Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon a-t-il déjà plié le match ?

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, le 22/08/2026 ©PurePolitique

Jusqu’à présent elle couvait. Désormais, la guerre est déclarée. La gauche ira à la présidentielle en ordre dispersé. Et la question qui surgit est celle du vote utile. Qui à gauche est en mesure de rassembler les différentes familles ? Des familles qui, pour l’heure, se déchirent à belles dents. C’est moi, a répondu Jean-Luc Mélenchon depuis Valence où se tenaient les Amfis, l’université d’été de LFI.

Non seulement comme un objectif, mais déjà comme une attente impatiente, la victoire est possible. A la présidentielle, le plus important, ce n’est pas le nombre de candidatures. L’histoire l’a prouvé. Il y en a toujours eu beaucoup à gauche depuis 1974, y compris les deux fois où on a gagné.

Dès lors, ce qui compte et qui est le plus important, ce n’est pas le nombre de candidatures, c’est le nombre d’électeurs. Et pour gagner des électeurs, il y a certaines promiscuités politiques qui divisent davantage qu’elles ne rassemblent.

C’est la raison pour laquelle ce que nous visons avant tout et à quoi tout sera rapporté et soumis, c’est que rien ne soit posé, à aucun moment, qui empêche cette unité populaire de se faire. Pas la diminution des objectifs, pas la réduction de ce que l’on compte faire. La rupture programmatique et gouvernementale doit être nette, claire.

Jean-Luc Mélenchon, candidat « La France insoumise » à l’électrion présidentielle, le 23/08/2026

Est-il besoin de le rappeler, pour Raphaël Glucksmann il n’est pas question de se rassembler derrière Jean-Luc Mélenchon. Tout au contraire, le candidat de Place publique entend faire front contre le chef de la France insoumise. Il l’a dit dimanche soir sur TF1 lorsqu’il est venu officialiser sa candidature à la primaire que vont organiser les socialistes.

Moi, je suis extrêmement clair. Si je gagne cette primaire, eh bien il n’y aura plus jamais d’accord avec Jean-Luc Mélenchon.

Raphaël Glucksmann, candidat « Place publique » à la primaire du PS, le 23/08/2026

Ne jamais insulter l’avenir

Étrange déclaration à vrai dire. Car s’il venait à accéder au second tour, Raphaël Glucksmann aurait besoin des voix de LFI pour espérer battre Marine Le Pen. Et si, d’aventure, c’était Jean-Luc Mélenchon qui accédait au second tour, le candidat du PS refuserait-il d’appeler à voter pour l’insoumis contre la candidate du Rassemblement national ? En politique, il ne faut jamais insulter l’avenir.

Au demeurant, barrer la route à Mélenchon ne constitue pas un programme. Cet impératif peut en découler. Mais il ne saurait remplacer une vision pour le pays. Et sur ce point, l’offre est plutôt maigre. Il reste cependant des partisans de l’union. A Grenoble, Marine Tondelier refuse de s’incliner, malgré les apparences. Si son mouvement renonçait à présenter une candidature à la présidentielle, ce serait la première fois depuis 1974. Depuis la naissance de l’écologie politique.

Je vois le récit qui est en train de s’installer à grande vitesse. Ça va être quoi la gauche pour les élections présidentielles de 2027 ? Ça va être une partie de la gauche qui essaie de tuer une autre partie de la gauche et vice versa, et qui demande aux écologistes de les aider à tenir la gâchette. Ce n’est pas l’ambition que moi j’ai pour cette élection présidentielle. Moi, je veux que notre camp politique gagne.

Alors évidemment, je suis candidate, que je rêve d’une campagne écologiste, qu’on porte un projet qui me paraît nécessaire pour le pays et qui apporte des réponses à ce qui s’est passé cet été. Est-ce que j’en ai fait un enjeu juste personnel ? Evidemment que non. Les écologistes feront partie, à la fin, de la solution s’il y en a une. Ce que je crains aujourd’hui, c’est qu’il n’y en ait plus. À force que chacun se tape l’un sur l’autre toute la journée.

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, le 20/08/2026

Verre à moitié plein

Pour conjurer le spectre de la défaite, Marine Tondelier et la direction de son parti ont adressé à leurs partenaires de gauche un courrier appelant à la reprise des discussions. Une invitation qui n’a pas reçu de réponse à ce jour.

