui cité par plusieurs témoins. Sa présence dans l’enceinte de l’Assemblée nationale pourrait entraîner un trouble à l’ordre public.”
Pour le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, la responsabilité de la France insoumise est d’abord morale.
Pendant longtemps, on a entendu la France insoumise évoquer que la police tuait. On voit bien que là c’est l’ultragauche qui, manifestement, a tué. Je pense qu’il y a une complaisance de la France insoumise, de partis extrêmes en général, pour la violence politique. Elle devait faire semblant de ne pas voir que les mots tuent.
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, le 15/02/2026
On l’a compris, il s’agit de faire le procès du bruit et de la fureur, pour reprendre l’expression fétiche de la France insoumise – elle-même empruntée à un livre de William Faulkner. Pourquoi pas ! Mais dans cette entreprise, il faudra aussi faire le procès du Rassemblement national qui n’est pas moins agité dans l’hémicycle que les insoumis. Et qui concourt tout autant à la brutalisation du débat politique. Quels que soient les développements à venir, le meurtre de Quentin Deranque isole un peu plus la France insoumise à la veille des élections municipales. Raphaël Glucksmann a immédiatement pris ses distances.
En fait il va falloir que chacune et chacun, on prenne nos responsabilités. Il est impensable, je vous le dis, impensable, qu’à gauche nous continuons à cultiver le moindre doute sur une possible alliance électorale avec la France insoumise.
Raphaël Glucksmann, député européen et président de « Place publique », le 16/02/2026
Quant à la polémique naissante autour de la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche, ce combat semble désormais désespéré. Un sondage IFOP est opportunément venu confirmer le choix du ministre de l’Intérieur. Si la Jeune Garde venait à être impliquée dans le lynchage de Quentin Deranque, ce drame tournerait au désastre politique pour la France insoumise. Car alors, elle se verrait poussée hors du champ républicain par nombre d’électeurs.
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