Affaire Lyhanna : le gouvernement se défausse sur la justice

C’est à ces signes que l’on reconnaît le début d’une campagne électorale. Quand l’exécutif se précipite devant les caméras pour se justifier. Comme Gérald Darmanin, vendredi soir sur TFI. Le garde des Sceaux est venu allumer un contrefeu après la découverte du corps de la jeune Lyhanna, disparue à la sortie de son collège, voici une semaine.

Le suspect présumé, Jérôme Barella, 41 ans, a fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour attouchements et viols avant sa mise en examen dans cette affaire. Deux ont été classées sans suite et la troisième qui remonte au mois d’août 2025 a été émaillée de lenteurs et de négligences qui apparaissent aujourd’hui coupables au regard du crime commis.

Lenteurs et négligences

Le Parquet de Toulouse, où avait été enregistrée la plainte, a tardé à la transmettre au Parquet d’Auch, seul compétent puisque les faits se sont déroulés dans le département du Gers.

En janvier 2026, Jérôme Barella devait être placé en garde à vue à la demande d’un magistrat du Parquet d’Auch. Pour une raison qu’on ignore encore, cette consigne n’a pas été exécutée. Si elle l’avait été, la jeune Lyhanna serait peut-être encore en vie – à supposer, bien sûr, que l’enquête établisse la culpabilité de Jérôme Barella.

Excuses publiques

« Je veux présenter mes excuses à cette famille et aux Français qui sont légitimement choqués, terrifiés de voir de telles défaillances » a déclaré Gérald Darmanin sur TF1.

Vendredi matin, Sébastien Lecornu a convoqué à Matignon le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur. Une enquête administrative, menée par l’Inspection générale de la justice et l’Inspection générale de la gendarmerie nationale doit établir, d’ici quinze jours, s’il y a eu des manquements de la part des magistrats et des enquêteurs.

Circulaire fourre-tout

Pour sa défense, Gérald Darmanin met en avant la circulaire qu’il a adressée le 27 janvier 2025 aux procureurs et aux présidents de tribunaux. Elle invitait les magistrats à accorder la priorité aux violences sexuelles et à la lutte contre la pédocriminalité.

La réalité du document est plus contrastée. Le texte définit deux chantiers prioritaires : la lutte contre les organisations criminelles et le narcotrafic d’une part ; les violences faites aux personnes d’autre part. Seule une incise dans ce deuxième point fait référence aux faits commis contre des enfants. S’agissant de mineurs, est-il précisé, « les violences physiques ou sexuelles doivent faire l’objet d’une vigilance particulière et d’un traitement prioritaire ». Bref, tout ou presque est prioritaire dans cette circulaire.

Question de moyens

Mais la justice manque de moyens. Certes, son budget a considérablement augmenté : il est passé de 8 milliards en 2017 à près de 13 milliards en 2026. C’est bien, mais cela reste insuffisant : la France compte 11 juges pour 100 000 habitants, soit deux fois moins que la moyenne européenne.

En 2024, les agressions sexuelles sur mineurs ont atteint le chiffre de 21 536. Et on a enregistré 12 456 viols sur mineurs la même année. Soit le double par rapport aux chiffres d’il y a 10 ans.

Interrogé lors de son déplacement au Monténégro, Emmanuel Macron a repoussé ces objections : « Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire.
C’est une question de réponse, de fermeté, d’organisation, de responsabilités. ».
 Ben voyons…

Serge Faubert

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.