Aucune famille politique à gauche n’est capable de gagner seule. Il faut que chacun l’entende. Aucune. Et il nous reste quelques mois pour conjurer la chronique d’une défaite annoncée. J’ai lu, comment dire, la condescendance, le mépris avec lequel ce courrier a pu être commandé par certaines voix, peu nombreuses, écologistes, mais disons à forte capacité médiatique. Je leur dis en toute amitié : soyons humbles.

Ne pensons pas que tourner le dos à la possibilité de l’unité en cédant à l’injonction de devoir choisir un camp au sein d’une gauche qu’on acterait comme définitivement irréconciliable, ce n’est pas une clarification, c’est acter définitivement l’éparpillement des voix. Je leur dis : soyons humbles. Soyons humbles, parce que déjà on doit toutes et tous l’être tout le temps, mais aussi parce que les rencontres précieuses et riches que j’ai fait tout l’été autour des 30 étapes de mon tour de France, sur tous types de territoires et salutations à toutes celles et ceux que j’ai pu croiser, m’ont rappelé chaque jour cette exigence d’humilité.

Parce qu’au-delà des plateaux télé, au-delà des matinales, des interviews, des petites phrases et des certitudes militantes, il y a un peuple, il y a un peuple de gauche, un peuple écologiste qui attend de nous que nous ne renoncions à rien, ni à l’écologie, ni à la gauche, ni à l’unité.

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, le 20/08/2026

Les voix écologistes peu nombreuses mais à forte capacité médiatique s’appellent Yannick Jadot et Sandrine Rousseau. Pour le premier, qui vient d’apporter son soutien à Raphaël Glucksmann, la messe est dite.

Cette union, on sait qu’elle est impossible. Continuez à faire vivre l’Union, c’est une illusion. Et je dis même plus que c’est une confusion des valeurs et qu’à la fin c’est une résignation à la défaite. Ce n’est pas l’union ou la mort, ça c’est c’est extrêmement démobilisant pour la gauche, puisqu’il n’y aura pas d’union de toute la gauche. Mais j’entends bien Sandrine Rousseau qui veut faire alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Elle veut un rapprochement avec la France insoumise. Ce n’est pas mon point de vue.

Je pense que ce que défend Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui, les valeurs qu’il défend sont incompatibles avec celles qui ont fondé l’écologie politique. Quand je dis qu’il faut une clarification du mouvement écologiste, j’ai bien en tête que certaines, certains préfèrent aller avec Jean-Luc Mélenchon, considèrent que ses complaisances avec l’antisémitisme, sa dénonciation, son rejet du projet européen ou ses complaisances avec le régime chinois ne sont pas un problème. Qu’ils y aillent. C’est la vie.

Yannick Jadot, sénateur écologiste, le 21/08/2026

Que le meilleur gagne

Il flotte comme un air de déjà vu dans ce débat. Sandrine Rousseau, c’est l’éternelle rivale de Yannick Jadot. Celle qu’il n’a battu que d’une courte tête lors de la primaire écologiste pour la présidentielle de 2022. Les haines recuites ont décidément la vie dure.

Je milite pour qu’on ait une stratégie, déjà. Parce que pour moi, il faut clarifier la stratégie. Il y a trois options sur la table : on se rapproche du PS, on fait une candidature autonome jusqu’au bout ou on se rapproche de LFI. Et qu’en fait il faut choisir. Là, on est à la rentrée. Maintenant on est à quelques mois des élections. Il faut choisir. Et surtout il faut que notre association permette une dynamique à gauche. Et voilà, il faut choisir.

Moi, je veux qu’il y ait une consultation des militants. Moi, je prônerai le fait qu’il y ait un rapprochement avec l’offre politique de rupture, de rupture avec le système économique et social qu’on connaît. On a quand même vécu un été terrible. Et si on ne tire pas les leçons de ce qui s’est passé cet été en se disant qu’on a des choses à changer qui ne sont pas juste de mettre des clims dans les appartements, mais profondément de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, de profondément changer notre modèle de développement.

Si nous ne tirons pas ces enseignements-là, alors pour moi, on va dans le mur. Donc je ferai la campagne en interne pour dire : “Il faut que nous nous allions avec la gauche radicale”. Maintenant, que le meilleur gagne.

Sandrine Rousseau, députée « Écologiste et social », le 21/08/2026

Dans cette ambiance crépusculaire, la venue d’Olivier Faure aux journées d’été des écologistes ressemblait à la visite d’un hôpital de campagne. Le premier secrétaire du Parti socialiste est lui-même sérieusement contesté dans son parti. Et l’union avec les écologistes représente sa dernière bouée de sauvetage.

