
Il y a les postures. Et puis il y a les réalités électorales. Entre les deux, le cœur du Parti socialiste balance. Et avec lui le palpitant des écologistes et des communistes. A Paris, Marseille, Toulouse et Lille, la droite est en mesure d’être battue. A Montpellier, Strasbourg, Bordeaux, Le Havre, Amiens, le jeu reste très ouvert. A condition que la gauche se réunisse.
Toute la gauche. La vraie, la fausse, la molle, la dure, la sectaire, la pas sectaire… On dirait du Pierre Perret. Mais le chemin est escarpé. L’implication de la Jeune garde dans le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque semble avoir eu raison des derniers liens entre LFI et les socialistes.
Il ne doit pas y avoir, au premier tour des élections municipales, un seul bulletin de vote en France où le logo du Parti socialiste serait à côté du logo de la France insoumise. Parce que, d’abord, ça abimerait tout le Parti socialiste, et parce que ce serait, pardonnez-moi l’expression, un bras d’honneur pour tous ceux de nos candidats socialistes qui sont en campagne des municipales en ce moment et qui ont face à eux des candidats de la France insoumise, je pense à Montpellier, je pense à Paris, je pense à Marseille, qui veulent leur faire la peau.
Jérôme Guedj, député « Socialistes et apparentés », le 23/02/2026
François Hollande, qui rappelons-le, n’a aucun mandat pour s’exprimer au nom du Parti socialiste, n’envisage qu’un seul cas où des accords seraient possibles avec LFI.
Lorsqu’il y a une menace d’extrême droite, j’ai évoqué ce qui s’est produit en 2024, c’est normal qu’il y ait un barrage qui se fasse. Pour les municipales, par exemple, je ne vois pas de situation où la menace de l’extrême droite justifierait de faire quelque alliance avec LFI.
François Hollande, député « Socialistes et apparentés » et ancien président de la République, le 23/02/2026
Les insoumis sont pourtant unitaires
Donc, c’est non. En revanche, du côté des insoumis, on se montre unitaire pour deux.
Partout où nous serons en tête, nous proposerons le rassemblement à toutes les autres listes de gauche pour battre la droite et l’extrême droite.
Manuel Bompard, député « La France insoumise », le 23/02/2026
C’est la première fois que les insoumis s’investissent vraiment dans les élections municipales. Disons-le franchement, il y a peu de communes où ils peuvent espérer arriver en tête. La situation inverse est plus probable. Que feront les listes LFI si elles sont derrière les listes conduites par le Parti socialiste ?
Dans l’hypothèse où nous ne sommes pas en tête, il faudra poser la question à ceux qui sont en tête puisque c’est eux qui ont le pouvoir de proposer ou de ne pas proposer le rassemblement. La tradition politique à gauche ce n’est pas qu’au deuxième tour les listes de gauche se désistent les unes par rapport aux autres. La tradition politique à gauche c’est que les listes se rassemblent.
Manuel Bompard, député « La France insoumise », le 23/02/2026
Bénéfices, risques
De nombreux candidats socialistes s’interrogent sur le gain d’une alliance avec les insoumis. Prenons l’enquête réalisée par Odoxa avec Backbone pour le Figaro. 76 % des Français souhaitent que le Parti socialiste cesse de passer des accords avec la France insoumise. Et ce chiffre monte à 81 % chez les sympathisants socialistes. Dès lors, la question est la suivante. Qu’est-ce qui rapporte le plus électoralement ? Une alliance avec les insoumis ? Ou bien les tenir à distance ? Le PS est pris en tenaille.
Le secrétaire général du parti, Pierre Jouvet, a été chargé de ménager la chèvre et le chou. Le Parti socialiste admettra dans de “rares cas de figure” des rapprochements avec LFI à la condition que les candidats clarifient “leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique”. Sur le terrain, cependant, l’arithmétique est en passe de l’emporter sur les postures.
A Lyon, le maire sortant, l’écologiste Gregory Doucet qui est soutenu par le PS, le PCF et Place publique, n’a pas repoussé l’idée d’un accord avec Anaïs Belouassa-Cherifi, la candidate LFI. Et cette dernière y semblait prête.
Oui, je peux travailler avec Anaïs Belouassa-Cherifi à certaines conditions, bien sûr à certaines conditions, parce que je m’intéresse bien sûr aux programmes des autres candidats. Non, ici, à Lyon, on ne désarmera pas la police. La police municipale est armée et elle agit avec beaucoup de professionnalisme et de sang froid. Ou, dans ma majorité, il n’y aura personne impliqué de près ou de loin dans des actes de violence. Pour moi, les choses sont claires.
Grégory Doucet, maire de Lyon et candidat PS, Écologistes, PCF et Place publique à la mairie de Lyon, le 24/02/2026
Ma priorité, c’est bien sûr que monsieur Aulas ne devienne pas le prochain maire de la ville de Lyon. Donc, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ça ne soit pas le cas. Parce que je pense que monsieur Aulas n’a pas de programme, n’a pas de projet, n’a pas de vision, n’a pas d’ambition pour Lyon. Et je crois qu’à ce moment où les gens ont besoin de politique municipale ambitieuse nous devons faire, s’il est possible, soit un désistement, soit une fusion programmatique sur la base du programme.
Anaïs Belouassa-Cherifi, députée « La France insoumise » et candidate à la mairie de Lyon, le 24/02/2026
Bref, ça sera du cas par cas. Selon les communes et la personnalité des candidats. Il y a même des villes où l’union de la gauche a ressuscité : c’est le cas à Agen, Niort ou encore Chartres. On voit mal un état-major débouler pour casser ces rassemblements. Ce serait se tirer une balle dans le pied.
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