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Loi anti-casseurs : ce que prépare Gérald Darmanin

Manifestation lors de la fête du travail, à Paris, le 1er mai 2023. ©Purepolitique

Parler d’autre chose. À tout prix. Depuis l’utilisation de l’article 49-3, voici six semaines, le gouvernement cherche la sortie. Il croit l’avoir trouvée, lundi 1er mai, avec ce policier brûlé par un cocktail molotov lors d’une manifestation de la fête du travail à Paris.

Il se trouve qu’à cet instant, Pure Politique était sur les lieux et a filmé la scène. Les images ont une force émotionnelle, c’est pour cela qu’il faut s’en méfier. Aussi révoltant que soit le spectacle d’un homme en feu, il ne doit pas faire oublier le reste. 

Le reste, c’est par exemple ce manifestant de Nantes sérieusement blessé à la main, le même jour. Ou cette adolescente qui risque de perdre un œil après l’explosion, dans les mêmes circonstances, d’un pétard ou d’une grenade, on ne sait. C’est encore le manifestant de Sainte-Soline blessé par une grenade des forces de l’ordre. S’il est sorti du coma la semaine dernière, son pronostic vital reste engagé. Pour ces trois-là, il n’y a pas d’images de l’instant où ils ont été blessés. Mais doivent-ils être condamnés à l’oubli pour autant ? La réprobation de la violence ne saurait être à géométrie variable.

Factieux démasqué

Le pouvoir entend bien profiter de l’émotion provoquée par les images pour éclipser le succès des manifestations de lundi : 782 000 personnes pour la police, 2,3 millions pour les syndicats. Soit à peu près autant que les manifestations de février. Depuis 48 heures, l’exécutif s’abandonne à toutes les inepties. Dans le collimateur, Jean-Luc Mélenchon, coupable d’avoir prononcé ces mots au départ du cortège :

Ne vous laissez pas domestiquer, quoi qu’il vous en coûte. Le dernier rang des combattants, c’est le vôtre ! Les premiers à courir devant, c’est vous ! Les derniers à céder, c’est vous ! À bas la mauvaise République.

Jean-Luc Mélenchon, coprésident de l’Institut La Boétie, images LFI, 1er mai 2023

Voilà le factieux démasqué.

Mauvaise foi

Monsieur le président, vous évoquez également les nouvelles outrances du leader de La France insoumise. Elles s’inscrivent dans une remise en cause permanente de nos institutions. Elles sont une nouvelle étape pour saper la confiance de nos concitoyens dans notre démocratie. « À bas la mauvaise République », dit-il. Chacun le sait bien, pour Jean-Luc Mélenchon, c’est, la seule bonne République, c’est lui. Pour notre part, nous sommes et nous resterons du côté de la République et de l’ordre républicain.

Élisabeth Borne, Première ministre, Sénat

Si Élisabeth Borne avait un tant soit peu d’honnêteté intellectuelle, elle se souviendrait que Jean-Luc Mélenchon prône le passage à une VIe République depuis 1992. Oui, cela fait exactement trente et un ans qu’il dénonce le bonapartisme de nos institutions et réclame un régime parlementaire. C’est même écrit dans l’Avenir en commun, le programme du candidat Mélenchon en 2017 et 2022. Certes, l’ouvrage est moins torride qu’un entretien de Marlène Schiappa dans Playboy ou les récentes envolées littéraires de Bruno Le Maire, le ministre proctologue. Mais ça se lit quand même.

Affecter de découvrir une position connue de tous est plutôt gonflé. Mais la mauvaise foi est la qualité la plus partagée de l’exécutif en ce moment. Il suffit d’écouter Gérald Darmanin.

Objection rejetée

Où est la condamnation de monsieur Mélenchon contre l’attaque de ce policier ? Elle est où ?

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, BFMTV-RMC, 2 mai 2023

Le journaliste Benjamin Duhamel rappelle alors au ministre de l’Intérieur que les députés LFI Manuel Bompard et Alexis Corbière ont aussitôt condamné l’agression du policier. L’objection est rejetée par le locataire de la place Beauvau.

Moi je n’ai pas entendu monsieur Mélenchon le dire. Il est le chef de La France insoumise.

Gérald Darmanin, BFMTV-RMC, 2 mai 2023

Arbitraire administratif

Gérald Darmanin veut une nouvelle loi anti-casseurs.

Il y avait une loi anti-casseurs, elle a été invalidée par le Conseil constitutionnel. Moi je pense qu’il faut que nous reprenions une loi anti-casseurs.