Aujourd’hui, personne à gauche dans un deuxième tour ne peut imaginer gagner sans les électeurs de l’ensemble de la gauche. Et donc, la question, ce n’est pas de rejouer en permanence les gauches irréconciliables, c’est de faire en sorte que les électorats puissent à un moment retrouver des raisons de voter pour le candidat de la gauche écologique et sociale que nous représentons et qui est celui qui a le plus de chances de l’emporter dans une élection municipale comme dans une élection présidentielle.

Il ne vous a pas échappé le fait qu’il y a aujourd’hui près d’un millier de maires qui sont socialistes ou écologistes, contre à peine moins d’une dizaine pour les insoumis. Et donc la vraie question que l’on va se poser à gauche, c’est de savoir qui est capable de rassembler la gauche et qui est capable de gagner aussi au second tour. C’est une question fondamentale que chacun devrait se poser, que chacun devra se poser, notamment en 2027.

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, le 22/08/2026

Ce mardi soir, la direction du PS tranchera sur les modalités de la primaire qui doit se dérouler dans la première quinzaine d’octobre. C’est à peu près à la même date que les écologistes seront appelés à trancher entre le maintien de la candidature Tondelier ou le ralliement à Glucksmann ou Mélenchon. Que ce dernier ait consacré l’essentiel de son discours de clôture des Amfis à la crise climatique et ses conséquences aura sans doute une influence favorable sur le choix des militants écolos.

Ces derniers jours, un sondage envisageait que Jean-Luc Mélenchon soit présent au second tour de la présidentielle. Cependant, même en supposant que les écologistes se rallient avec armes et bagages, cela ne suffit pas pour entrer à l’Élysée. Certes, dans son discours de clôture des Amfis, Jean-Luc Mélenchon n’a pas eu un mot contre les socialistes. Mais Raminagrobis a beau montrer patte blanche, pas sûr que tous les électeurs de gauche soient au rendez-vous. Et puis surtout, il y a une réalité arithmétique incontournable. La gauche aujourd’hui, c’est 30 % de l’électorat.

Il faudra donc aller chercher des voix au centre. Et dans cet exercice, ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon qui est le plus habile. Pourtant, Manuel Bompard affiche une confiance en béton.

Quand il y a un choix radical différent qui se présente au second tour et un surplus de participation au second tour. Regardez. Même si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il a fait après, ce qui s’est passé au Chili avec Boric. Dix points de participation de plus entre les deux tours de l’élection présidentielle. Parce qu’à un moment il y a plein de gens au premier tour qui disent : “Mais ça ne sert à rien d’aller voter pour eux parce qu’ils n’arriveront jamais à gagner”. Mais là il y a des gens qui disent : “Ah bah si, peut être que c’est possible cette fois, donc cette fois, on va y aller”. Ça, c’est le premier angle.

Et le deuxième angle, c’est que, n’en déplaise à tous celles et ceux qui veulent prophétiser notre défaite au deuxième tour de l’élection présidentielle, dans la dernière élection nationale qui a eu lieu dans ce pays en 2024, au second tour, dans la majorité des duels entre la France insoumise et le Rassemblement national, c’est la France insoumise qui l’a emporté. Et notamment parce que, y compris dans l’électorat macroniste, eh bien il y avait une majorité des électrices et des électeurs qui, au deuxième tour, entre un insoumis et un Rassemblement national, préféraient voter pour un insoumis.

Et ça, ce n’était pas il y a quarante ans, ce n’était pas il y a vingt ans, ce n’était pas il y a dix ans, c’était il y a deux ans à la dernière élection législative. Et je veux bien qu’on me dise : “Il s’est passé des choses depuis”. Depuis 2024, je ne sais pas ce qui s’est passé de plus infamant contre la France Insoumise que ce qui s’est passé avant.

Manuel Bompard, coordinateur national de « La France insoumise » et député « La France insoumise », le 21/08/2026

Un peu en retrait, il y en a un qui guette avec gourmandise la catastrophe : François Hollande. Il estime avec raison qu’il pourrait faire un excellent candidat de second tour. N’a-t-il pas donné suffisamment de gages à cette finance dont il proclamait pourtant qu’elle était son adversaire ? L’ennui, c’est qu’il est sans doute le plus mal placé pour franchir le premier tour. Le ressentiment à son endroit demeure vivace parmi les électeurs de gauche.

Si Glucksmann venait à s’enliser, si le PS s’entretuait et si Mélenchon restait bloqué par son plafond de verre, alors la voie serait libre. Ça fait beaucoup de si, je vous l’accorde. Mais aucune campagne électorale n’est un long fleuve tranquille…

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