La gauche non mélenchoniste prise au piège

Depuis la mort de Quentin Deranque, la gauche non mélenchoniste se retrouve prise en étau. Comment condamner ce meurtre sans rompre avec une France insoumise devenue radioactive ? Certes LFI n’est pas responsable, factuellement, de cet incident dramatique. Mais la Jeune Garde, dont plusieurs membres sont impliqués dans ce lynchage, fait partie de la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon l’a encore répété le 17 février : « La jeune garde est une organisation associée au mouvement insoumis ».

Rompre au risque de perdre les municipales ?

Dès lors, peut-on condamner un acte commis par un satellite de LFI sans rompre avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ? Non, bien sûr. Mais le premier tour des municipales est dans trois semaines. Et pour l’emporter dans des villes comme Paris, Toulouse, Marseille ou Amiens, il faudra bien le renfort des électeurs de la France insoumise.

Pas question de fusionner les listes pour le deuxième tour, ont répondu François Hollande et Raphaël Glucksmann, d’autant plus catégoriques que le premier n’est pas candidat et que le second dirige un mouvement quasiment absent du scrutin.

Mais pour Olivier Faure et son parti, la séquence vire au cauchemar. Car une défaite électorale constituerait une défaite personnelle pour un Premier secrétaire sous la pression de ses oppositions internes.

Porte de sortie

Pierre Jouvet, le secrétaire général du PS, a donc été chargé de ménager une discrète porte de sortie. Le Parti socialiste admettra dans de « rares cas de figure » des rapprochements avec LFI à la condition que les candidats clarifient « leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique ».

On a bien compris que les rares cas de figure concernaient les villes où le renfort des insoumis serait déterminant.

Mais rien ne dit que LFI veuille encore passer des alliances. Isolé comme jamais, le mouvement se vit comme le dernier pôle de résistance dans un pays qui serait en voie de fascisation. Socialistes et macronistes sont au mieux des traîtres. Et le territoire des fascistes commence à partir de LR.

En toute logique, Le principe de réalité devrait l’emporter sur le carcan idéologique. Mais rien n’est moins sûr.

Mélenchon croit-il encore dans sa propre victoire en 2027 ?

Car ce récit apocalyptique dans lequel Jean-Luc Mélenchon enferme ses militants et sympathisants – au mépris du réel – amène à se demander s’il croit encore à sa propre victoire en 2027.

Pour l’emporter, il lui faudrait commencer à rassembler. Or il s’enferre dans une stratégie de clivage systématique dont le but est de contraindre les uns et les autres à se positionner.

Jamais dans son histoire, Jean-Luc Mélenchon n’a concentré autant d’antipathie autour de sa personne. Toutes les enquêtes d’opinion concordent sur ce point. Et pourtant il continue sur la même ligne. Comme s’il jugeait inutile, désormais, de rassurer une opinion déstabilisée par le délabrement de nos institutions et une situation internationale anxiogène. Ce qu’il avait pourtant fort bien réussi en 2017. 

Mais au républicain de bon sens s’est substitué un apôtre de la radicalité et de la pureté doctrinale. Nonobstant l’âge du tribun, d’aucuns diraient qu’il s’agit là d’un retour du gauchisme infantile des années 1970.

Le coup d’après

Entêtement, ego surdimensionné ? L’explication serait un peu courte. Jean-Luc Mélenchon n’est pas dépourvu d’intelligence, on le sait. Et l’expérience lui a appris à voir loin. Alors, comment ne pas envisager qu’il joue déjà le coup d’après. Celui de l’installation à l’Élysée d’un Jordan Bardella ou d’une Marine Le Pen. 

Un séisme politique qui provoquerait l’effondrement de la gauche à l’exception d’une France insoumise qui aurait beau jeu de dire : « On vous avait prévenus ». Dans ce scénario, elle deviendrait, bien sûr, le socle d’une résistance populaire.

Cette stratégie du pire ne peut déboucher que sur un champ de ruines. Car une victoire de l’extrême droite sera une défaite de toute la gauche, sans exception. Et peut-être même de la République. Qui peut, en conscience, prendre ce risque ?

Serge Faubert

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