
C’est une course de vitesse qui s’est engagée entre l’Iran et les États-Unis. Plus le conflit s’éternise, plus l’économie mondiale se déglingue. Les mollahs veulent logiquement faire durer la partie alors que Donald Trump veut l’abréger, sous la pression de l’opinion et des élections de mi-mandat en novembre prochain. L’envolée récente des prix du pétrole a mis en évidence l’extrême réactivité des marchés. Alors même qu’il n’y a aucune difficulté d’approvisionnement, ces derniers ont anticipé les hausses à venir. Au point que le président américain a été contraint de déclarer, lundi 9 mars au soir, que la guerre était quasiment terminée. Le prix du baril de pétrole qui se rapprochait dangereusement des 120 dollars a aussitôt chuté d’une trentaine de dollars.
Un yoyo d’anthologie aux dires des spécialistes. Mais une guerre quasiment terminée, ce n’est pas une guerre complètement terminée. Ce jeudi, les cours du pétrole se sont hissés aux alentours des 100 dollars après que trois cargos ont essuyé des tirs iraniens, la veille, en tentant de franchir le détroit d’Ormuz. Le renseignement américain accuse les Iraniens d’avoir miné le passage. Une accusation que le régime des mollahs n’a pas démentie, tant elle fait son affaire. La présence supposée de mines suffit à paralyser le trafic. Quel assureur acceptera maintenant de couvrir les dommages d’un navire qui s’engagerait dans le détroit ? Certes, les États-Unis pourraient escorter les tankers et les cargos. Mais le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, a déclaré jeudi que la flotte américaine n’était “pas prête”. Que voulez-vous, l’armée américaine, c’est uniquement sur rendez-vous.
Pour apaiser les marchés, les 32 pays membres de l’agence internationale de l’énergie, dont la France, ont décidé mercredi de débloquer 400 millions de barils de pétrole.
Le cœur du travail des derniers jours du G7 a été aussi d’essayer de répondre aux conséquences économiques de cette guerre. C’est ce qui nous a conduit lundi à lancer ce travail dont j’avais pu parler à plusieurs d’entre vous d’utiliser nos réserves stratégiques pour pouvoir donner un signal au marché mondial du pétrole et faire baisser les prix.
Cette décision a été préparée dans le cadre du G7 qui représente environ 70 % des réserves qui sont contrôlées par l’Agence internationale de l’énergie. Et donc nous avons finalisé ces dernières heures, et ça a été annoncé à l’instant, la décision formelle de libérer 400 millions de barils de nos réserves stratégiques.
Quand je dis “nous”, c’est la trentaine de pays qui sont dans l’Agence internationale de l’énergie. Ces 400 millions de baril, pour vous donner un ordre d’idée, ça représente environ 20 jours de sorties de barils par le détroit d’Ormuz. Donc c’est significatif, c’est la plus grande libération de barils qui a été faite depuis qu’on pratique ces libérations de réserves stratégiques.
Emmanuel Macron, président de la République, le 11/03/2026
Effet Streisand
Manque de bol, ce déblocage a provoqué l’effet inverse de celui recherché. Il a affolé les spéculateurs. Si 32 pays débloquent leurs stocks stratégiques alors qu’ils ne l’ont jamais fait dans de telles proportions, c’est que la crise est partie pour durer, se sont dit les analystes. Et du coup, les marchés ont recommencé à anticiper de prochaines augmentations de prix. D’autant que le déblocage des 400 millions de barils ne se fera pas du jour au lendemain. Rien qu’en France, les stocks stratégiques sont répartis sur 80 sites. Il ne suffit pas de tourner un robinet pour les libérer.
Dans le même temps, Sébastien Lecornu s’est employé à rassurer les chefs des partis politiques. Hier après-midi, il les a reçus à Matignon. Les participants ont été priés de laisser leurs portables à l’entrée car des informations sensibles allaient leur être révélées. Si tel est le cas, ils ont vraiment tenu leur langue. Car ce qu’ils ont déclaré à la sortie avait un petit air de réchauffé.
Le but n’était pas de révéler des secrets d’État. Le but c’était de réaffirmer la position française. Je pense que le Premier ministre a été très clair. Ce n’est pas notre guerre, nous subissons les conséquences de cette guerre. Nous ne sommes pas belligérants et nous devons respecter un certain nombre de priorités : protéger nos ressortissants, protéger nos emprises, respecter nos accords de défense avec nos alliés et contribuer à la réouverture du détroit d’Ormuz pour assurer nos approvisionnements.
Ca a été pour notre groupe, avec Othman Nasrou qui représente Bruno Retailleau et moi le groupe Laurent Wauquiez, ça a été l’occasion de saluer nos armées et nos forces qui ont été capables de faire une montée en puissance extrêmement importante en quelques jours avec une douzaine de bâtiments en Méditerranée.
Jean-Louis Thiériot, député « Droite républicaine », le 11/03/2026
Pas de secret d’État révélé. En revanche, on remarquera que Les Républicains étalent publiquement leurs divisions : il y a maintenant LR canal Retailleau et LR canal Wauquiez. On se croirait chez les nationalistes corses, les coups de feu en moins. Les deux courants sont cependant d’accord sur un point : pas question de faire un geste en direction des consommateurs.
Je veux vous le dire très clairement, au nom des Républicains : nous ne nous associons pas à la démagogie de ceux qui veulent faire croire qu’il suffit que l’État fasse des chèques pour faire baisser le prix de l’essence. Il n’est pas question d’aller faire croire qu’on peut simplement baisser durablement et définitivement les taxes à des niveaux extrêmement bas dans la situation financière dans laquelle se trouve le pays. On sort d’un débat budgétaire qui a été extrêmement difficile et qui n’a pas laissé de marge de manœuvre.
