Coup de tonnerre dans la morne campagne électorale parisienne : voilà que des élus écologistes se rallient à la France insoumise à la veille des élections municipales.
C’est une de ces opérations dignes des congrès de l’UNEF des années 1980. Sans crier gare, telle ou telle tendance se ralliait à celle qu’elle combattait la veille. Des retournements de veste qui n’avaient pas grand-chose de spontané.
Un ralliement préparé en amont
De fait, le ralliement de deux conseillers de Paris, Jérôme Gleizes, vice-président du groupe des écologistes à la mairie, et Émile Meunier, à la liste de Sophia Chikirou a été longuement préparé. « On a passé beaucoup de temps à travailler sur le programme », a reconnu Sophia Chikirou devant nos confrères de l’AFP.
À la clé de cet accord officialisé vendredi soir lors d’un meeting au Cirque d’hiver, il y a des postes. Ainsi, 20 % des places éligibles sur la liste LFI pour la mairie centrale et les mairies d’arrondissement sont réservées à des candidats écologistes du collectif des « Verts populaires ».
Coup médiatique
Qu’il ait été orchestré ou simplement encouragé, ce ralliement est un bon coup médiatique pour la candidate insoumise, en panne dans les sondages – Sophia Chikirou est donnée autour de 10 %.
Il intervient juste après une tribune publiée dans Médiapart le 26 janvier. « À la social-écologie, préférons l’écologie de rupture » clament près de 500 militants écologistes. Ils dénoncent une alliance privilégiée avec le Parti socialiste, « faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise ».
Dans la foulée de cet appel, à Avignon, Vaulx-en-Velin ou Montpellier, des dissidences se sont manifestées. Ainsi, dans cette dernière ville, Julia Mignacca, présidente du conseil fédéral des Écologistes, a rejoint la liste de la députée LFI Nathalie Oziol.
Tempête dans un verre d’eau
Une tempête dans un verre d’eau pour la direction du mouvement écologiste. Dans un long communiqué publié vendredi soir, Aïssa Ghalmi, secrétaire national adjoint des Écologistes, et Thomas Dossus, délégué aux relations avec les partenaires politiques, déclarent que « La France insoumise, constatant son isolement grandissant, fait le choix de mettre en scène le débauchage individuel d’une poignée de militants écologistes, insatisfaits des places qui leur étaient proposées sur les listes de leur propre camp politique ».
Les deux dirigeants soulignent que seulement « 5 adhérents ont rejoint des listes LFI dans toute la France » et remarquent que « sur les 485 signataires de la tribune publiée sur le blog de Mediapart revendiqués comme “militants écologistes”, seuls 119 sont des membres actuellement adhérents•es de notre parti ».
Les rois du cimetière
La conclusion du communiqué se montre particulièrement assassine : « La France insoumise veut transformer les élections municipales en champ de ruines pour la gauche, pensant que c’est en devenant les rois du cimetière qu’ils auront une chance pour 2027 ».
Cette opération de débauchage risque fort de provoquer l’effet inverse de celui qui est recherché. Loin de déstabiliser Marine Tondelier, qui tentait jusqu’à présent d’incarner le dernier trait d’union entre les insoumis et le reste de la gauche, il pourrait bien rapprocher davantage Les Verts du Parti socialiste. D’autant que ces deux partis ont besoin l’un de l’autre pour conserver les villes qu’ils dirigent. Et qu’ils ont tout à redouter des candidatures insoumises qui risquent de les faire trébucher au second tour.
Serge Faubert
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