La bataille des récits

Dimanche, à 20 h 01 commencera la bataille des récits. Il s’agira, pour les uns et pour les autres, de démonter qu’ils sont les gagnants de la consultation. À ce petit jeu, au soir du premier tour, la France insoumise s’est montrée la plus adroite. Fortement aidée, il est vrai, par une paresse médiatique qui a conclu, d’une victoire à Saint-Denis, à une percée générale du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Une étude fouillée de l’IFOP avec la Fondation Jean Jaurès, à partir des chiffres du ministère de l’Intérieur, montre qu’il n’en est rien. Mais voilà, cet examen nuancé des résultats n’a été livré que jeudi. Une éternité pour le temps médiatique. Et il est à craindre que de nouveaux emballements perturbent la lecture du scrutin.

Sept villes clés

Car c’est autour des résultats dans 7 villes que vont se décliner les postures : Paris, Marseille, Toulouse, Lyon, Toulouse, Nice et Toulon. Chaque famille politique quêtera la confirmation de sa stratégie dans ces scrutins. Pour mieux lancer la campagne de l’élection présidentielle.

À Paris, si le socialiste Emmanuel Grégoire est battu par Rachida Dati, les porte-paroles de LFI auront beau jeu de lui reprocher de ne pas avoir accepté la main tendue de Sophia Chikirou. À l’inverse, si le candidat PS l’emporte, il fera la démonstration qu’il est possible de remporter une victoire sans LFI. Et que le vote en faveur du PS redevient le vote utile à gauche.

Le RN aux portes de Marseille

À Marseille, l’adversaire est d’extrême droite. Mais l’équation est similaire. Si l’ancien socialiste Benoît Payan est battu par Franck Allisio, le candidat du RN, le premier en portera seul la responsabilité, l’insoumis Sébastien Delogu s’étant désisté. Mais si la liste d’union de la gauche que conduit Payan l’emporte, là encore, l’hégémonie de LFI sera battue en brèche.

À Toulouse, c’est le résultat de la liste issue de la fusion des listes insoumise et socialiste qui est guetté. Si Jean-Luc Moudenc, le maire sortant, est battu par François Piquemal, l’insoumis qui conduit la liste fusionnée, les tenants de l’union de la gauche, au PS comme à LFI, en sortiront renforcés. Dans le scénario inverse, c’est bien sûr ce choix stratégique qui sera dénoncé.

Mairie et métropole

Dans la capitale des Gaules, l’enjeu est double. Il y a la mairie et la présidence de la métropole. Le maire sortant, l’écologiste Grégory Doucet, a conclu une fusion technique avec LFI pour la mairie. Mais à la métropole, Bruno Bernard, le président écologiste candidat à sa réélection s’est refusé à faire de même. LFI a donc retiré sa liste afin d’éviter une victoire de la droite. Là encore, on n’a pas fini de commenter l’attitude des uns et des autres.

Union des droites

Du côté de Nice, c’est une autre partie qui se joue. Celle de l’union des droites. Le président de l‘UDR, Éric Ciotti, l’allié du RN, devance de 10 points son concurrent, Christian Estrosi, maire sortant et vice-président d’Horizons. Si Ciotti s’installe dans le fauteuil d’Estrosi, il confirmera le glissement croissant d’électeurs de droite vers le Rassemblement national. Et partant, la stratégie de l’union des droites défendue par Jordan Bardella contre Marine Le Pen, toujours favorable au ni droite ni gauche.

La droite et le front républicain

À Toulon, une victoire de la candidate RN Laure Lavalette signerait la fin du front républicain contre l’extrême droite. Une fusion des listes de droite aurait pu lui barrer le chemin. Mais la maire sortante Josée Massi, sans étiquette, arrivée en deuxième position s’est refusée à tout accord avec le candidat arrivé en 3e position, Michel Bonnus (LR). Ce dernier s’est retiré en appelant cependant ses électeurs à voter pour la maire sortante, Josée Massi. La consigne sera-t-elle suivie ? Ce n’est pas certain.

Voilà pour le tour d’horizon des argumentations à venir. Mais il est une question à laquelle personne n’apporte pour l’instant de réponse : l’abstention. Le premier tour a été marqué par une désaffection record des Français. 2020 mis à part, ces municipales ont connu la plus faible participation depuis la naissance de la Ve République en 1958. Ce qui en dit long sur la crise démocratique qui frappe le pays. De cela, malheureusement, on en parlera peu sur les plateaux dimanche soir.

Serge Faubert

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.