
Depuis ce matin, la commission des finances de l’Assemblée nationale planche à nouveau sur le budget de la nation. Je sais, vous en avez ras la casquette. La technicité de la procédure, l’abstraction des chiffres, l’empilement des amendements et des versions du projet de loi sont venues à bout des meilleures volontés. Et même les journalistes spécialisés, comme votre serviteur, commencent à tirer la langue. Le film s’étire en longueur et les rebondissements ont de moins en moins… de ressort. Alors, on va faire simple. On va vous divulgâcher la fin de ce péplum budgétaire.
Ça se terminera par le retour de l’article 49.3 de la Constitution. Celui qui avait été laissé pour mort dans la séquence d’ouverture. Car le bloc gouvernemental estime qu’il faut maintenant accélérer.
L’Assemblée nationale a été capable de montrer sa capacité à négocier et à trouver des compromis sur le budget de la Sécurité sociale. Et donc il faut que sur le budget du pays nous soyons capables de mener les mêmes négociations, et le cas échéant, si cela n’aboutit pas, puisque c’est probable en l’état puisqu’il n’y a pas de majorité absolue ici à l’Assemblée nationale, alors le gouvernement dispose de plusieurs outils pour faire adopter un budget.
Ça peut être le 49.3, c’est la responsabilité du Premier ministre et du gouvernement. Ça peut être des ordonnances. Mais en tout cas il faut que nous sortions rapidement de cette discussion budgétaire qui enlise la France et qui empêche le pays d’avancer à un moment donné où les défis sont très importants pour les Français dans leur vie quotidienne.
Pieyre-Alexandre Anglade, député « Ensemble pour la République », le 06/01/2026
Le pays continue de tourner
Pas besoin de se précipiter, rétorque Éric Coquerel. Il ne tient qu’à la volonté du gouvernement de donner du temps au débat budgétaire.
Ce qui bloque le débat budgétaire c’est qu’on a un gouvernement minoritaire qui tente d’imposer comme l’an dernier un budget minoritaire qui n’a pas de majorité à l’Assemblée et qui tente de le faire coûte que coûte.
Je le répète : la loi spéciale c’est un budget, un budget de secours certes, temporaire, les textes le disent, mais si le gouvernement l’appliquait de manière à peu près normale, c’est-à-dire pour assurer la continuité de l’État, on ne serait pas dans la situation d’avoir quelques semaines de délais, mais plutôt quelques mois pour arriver à trouver une solution, et l’État pourrait fonctionner.
Je rappelle que l’Espagne, ça fait trois ans qu’ils fonctionnent sur une loi spéciale et sans budget, et je n’ai pas l’impression qu’ils s’en portent plus mal.
Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 06/01/2026
Le retour du retour du 49.3
Mais voilà, le gouvernement a fait ses comptes, c’est le cas de le dire. En l’état, même avec l’abstention des socialistes, le budget ne passe pas. La seule issue de secours, c’est le 49.3. On l’oublie trop souvent, les rédacteurs de la Constitution de la Ve République avaient envisagé l’article 49.3 comme un moyen, non pas de piétiner les oppositions, mais de forcer la main des partis qui soutiennent le gouvernement.
En gros on leur met le marché en main : êtes-vous prêts à faire sauter le gouvernement plutôt que de voter le texte qu’il vous demande d’adopter ?
En l’occurrence, ce sont les Républicains qui traînent la patte. Le calcul du gouvernement est donc le suivant. Donner aux députés socialistes ce qu’ils réclament – de 8 à 10 milliards de recettes supplémentaires – et engager la responsabilité du gouvernement. Un scénario dans lequel les Républicains n’oseraient pas voter la censure. Et pas davantage les socialistes.
Nous, on n’a pas de position de principe sur le 49.3. On considérait, et je pense que ça a été le cas, que la levée du 49.3 pendant les débats permettait d’avoir un débat libre. Ça a été le cas pendant le PLFSS et pendant la première partie du PLF.
Moi je ne peux pas vous répondre : “S’il y a un 49.3, qu’est ce que vous faites ?”. Par principe. Si le 49.3 permet de cranter un certain nombre d’avancées sociales et écologiques refusées par LR, et ça permet de tordre le cou à LR pour pouvoir avoir un budget qui soit plus juste, on pourra se déterminer en fonction de la copie. Si on utilise un 49.3 pour nous faire adopter de force le budget tel qu’il est sorti du Sénat, ce sera évidemment censure et chute du gouvernement.
Romain Eskenazi, député « Socialistes et apparentés », le 06/01/2026
On entend déjà les protestations d’une partie de la gauche.
S’il y a 49.3, pour le faire passer, non seulement on votera la censure, comme nous l’ avons toujours fait, pour à la fois sanctionner ce gouvernement, sanctionner ce budget mais aussi sanctionner le président de la République qui, pour la troisième fois, a nommé un Premier ministre qui ne correspond pas à la volonté du peuple français. C’est un déni démocratique.
Stéphane Peu, président du groupe « Gauche démocrate et républicaine » à l’Assemblée nationale, le 06/01/2026
Les écologistes et la France insoumise sont sur la même longueur d’onde. Mais sur le papier, le gouvernement devrait pouvoir survivre. Qu’en diront les électeurs de gauche ? Les élections municipales feront office de juge de paix.
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