Y aura-t-il une primaire de la gauche ? La question doit être posée tant cette hypothèse ressemble de plus en plus à une chimère. Ce mardi, un meeting doit réunir à Paris les derniers partisans de ce mécanisme de sélection pour la présidentielle. Il y aura Marine Tondelier pour « Les Écologistes ». Et Olivier Faure pour le Parti socialiste. Clémentine Autain et François Ruffin devraient être également de la partie. Même si le dernier a décidé qu’il se porterait candidat à l’Élysée, que la primaire se tienne ou non et quel que soit le résultat de celle-ci.
Une primaire pas si populaire que ça
Mais les poids lourds seront absents. Jean-Luc Mélenchon qui ne veut pas d’une primaire et qui s’apprête à annoncer sa candidature ; l’ancien président de la République, François Hollande, qui ne fait plus mystère de son intention de retourner à l’Élysée et Raphaël Glucksmann, en recul dans les sondages après en avoir été le favori. Sans oublier l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, poids léger dont le principal souci semble être aujourd’hui de se démarquer de François Hollande.
Au regard de ce panorama, on comprend qu’un éventuel vainqueur de la primaire aura bien du mal à tracer son chemin entre François Hollande et Jean-Luc Mélenchon.
Faure et Tondelier en mauvaise posture
Olivier Faure comptait utiliser ce scrutin militant comme rampe de lancement pour l’Élysée. Mais les rapports de force au sein de son parti ont bougé. Les adversaires de la primaire sont aujourd’hui plus nombreux que ses partisans. Pas sûr, donc, que Boris Vallaud, le patron des députés socialistes et Nicolas Mayer-Rossignol laissent aller le Premier secrétaire aller au bout de son projet.
Quant à Marine Tondelier, contestée comme jamais dans son parti, on voit mal comment elle pourrait rassembler au-delà des frontières de celui-ci. Après l’échec des élections européennes puis celui des municipales, la présidentielle de 2027 pourrait bien sonner le glas de son mandat.
Un espace à droite de LFI
Pourtant, Il y a un espace politique à droite de Jean-Luc Mélenchon. En ciblant prioritairement les étudiants, les jeunes diplômés et les quartiers populaires – reprenant ainsi les recommandations formulées à l’intention des socialistes par le think tank Terra nova en 2011 – le leader insoumis laisse en déshérence la France des bourgs et des pavillons. Le RN en fait son miel. Mais il reste un large espace pour une gauche universaliste à l’ancienne, dirons-nous. Ce qu’avait tenté d’incarner en 2017, la France insoumise. Avec succès.
Un projet ou une incarnation ?
Pour conquérir cette France oubliée, il faut un projet. Olivier Faure en a un désormais. Suffisamment proche de l’Avenir en commun pour attirer les déçus de LFI et l’aile gauche de son parti. Suffisamment édulcoré pour ne pas effrayer les adversaires du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Mais il manque une incarnation. Sur ce terrain, François Ruffin apparaît le mieux placé. Électron libre de la gauche, il pourrait séduire, avec son franc-parler, tous ceux que les appareils rebutent. Le problème est que sans appareil, il est difficile de mener une campagne présidentielle. Et encore plus de la financer.
Le retour des hommes d’État
François Hollande et Bernard Cazeneuve entendent jouer, eux, sur leur qualité d’homme d’État. Pariant sur le fait que dix ans se sont écoulés depuis le naufrage du quinquennat Hollande. Un délai suffisant pour faire le deuil des ressentiments, estiment-ils.
Face à un Jordan Bardella ou une Marine Le Pen, cet argument de l’expérience peut faire mouche. Mais avant le second tour, il y a par définition le premier. Et paradoxalement, c’est sans doute celui-ci qui se révélera le plus difficile. Qu’ils le veuillent ou non, l’ancien président et son ancien ministre restent les pères spirituels du macronisme. Ce avec quoi une majorité d’électeurs entend rompre aujourd’hui si l’on en croit les enquêtes d’opinion et autres baromètres de popularité.
Primaire ou pas primaire, à un an de l’élection présidentielle, l’horizon de la gauche reste dans le brouillard. Il serait peut-être temps de se réveiller. Ne serait-ce que pour le bon fonctionnement de la démocratie.
Serge Faubert