L’impérialisme américain semble ne plus avoir de limites et la réaction française n’est pas à la hauteur

A qui le tour ? A peine l’opération militaire américaine vient-elle de s’achever – au moins provisoirement – que Donald Trump annonce son prochain objectif : le Groenland, territoire autonome du Danemark, pays lui-même membre de l’Union européenne et de l’OTAN. A bord d’Air Force One, dimanche 4 janvier, le président des États-Unis a rappelé ses intentions : “Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper”, a-t-il déclaré. Et le champion de la teinture peroxydée s’est fixé un délai. “Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… Parlons du Groenland dans vingt jours.”

Ce bellicisme assumé éclaire a posteriori les raisons de l’opération qui a conduit à l’enlèvement de Nicolas Maduro. C’est le retour de l’impérialisme américain qui considère que son jardin s’étend à tout le continent américain. Et même au-delà. Le narcotrafic a bon dos. La cocaïne qui inonde les rues américaines provient de la Colombie, de l’Équateur et du Pérou. Le Venezuela n’est qu’un pays de transit. Il ne s’agit pas davantage de rendre le pouvoir au peuple vénézuélien en le débarrassant d’un dictateur corrompu installé depuis 2013. Il n’y a que l’Élysée pour croire cette fable…

“Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien.”

Mais voilà, à aucun moment Donald Trump n’a fait référence à la démocratie ou à d’éventuelles élections. Il ne veut pas du récent prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, qui professe pourtant des opinions ultra libérales. Et pas davantage du vainqueur de la présidentielle de 2024 selon l’opposition, Edmundo González Urrutia. Celui-là même qu’Emmanuel Macron propose justement pour être l’homme de la transition. Tout au contraire, Donald Trump semble s’accommoder de l’autoritarisme du régime. C’est la vice-présidente de la République Bolivarienne, Delcy Rodriguez, qui va assurer l’intérim de Maduro. Cette figure clé de la caste au pouvoir est également ministre des hydrocarbures. Et ça tombe bien. Trump veut mettre la main sur le pétrole. Le sous-sol du Venezuela abrite en effet les plus importantes réserves d’or noir du monde. Jusqu’au milieu des années 70, elles ont été exploitées par les compagnies américaines. Mais en 1976, lassé de ce pillage, le Venezuela a nationalisé les actifs d’ExxonMobil, Shell et Chevron.

Depuis lors, les pétroliers américains ne rêvent que d’une chose : récupérer leurs installations et retrouver les taux de profits d’avant la nationalisation. Selon certaines estimations, l’exploitation du pétrole vénézuélien par les États-Unis pourrait rapporter jusqu’à 100 milliards de dollars par an. Mais Emmanuel Macron semble bien éloigné de ces réalités. Comme du droit international d’ailleurs. Le chef de l’État n’a pas un mot pour déplorer l’incursion militaire des États-Unis et l’enlèvement de Nicolas Maduro.

La raison de ce silence pudique ? Le Sommet des dirigeants de la Coalition des Volontaires sur l’Ukraine qui se tient ce mardi à Paris. Au moment où les États-Unis cherchent à se désengager de l’Alliance atlantique, Emmanuel Macron ne veut pas fournir un prétexte à Donald Trump. Et tant pis pour cette vieillerie qu’est le droit international. Mais Jean-Noël Barrot, le ministre des affaires étrangères, fait entendre une musique bien différente. Il y a comme de la friture sur la ligne qui relie le Quai d’Orsay et l’Elysée.

La position de la France c’est d’abord de dire que Nicolas Maduro était un dictateur sans scrupule, qui a confisqué leur liberté aux Vénézuéliens et qui leur a volé les élections. C’est pourquoi son départ est une bonne nouvelle pour les Vénézuéliens comme on a pu le voir dans les images que vous avez diffusé à l’instant.

Ensuite, nous avons rappelé que la méthode employée contrevenait au principe du droit international. L’usage de la force est permis, dans le droit international, et nous l’avons démontré hier soir, en frappant avec des moyens militaires français, des terroristes en Syrie, des terroristes de Daech. Mais cet usage de la force doit être encadré par des règles. Sans ces règles, le monde est soumis à la loi du plus fort.

Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, le 04/01/2026

De la friture sur la ligne

Tout ça, c’est dépassé, explique en substance Gabriel Attal en agitant ses petits poings méchants sur le réseau X :“Dans ce monde dangereux et violent, les Européens ont évidemment des valeurs à défendre. Mais ils le font aujourd’hui en spectateurs impuissants du délitement de toute forme de règle, et trop souvent en défenseurs béats d’institutions désormais totalement dépassées.”

Nathalie Loiseau, l’ancienne tête de liste macroniste aux européennes, a remis ce jeune impétueux à sa place.

Je pense que le grand silence européen consiste à ne pas vouloir se fâcher avec Donald Trump pour pouvoir continuer à essayer de limiter les dégâts par la position américaine sur l’Ukraine. C’est plutôt un aveu d’impuissance et de faiblesse qu’autre chose. A un moment où on n’a jamais été aussi conscient du risque d’ingérence dans nos démocraties, fermer les yeux sur une ingérence majeure qui consiste à faire tomber certains dictateurs et faire tomber un dirigeant étranger, pour moi c’est une erreur.

Quand Donald Trump va revendiquer le Groenland, on va lui dire que là ce n’est pas la même chose parce que ça nous concerne de plus près ?

Nathalie Loiseau, députée du groupe « Renew » au Parlement européen, le 05/01/2026

A gauche, le tollé est général. A commencer par les socialistes. “Les députés socialistes et apparentés condamnent toute forme d’ingérence étrangère dans les affaires internes du Venezuela. Nous avons toujours dénoncé le régime de Nicolás Maduro mais ces pratiques unilatérales, qu’elles soient politiques, judiciaires, militaires ou coercitives, affaiblissent l’ordre international fondé sur le droit et compromettent durablement la stabilité régionale.”

Jean-Luc Mélenchon fait remarquer qu’une fois encore, il y a deux poids et deux mesures.

Il est consternant de voir que dans un tel contexte on retrouve la même indifférence au fait qu’il y aurait dans cette situation deux poids deux mesures. Il y aurait des bonnes et des mauvaises invasions. Le Venezuela serait une bonne invasion et celle qui a eu lieu en Ukraine, à juste titre, est une mauvaise de la même manière que nous considérons, nous, que celle qui a eu lieu à Gaza en est une mauvaise. Non, il n’y a que des mauvaises invasions.

Nous ne pouvons définitivement pas accepter, et je le dis avec toute la solennité qu’il faut donner, ce n’est pas une aventure particulière dans un recoin du monde. Le droit international est la seule garantie de paix que nous ayons.

Il faut, sans barguigner, exiger la libération et le retour immédiat de Nicolas Maduro, libre, au Venezuela. Ainsi, bien sûr, que son épouse qui dans cette histoire est une sorte de capture que fait l’empire pour impressionner ses adversaires.

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de « La France insoumise » , le 03/01/2026

La loi du plus fort

Il n’est pas sûr qu’il se trouve encore un seul vénézuelien pour souhaiter le retour de Nicolas Maduro. Mais bon… Marine Le Pen n’est pas en reste : “Il existait mille raisons de condamner le régime de Nicolas Maduro. Mais il existe une raison fondamentale pour s’opposer au changement de régime que les États-Unis viennent de provoquer au Venezuela. La souveraineté des États n’est jamais négociable, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur puissance, quel que soit leur continent. Elle est inviolable et sacrée.”

En 2003, Georges Bush avait envoyé ses soldats en Irak. 26 jours plus tard, le régime était renversé et Saddam Hussein arrêté. Depuis, le pays peine toujours à sortir du chaos dans lequel cette intervention l’a plongé.

La démocratie ne s’exporte pas à la pointe des baïonnettes. Ce sont les peuples, et eux seuls, qui font les révolutions et décident de leur destin. Ce ne sont pas les Iraniens qui luttent héroïquement contre l’obscurantisme des Mollahs qui diront le contraire.

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