Gérald Darmanin, BFMTV-RMC, 2 mai 2023

Interdire aux gens de manifester sur la foi de présomptions policières, bonjour l’arbitraire administratif. Il y a fort à parier qu’en fait de casseurs, ce seront surtout les opposants politiques qui se retrouveront privés de leurs droits démocratiques. On a bien vu avec les fichiers S ce qu’il en coûtait d’abandonner au ministère de l’Intérieur les prérogatives de la justice. De simples militants écologistes se sont ainsi retrouvés dans ce fichier à côté d’islamistes dangereux.

« Casser, tuer »

Mercredi 3 mai, Éric Dupont-Moretti a confirmé qu’il travaillait avec le ministre de l’Intérieur sur un projet de loi.

Faut-il une nouvelle loi anti-casseurs comme le réclame notamment le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ?

En tous les cas on y réfléchit. Et je rencontre vendredi le ministre de l’Intérieur, on va travailler ensemble.

Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, RTL, 3 mai 2023

Olivier Véran en a remis une petite couche lors de son point de presse hebdomadaire. 

Est-ce que l’arsenal législatif, est-ce que la loi aujourd’hui, permet de le faire ? Je rappelle qu’en 2019 on a adopté un texte important qui a permis d’avoir des améliorations. On n’était pas allés complètement au bout, il y avait d’autres discussions qui étaient en cours. Est-ce qu’il faut rouvrir ce dossier ? En tout cas le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux ont annoncé qu’ils voulaient y travailler ensemble d’ici la fin de semaine pour voir s’il y a lieu ou non de changer la loi. À ce stade, je parle en tant que porte-parole, je n’ai pas encore de réponse ferme à vous apporter sur le fait de savoir s’il faut une loi ou non. En tout cas il y a une chose qui est sûre, c’est qu’on doit faire en sorte d’améliorer la situation. C’est insupportable pour nos concitoyens de voir ces casseurs par centaines, par milliers, qui sont casqués, armés de barres de fer, de cocktails molotov, qui circulent sur les places parisiennes ou dans les autres grandes villes, encore une fois pour casser, pour tuer.

Olivier Véran, ministre délégué et porte-parole du gouvernement, Conseil des ministres, 3 mai 2023

Réserves sur la compétence des forces de l’ordre

Au Sénat, mercredi après-midi, Élisabeth Borne a glissé une discrète allusion à ce prochain chantier législatif.

C’est l’honneur de nos policiers et de nos gendarmes de protéger la liberté d’expression, la liberté de manifester. Nous sommes, et nous resterons à leurs côtés. Toutes les mesures susceptibles de renforcer leur protection dans le respect des libertés publiques seront étudiées.

Élisabeth Borne, Première ministre, Sénat

Pour ce qui est de protéger la liberté d’expression et de manifestation, on peut avoir quelques réserves sur la compétence des forces de l’ordre. Les scènes vues lundi le montrent. Pour un mot de travers, un policier perd son sang froid. Ici, on essaye de calmer les policiers qui malmènent une jeune femme. Là, ces manifestants qui se contentent de crier ont droit à des coups de bouclier et des projections de poivre liquide. Et que dire encore du retour des lanceurs de balles de défense. Des armes qui mutilent aussi sûrement que des cocktails molotov.

« Complices des casseurs »

Ne sombrons pas dans l’angélisme, il n’y avait pas que des gentils place de la Nation. Alors, doit-on attribuer ce parfum d’émeute au blocage politique dans lequel le 49-3 a plongé le pays ?

Je trouve que cette idée est profondément choquante. Qu’est ce qui justifie de jeter un cocktail molotov sur un policier, même quand vous êtes en désaccord ? Et donc celles et ceux qui, dans la classe politique, justifient ces violences par une forme de blocage, sont les complices des casseurs. Et Jean-Luc Mélenchon, et les députés de la Nupes, sont les complices des casseurs. Il faut le dire. Il y a un moment donné ça suffit de se cacher derrière le fait qu’il y aurait un blocage politique. La réforme a été adoptée quoi qu’en dise les oppositions. Emmanuel Macron a été élu, quoi qu’en dise Jean-Luc Mélenchon. Il y a une majorité ici à l’Assemblée nationale, elle a été élue, quoi qu’en dise la Nupes et Jean-Luc Mélenchon. Maintenant ça suffit de justifier les violences et les casseurs par le prisme d’un blocage politique qui n’existe pas.

Pieyre-Alexandre Anglade, député Renaissance des Français établis hors de France, Palais Bourbon

La réforme a été adoptée quoi qu’en dise l’opposition, affirme Pieyre-Alexandre Anglade. Mais la séquence des retraites est-elle terminée pour autant ? Pas si sûr.

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