La 62e Conférence de Munich sur la sécurité, qui s’est ouverte vendredi 13 février, restera peut-être dans l’histoire. Car elle entérine la disparition d’un ordre mondial surgi au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Ordre qui voulait que l’Europe et les États-Unis soient liés par une alliance géopolitique, quelles que puissent être leurs divergences ponctuelles.
L’année dernière, lors de la précédente édition de la conférence, le vice-président américain J. D. Vance s’était autorisé à sermonner les Européens : « La menace qui m’inquiète le plus vis-à-vis de l’Europe n’est pas la Russie, ce n’est pas la Chine, ce n’est aucun autre acteur extérieur. Ce qui m’inquiète, c’est la menace intérieure : le recul de l’Europe sur certaines de ses valeurs les plus fondamentales. Des valeurs partagées avec les États-Unis ».
Effacement civilisationnel
Des valeurs qui sont, pour l’essentiel, celles de l’extrême droite si l’on se réfère à la « Stratégie de sécurité nationale », un document de 33 pages publié en décembre par l’administration américaine. L’Europe, en déclin, serait menacée « d’effacement civilisationnel » par l’immigration massive.
Au vu de cette analyse, rien de surprenant à ce que le Département d’État soutienne les partis de l’extrême droite européenne qui agitent ces thématiques. Ses diplomates sillonnent d’ailleurs l’Europe à la recherche d’éléments démontrant que l’extrême droite est ostracisée. Et les dirigeants de ces formations ont leur rond de serviette à Washington.
Revitaliser une vieille amitié
Cette année, c’est Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, qui avait la charge de porter le message trumpiste. « Nous voulons que l’Europe soit forte, nous croyons que l’Europe peut survivre (…) Nous ne cherchons pas à diviser, mais à revitaliser une vieille amitié et à renouveler la plus grande civilisation de l’histoire humaine. Ce que nous voulons, c’est une alliance revigorée ».
Des propos qui ne sont rassurants qu’en apparence. Car la revitalisation évoquée par Marco Rubio est en réalité une vassalisation. Les États-Unis, a-t-il expliqué, entendent mener « la restauration de l’ordre mondial ». Et cela, portés « par la vision d’un avenir aussi fier, souverain et vital que le passé de notre civilisation ».
Les gendarmes du monde
On avait cru que le mouvement MAGA était isolationniste. Erreur sur toute la ligne : les États-Unis entendent bien continuer à jouer les gendarmes du monde. Une entreprise à laquelle l’Europe est fermement priée d’adhérer. « Et même si nous sommes prêts, si nécessaire, à agir seuls, a souligné Marco Rubio, nous préférons et espérons agir avec vous, nos amis ici en Europe ».
Rejoindre la croisade des hallucinés ou bien se débrouiller seuls, voilà le marché qui est proposé à l‘Union Européenne. Car pour Marco Rubio, l’Europe ne doit désormais compter que sur ses propres forces : « Nous ne voulons pas que nos alliés soient faibles, car cela nous affaiblit. Nous voulons des alliés capables de se défendre afin qu’aucun adversaire ne soit jamais tenté de tester notre force collective. »
Vassalité ou souveraineté de l’Europe
En clair, achetez nos F-35 et nos matériels militaires ou bien ne comptez pas sur nous pour armer l’Ukraine et contenir l’impérialisme russe.
Face à ce chantage, deux positions se sont exprimées.
Celle du Chancelier allemand Merz qui appelle à réparer et raviver « la confiance transatlantique » tout en prévenant les États-Unis qu’ils « ne seront pas assez puissants pour faire cavalier seul » face aux autres superpuissances.
Et celle de la France qui défend une Europe souveraine et une « autonomie stratégique ». Entendez une souveraineté militaire. Celle-ci ira-t-elle jusqu’au parapluie nucléaire français ?
Friedrich Merz a confié dans son discours s’être entretenu avec Emmanuel Macron sur le périmètre de la dissuasion française. Bien sûr, l’incertitude stratégique commande de ne pas révéler à partir de quel moment le recours à l’arme nucléaire sera envisagé.
Mais de la réponse à cette question dépend l’adhésion de la plupart des pays de l’UE au concept d’autonomie stratégique. Si la France s’engage à se substituer aux États-Unis, alors de nombreux pays se rangeront à ses côtés. Dans le cas contraire, ils resteront dans le sillage américain, quel que soit le prix à payer.
Serge Faubert
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