Dimanche, les électeurs choisiront les équipes qui organiseront leur vie au quotidien. 900 000 candidats répartis sur 50 000 listes. Les seuls élus qui restent à portée d’engueulade et dont le dévouement est souvent sous-évalué.
Ancrage territorial
Certes, chacune des 34 908 communes est un cas particulier. Histoire, démographie, situation géographique, activité économique, autant de paramètres qui devraient inciter à ne pas sombrer dans des généralités de plateau. Voire à se perdre dans des projections sur la présidentielle à venir. Exercice vain : les trois partis les mieux représentés à l’Assemblée nationale sont justement ceux qui ont le moins d’ancrage territorial.
Pourtant, à 15 mois d’une élection présidentielle qui marquera certainement un tournant dans l’histoire politique de la France, comment ne pas chercher à décrypter les messages d’une opinion dont la défiance à l’égard des institutions atteint des sommets ?
Reconfiguration
La question des alliances va être déterminante. Car elle dessinera la reconfiguration politique. À Paris, à Marseille, à Toulouse, à Limoges, la gauche peut-elle l’emporter sans les voix de la France insoumise ? Sur le papier, cela semble difficile. Mais aucun parti n’est propriétaire de ses voix.
La direction du PS a exclu un accord national. Ce qui laisse la porte ouverte à des alliances locales. Sous quelle forme ? Jean-Luc Mélenchon propose des « fusions techniques » à l’issue du premier tour. On additionne les scores des listes et on se répartit les sièges à la proportionnelle. Ce qui permet d’arriver en tête au second tour et de bénéficier de la prime majoritaire – 50 % des sièges sauf à Paris Lyon et Marseille où elle n’est que de 25 %.
Dans cette hypothèse, a rappelé Manuel Bompard, les insoumis ne participeront pas à la gestion de la ville (pas de poste d’adjoint ni de délégation). Soit. Mais qu’adviendra-t-il quand viendra l’heure de voter le budget communal ?
Peut-on signer avec le diable ?
Et puis, comment le PS et LFI pourront-ils justifier devant les électeurs ce rapprochement « technique » ? Les premiers considèrent que Jean-Luc Mélenchon tient des propos antisémites. Les seconds estiment que les socialistes ont rompu avec la gauche en refusant de censurer le budget.
Dans le genre alliance contre-nature, ça se pose un peu là. Bien sûr, le réel est toujours plus complexe. Il y a au moins cinquante nuances d’insoumis et cinquante nuances de socialistes. De quoi matcher parfois au nom du souvenir de valeurs communes.
Et les écologistes ? Ils sont inaudibles à force de vouloir être le trait d’union entre la gauche sociale-démocrate et la gauche radicale (pour reprendre l’expression utilisée maintes fois par Jean-Luc Mélenchon à propos de son mouvement). Leur souci, aujourd’hui, est de conserver quelques-uns des villes gagnées en 2020 : Bordeaux et peut-être Lyon.
La droite en vrac
À droite, les municipales tournent à l’interrogation ontologique. Les Républicains garderont-ils Nîmes, la dernière ville de plus de 150 000 habitants à dormir dans leur escarcelle ?
À Marseille, Martine Vassal, en perdition, cédera-t-elle aux amicales pressions de son propre camp pour faire alliance avec Franck Allisio, le candidat du RN ? Au Havre, Édouard Philippe sauvera-t-il son fauteuil de maire et partant, sa légitimité à être candidat à la présidentielle de 2027 ? À Paris, Pierre-Yves Bournazel, le secrétaire général d’Horizons prendra-t-il le risque de faire trébucher Rachida Dati en se maintenant au second tour ?
Renaissance aux abonnés absents
Du côté de Renaissance, c’est plutôt le grand rien, faute de candidat d’envergure. Le député Thomas Cazenave espérait bien remplacer l’écologiste Pierre Hurmic à la tête de Bordeaux. Pas de chance, voilà qu’un candidat de la société civile, l’économiste Philippe Dessertine, est en mesure d’être au second tour. Sauvant ainsi Hurmic.
Et que dire enfin de Nice où Christian Estrosi appelle la gauche à le soutenir pour battre Éric Ciotti, bien parti pour s’installer à la mairie.
À certains égards, ces élections vont jouer le rôle de laboratoire. Chaque famille politique va pouvoir mesurer son influence et ses capacités de rassemblement. Ce qui est certain, c’est qu’après le 22 mars, beaucoup vont changer de discours. Et même de ton.
Serge Faubert
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