Pure Politique : trois ans déjà !

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de Pure Politique. Voilà un peu plus de trois ans, j’ai lancé cette chaîne dans la précipitation, je dois l’avouer. Il s’agissait pour moi de ne pas renoncer à une certaine idée du journalisme. L’information plutôt que la propagande, le respect du contradictoire plutôt que le sectarisme, le souci de la nuance plutôt que les vérités assénées à coups de marteau. 

Un pari en voie d’être gagné

Au fil des mois puis des années, vous êtes venus nombreux vous associer financièrement à ce pari éditorial. Et vous lui avez permis de se développer – 280 000 abonnés à la chaîne Youtube à ce jour – puisque maintenant c’est une petite équipe qui réalise et produit les vidéos de la chaîne. Soyez-en remerciés ici. Nous savons ce que nous vous devons.

Information ou confirmation

Disons-le, le pari en question était loin d’être gagné. Si internet a démocratisé l’accès à l’information, les algorithmes ont en revanche transformé le rapport aux médias. On recherche davantage la confirmation d’une émotion ou d’un engagement qu’une information qui, forcément, viendra déranger les idées reçues.

« Et vous, qu’en pensez-vous ? »

Le journaliste est sommé de rendre des comptes, non pas sur son travail, mais sur son inscription dans les conflits qui traversent la société. « Et vous, qu’en pensez-vous ? », m’interpelle-t-on régulièrement dans les commentaires. Oubliant que mon rôle s’arrête au décryptage de l’actualité politique, ce qui est largement suffisant.

C’est ainsi, le journaliste est toujours accusé de rouler pour une cause plus ou moins cachée. En son temps, Maupassant, dans Bel ami, avait dressé un tableau cruel de la corporation et surtout des propriétaires de journaux.

Procès en identité

Pure Politique n’échappe pas à ce procès. Selon les chroniques, nous voilà alternativement à la remorque des insoumis, à la solde des traîtres socialistes, aux côtés des fauteurs de guerre otaniens contre l’innocente Russie, assimilés aux islamophobes parce que nous considérons que la laïcité reste la pierre angulaire de la République, rangés parmi les fachos parce que nous ne réclamons pas tous les quatre matins la légalisation du cannabis ou le désarmement des polices municipales. Sans parler des sujets éruptifs comme la vaccination, la sécurité ou l’antisémitisme…

Bref, nous ne pensons pas bien. Gauchiasses pour les uns, droitards pour les autres, nous voilà promis à de multiples règlements de comptes, le jour venu. Au point qu’il faudra certainement prévoir une billetterie.

Indépendants et engagés ?

Les plus compatissants nous accordent la faveur de l’illusion. C’est à tort que nous estimerions que les journalistes peuvent être à la fois indépendants et porter un regard engagé sur le monde. Pour une tradition qui va d’Antonio Gramsci à Pierre Bourdieu et ses épigones, il n’y a pas d’individualités, mais un parti médiatique qui fabrique l’opinion dans d’obscures officines. À ce compte-là, pourquoi s’échiner dans ce métier ?

Si l’on ne peut nier que l’essentiel de l’information soit aujourd’hui contrôlée par des milliardaires, cela n’implique pas que la suspicion doive frapper toute production journalistique. C’est d’abord ignorer les batailles éditoriales au sein des titres concernés. Les petites et les grandes résistances à une normalisation idéologique.

C’est encore occulter l’effort, en marge de cette concentration de moyens, pour développer une offre alternative. Avec plus ou moins de pertinence, avec plus ou moins de succès.

Les médias indépendants ne sont pas meilleurs que les autres. Ils reproduisent parfois les pires comportements des grands groupes de presse. Mais leur simple existence garantit le pluralisme et partant le maintien d’une vie démocratique.

Ricaner plutôt que se lamenter

À Pure Politique, nous n’avons rien à vendre. Si ce n’est de la réflexion. Et comme nous détestons manier la brosse à reluire, notre plume grince. C’est ainsi, nous préférons ricaner que nous lamenter. Forcément, il y a parfois des incompréhensions. C’est la rançon de l’impertinence.

Mais vous êtes nombreux, dans les messages qui accompagnent vos dons, à nous encourager dans cette voie. Nous comptons bien persévérer. La campagne présidentielle a déjà commencé. Elle va aller crescendo. Tout au long de ces mois où les passions vont tenter de submerger la raison, nous maintiendrons le cap. Le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté, pour reprendre une punch line de l’ami Antonio. Bonnes fêtes à vous tous et à vos proches. On se retrouve le 5 janvier.

Serge Faubert

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