
C’est le sondage qui ravive l’espoir des naufragés du macronisme. Dans 14 ou 15 mois, Emmanuel Macron abandonnera le pouvoir. Le radeau des médusés qui l’a accompagné se voyait déjà au fond des océans. Coulé par encore plus jeune et plus inexpérimenté que leur précédent capitaine, j’ai nommé Jordan Bardella. Les sondages ne le donnent-ils pas vainqueur de la présidentielle, quel que soit le challenger. Mais ça c’était vrai jusqu’à samedi dernier. Jusqu’à ce que l’institut Elabe place Édouard Philippe devant Jordan Bardella au second tour de la présidentielle, avec 51,5 % des suffrages. Résultat qui grimpe à 53 % si Marine Le Pen parvenait à participer à l’élection.
Avec Édouard Philippe, il y a donc un futur qui se dessine pour le camp macroniste. Car dans l’enquête Elabe, aucun autre candidat, de Retailleau à Mélenchon en passant par Attal, ne parvient à battre celui du Rassemblement national. Voilà le maire du Havre devenu l’homme providentiel. Même si l’annonce à répétition de sa candidature a émoussé tout effet de surprise.
C’est un fait que je me prépare pour cette élection présidentielle. je le fais avec beaucoup d’humi… beaucoup de détermination, et beaucoup d’humilité. Parce que pour proposer un projet aux Français, il faut d’abord les écouter, il faut comprendre la réalité des sujets, des attentes, des espérances, des colères, des déceptions. Et puis imaginer quelque chose qui ne sera pas simplement la reproduction de ce qui a toujours été.
Édouard Philippe, président du parti « Horizons » et maire du Havre, le 24/03/2026
Par une incroyable coïncidence, le jour même de la publication du sondage, un appel a surgi dans l’édition dominicale du quotidien La Tribune. Les 90 signataires – ministres et députés du socle commun – plaident pour un candidat unique de la droite et du centre. Et celle qui en parle le mieux, c’est la cheville ouvrière de cet appel, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement.
On espère pouvoir compter sur l’intelligence collective d’un certain nombre de responsables politiques. C’est peut-être un vœu pieu.
Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, le 29/03/2026
Iceberg droit devant !
Cet appel ressemble surtout à un SOS. Comme sur le Titanic.
“Nous sommes aujourd’hui à l’aube d’un duel probable opposant au second tour de l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon et le candidat du Rassemblement national. Pour éviter cet aller simple vers le populisme, la démagogie et le communautarisme que nous refusons de toutes nos forces, nous, élus du bloc central et de la droite, prenons aujourd’hui la parole.”
Faut-il le rappeler aux étourdis, les signataires de cette tribune sont au pouvoir depuis neuf ans. On pourrait envisager qu’ils s’interrogent sur leur responsabilité dans le duel annoncé. Mais pour l’autocritique, on repassera. Ce qu’ils réclament, c’est “un sursaut d’unité pour créer les conditions d’un large rassemblement autour d’un projet et d’une candidature unique en 2027. L’unité n’est plus seulement une exigence stratégique et politique. Elle relève de l’intérêt national. Peu importent les modalités, peu comptent les chemins.” “Peu importent les modalités, peu comptent les chemins.”
C’est un euphémisme. Car tous les prétendants plus ou moins déclarés à la magistrature suprême veulent bien du rassemblement à condition que celui-ci se fasse derrière eux.
Moi je n’exclus aucune possibilité. Ça peut être la primaire, ça peut être des sondages, ça peut être une autre méthode. Il faut qu’on s’en parle entre partis politiques. Et ce qu’on va proposer avec Renaissance c’est qu’on puisse réunir une forme de comité de liaison avec Renaissance, Horizons, le MoDem, qui sont trois partis qui ont gouverné ensemble entre 2017 et 2024.
Gabriel Attal, président du groupe « Ensemble pour la République », le 24/03/2026
Un comité de liaison. Voilà qui est ébouriffant. Il y en a un autre qui se garde bien de se prononcer sur le mode de désignation. C’est Bruno Retailleau.
Je suis, dans tous les cas, candidat. Je suis candidat parce que le constat… Simplement, moi je veux porter un projet d’une rupture radicale.
Bruno Retailleau, président du parti « Les Républicains », le 23/03/2026
Primaire ou pas primaire, Bruno Retailleau affirme qu’il sera candidat. Mais dans son propre camp, on doute qu’il puisse parvenir au second tour de la présidentielle en faisant cavalier seul. C’est ce qu’explique Philippe Tabarot, le ministre des Transports, suspendu de LR pour avoir accepté, justement, de rentrer au gouvernement.
J’ai longtemps pensé qu’une candidature seule pourrait nous permettre de revenir en responsabilité. Malheureusement, les différentes élections, qu’elles soient européennes par deux fois et présidentielle avec le score de Valérie Pécresse, nous ont montré que nous ne pourrions pas y arriver seuls, et qu’il faudra faire un certain nombre d’alliances.
Philippe Tabarot, ministre des Transports, le 30/03/2026
Venez comme vous êtes
En clair, nous dit Philippe Tabarot, si Bruno Retailleau veut être candidat, qu’il commence par gagner la primaire. Mais quelle primaire ? Celle de Laurent Wauquiez ?
Quand on a écouté Sarah Knafo pendant la campagne de Paris, vous avez eu l’impression que vous aviez quelqu’un d’extrême droite ? Je sais que le sport national en France quand on est de droite c’est d’expliquer qu’en réalité on est fasciste, mais enfin quand même, soyons sérieux.
Laurent Wauquiez, président du groupe « Droite Républicaine » à l’Assemblée nationale, le 24/03/2026
C’est là que ça coince avec Gabriel Attal.
Si la ligne de LR c’est désormais de faire ce qu’on appelle l’union des droites, mais en réalité c’est l’union de la droite et de l’extrême droite, évidemment qu’on ne partage absolument rien avec ça. Et que pour ce qui est de la construction de l’avenir puisque c’est la question que vous posez, j’imagine, vous pensez à l’élection présidentielle de 2027, ça ne peut pas faire partie d’une alliance avec nous.
Gabriel Attal, président du groupe « Ensemble pour la République », le 24/03/2026
La primaire a donc du plomb dans l’aile. Car sans Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, elle ne présente strictement aucun intérêt. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour Édouard Philippe. Le maire du Havre entend s’imposer comme le candidat naturel du bloc central. Porté par les sondages comme autant de prophéties autoréalisatrices. Quelques esprits chagrins lui rappelleront que ce positionnement est un tantinet gonflé. En octobre de l’année dernière, il appelait publiquement au départ du chef de l’État afin de hâter l’élection présidentielle. Ce qui est pour le moins inélégant quand on brigue le soutien des électeurs de ce même président.
Mais, curieusement, les macronistes semblent avoir la mémoire courte. Au moment de leur crépuscule, ils ne veulent se souvenir que des jours heureux. Édouard Philippe, c’est en tout cas le Premier ministre qui était à Matignon lorsque le mouvement des gilets jaunes fut violemment réprimé. Et ils sont encore nombreux à s’en souvenir dans le pays. Il n’est pas certain qu’ils voient dans Édouard Philippe le dernier rempart de la République.
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