Comment ne pas être interpellé par le décalage entre la discrétion des réactions politiques françaises à la guerre déclenchée, voici une semaine, par Israël et les États-Unis et le volume de la couverture médiatique. À juste titre, les chaînes info font vivre l’événement en direct. Pourtant, la classe politique se préoccupe davantage du résultat du premier tour des élections municipales plutôt que du fracas mondial.
Municipales : une répétition générale
On ne lui jettera pas la pierre. Dans le contexte actuel de décomposition politique, ce scrutin annonce la présidentielle de 2027. Dimanche en huit, on aura une idée du poids des forces en présence. Que reste-t-il des LR ? Que représente le PS ? Où en sont les écologistes ? De combien a fondu le capital électoral de la France insoumise ? Le RN est-il aussi haut que le disent les sondages ? Toutes ces questions auront un début de réponse. Et ces enseignements conditionneront les stratégies à venir.
Refuser la loi du plus fort
Pourtant, le conflit en cours mérite mille fois qu’on ne le perde pas de vue. D’abord, parce qu’aucun humaniste ne peut se résoudre à ce que la loi du plus fort prenne le pas sur toute autre considération. Aucun ordre international ne peut durablement reposer sur la menace et la violence. En Iran comme en Ukraine, à Gaza comme au Liban.
Ensuite, parce que les conséquences de cette guerre sans but défini ne vont pas tarder à se faire sentir. Le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran ralentit sensiblement les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Europe. Ce détroit représente en effet 11 % du volume du commerce maritime mondial et 34 % des exportations de pétrole par bateau.
Ralentissement économique à craindre
Déjà le prix des carburants est à la hausse. Non pas parce qu’il y a des difficultés d’approvisionnement pour la France ou pour l’Europe. Mais parce que les marchés anticipent un enlisement du conflit…
À moyen terme cependant, le risque de ralentissement économique est réel. Avec un retour de l’inflation (surtout en Italie et en Allemagne).
Au moment où l’Europe est appelée à se réarmer – attaquée à l’Est par Poutine et menacée d’abandon par Trump dans le cadre de l’OTAN – cette nouvelle guerre vient charger une barque européenne dont la ligne de flottaison a déjà atteint la limite.
La représentation nationale doit se prononcer
Il est urgent que la représentation nationale s’empare du débat et se prononce par un vote sur la conduite à tenir. La coalition qu’entend mettre sur pied Emmanuel Macron doit avoir une mission bien définie. Comme une éventuelle intervention au Liban si la situation venait à empirer.
Et puis il y a un machin, comme disait de Gaulle, pour encadrer juridiquement tout ça. L’ONU et son Assemblée générale. Il n’est pas trop tard pour être au rendez-vous. La France a souvent eu du talent dans ces circonstances.
Serge Faubert
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