Othman Nasrou, vice-président « Les Républicains » de la région Ile-de-France, le 11/03/2026
On s’en doute Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français, ne partage pas ce constat.
Il y a des mesures d’urgence à mettre en place, par contre, pour protéger le pouvoir d’achat des Français, notre économie, et donc de bloquer les prix de l’essence. Ca, je pense que j’aurais fait ça immédiatement et tout de suite pour éviter que les prix montent. Parce qu’aujourd’hui il n’y a aucune raison que les prix montent, c’est purement de la spéculation. Il a deux leviers possibles existants, c’est bloquer les prix et baisser les taxes.
Sur l’essence, il y a 60 % de taxes. On peut baisser les taxes, et de l’argent on en gagne beaucoup en ce moment avec la TVA sur l’essence justement. L’État est en train de gagner beaucoup d’argent, donc elle peut en relâcher. Et ensuite les compagnies pétrolières sont en train elles aussi de gagner beaucoup d’argent, donc il est possible d’encadrer les marges et d’en récupérer. Ces leviers-là, il aurait fallu les mettre en œuvre tout de suite.
Fabien Roussel, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, le 11/03/2026
Déprime totale
Une fois n’est pas coutume, Marine Tondelier se montrait satisfaite par la réunion.
On souhaitait saluer la tenue de cette réunion qu’on avait demandé, qu’on avait sollicité de nos voeux, qui a permis un point complet, je le dis en transparence, avec les participants. Il y a eu une unanimité, c’est bien de le dire, même si ça paraît évidemment mais c’est toujours intéressant, une unanimité pour soutenir les compatriotes présents sur place et les militaires qui sont déployés dans la zone.
On a appris des choses, notamment que la France avait décelé la veille de l’attaque américaine et israélienne, par son réseau très actif sur place et par ces indices concordants, ce qui allait se passer. Les États-Unis ne les ont pas du tout informé, mais par contre ils avaient décelé ce qui allait se passer.
On a aussi entendu les différents responsables parler d’escalade dans la maîtrise. C’est comme ça qu’ils caractérisent la situation actuelle. Alors ça peut paraître bizarre de dire aujourd’hui que c’est une forme de maîtrise, mais si on parle d’escalade dans la maîtrise c’est parce que les épisodes suivants, il y a des scénarios noirs qui sont possibles, parce qu’il y a beaucoup d’uranium enrichi quelque part sur ce territoire, parce qu’il y a la situation qui peut dégénérer au Liban parce qu’il y a des risques de terrorisme aussi, y compris sur le territoire national par projection.
C’est vrai que la situation actuelle est difficile, elle est angoissante, mais elle n’est rien par rapport à ce qui pourrait se passer également
Marine Tondelier, Secrétaire nationale des Écologistes, le 11/03/2026
Alors un conseil, si jamais vous avez quelqu’un qui est dépressif dans votre entourage, surtout, surtout n’allez pas demander à Marine Tondelier de lui remonter le moral. Les conséquences peuvent être tragiques. Plaisanterie mise à part, soyons juste : la secrétaire nationale des Écologistes a raison de dire les choses. Cette guerre et la crise énergétique qui l’accompagne peuvent nous conduire au bord du gouffre. Car la diplomatie française semble un peu timide.
Quant à Mathilde Panot, elle s’est offusquée que le gouvernement s’en remette aux marchés.
Mais pouvait-on s’attendre à autre chose ? La deuxième chose qui nous inquiète énormément c’est que nous avons compris des informations qui nous ont été données que le détroit d’Ormuz n’allait pas rouvrir avant longtemps, c’est-à-dire avant qu’il y ait un cessez-le-feu et la fin de la guerre illégale décidée par Trump et par Netanyahou. Je rappelle que le détroit d’Ormuz c’est 20 % du pétrole mondial qui y passe et 5 % du gaz mondial qui y passe.
Et ce qu’a décidé le G7, ce qu’on vient de nous annoncer à l’instant, c’est une libération de stocks stratégiques qui est évidemment une mesure qui n’est absolument pas pérenne. Et donc s’ils espèrent que cela va faire baisser ensuite le coût du carburant à la pompe, ce qui veut dire qu’ils laissent le marché décider, ce qui pour nous est une aberration absolue.
Mathilde Panot, présidente du groupe « La France insoumise » à l’Assemblée nationale, le 11/03/2026
Une pièce dans la machine
On aurait bien aimé vous rapporter ce que les socialistes et le Rassemblement national ont pensé de la réunion. Mais les uns et les autres ont joué la fille de l’air à la sortie de Matignon. Il ne tient qu’à Donald Trump que cette guerre, sans objectif vraiment déclaré, s’arrête. Encore faut-il qu’il puisse se targuer d’un semblant de victoire. Par exemple la destruction des installations enfouies sous la montagne de la pioche. Ou bien la saisie des 400 kilos d’uranium enrichi.
Mais la réussite de ce genre d’opération suppose d’engager des forces au sol. Et de les appuyer. C’est la porte ouverte à l’escalade. Avec son corollaire, l’enlisement. Benjamin Netanyahu sait très bien que son allié de toujours lui faussera compagnie à la première occasion. C’est pour cela que les forces israéliennes mettent le paquet au Liban. N’hésitant pas à détruire le pays pour détruire le Hezbollah. Il s’agit pour Tsahal de créer une situation irréversible. Ce n’est certainement pas le meilleur chemin vers une paix durable dans la région.
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