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La présidentielle, c’est demain

Dans un an – le 11 ou le 18 avril, la date n’est pas encore arrêtée – les électeurs se presseront vers les bureaux de vote. Ils iront désigner le 9e président de la Ve République. Et si la présence au second tour de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella est acquise, le nom de celle ou de celui qui leur disputera la magistrature suprême reste incertain. Près d’une vingtaine de prétendants plus ou moins déclarés briguent la charge. Et c’est justement de cette profusion que résulte l’incertitude. Si, comme on le pressent, les hypothétiques primaires à droite ou à gauche n’empêcheront personne de passer outre, le premier tour de scrutin aura pour fonction de départager tous ces prétendants.

Une vingtaine de candidats

Le Monde de vendredi en recensait une vingtaine. Certes, dans les mois qui viennent, il y aura des abandons. L’absence d’argent, de signatures, ou bien des sondages catastrophiques auront raison de bien des ambitions.

Il n’en reste pas moins que cette profusion de candidatures aura pour conséquence mécanique d’abaisser le seuil d’accès au second tour. Les sondeurs estiment que celui-ci se situera autour de 13 à 14 %. C’est d’ailleurs ce qui explique, pour partie, qu’il y ait autant de personnalités qui se sentent pousser des ailes.

L’autre raison est bien évidemment, la décomposition de la scène politique. Aucune force politique, pas même le Rassemblement national, n’est à l’heure actuelle majoritaire dans le pays.

Candidature pat défaut

Dans toutes les têtes, RN excepté, on se dit qu’il suffit d’être au second tour pour fédérer tous ceux qui ne voudront pas de l’extrême droite. Soit une bonne moitié du pays. Les clés de l’Élysée sont à portée de la main.

C’est le paradoxe de la situation. Une bonne dizaine de candidats se proposent d’être le candidat par défaut. Celui dont on dira plutôt lui que Bardella ou Le Pen.

L’équation infernale : cliver sans cliver

Mais pour ce faire, les postulants devront se montrer le moins clivant possible. Or, au premier tour, pour se distinguer de leurs multiples rivaux, ils seront contraints, au contraire, de se montrer clivants. L’exercice s’annonce périlleux.

Ainsi, à force de radicalité, un Jean-Luc Mélenchon a réussi à fédérer un socle solide qui tourne autour de 12 %. Il pourrait accéder au second tour de la présidentielle. Mais cette même radicalité le condamne à l’échec, tant il fait figure désormais d’épouvantail à droite et à gauche, sa mouvance exceptée.

Dominique de Villepin l’a compris : il faut séduire à gauche tout en s’affirmant à droite. Son engagement pro-palestinien a séduit une partie de la jeunesse. Mais, par définition, celle-ci n’est pas en âge de se souvenir que le même Villepin, alors Premier ministre de Jacques Chirac, déclencha un des plus forts mouvements de contestation dans la jeunesse avec le contrat première embauche (CPE).

C’était il y a vingt ans, au point que Dominique de Villepin fut contraint d’abroger la mesure. S’il entre en campagne, ses adversaires se feront fort de le lui rappeler.

Les héritiers à la peine

Édouard Philippe a chaussé les bottes d’Alain Juppé. Ce qui le rend a priori plus fréquentable. Mais, premier Premier ministre d’Emmanuel Macron, il est comptable du bilan de ce dernier. Quand bien même il a appelé récemment à son départ. Pour se démarquer du président sortant, ce sera difficile.

C’est d’ailleurs tout le problème de Gabriel Attal qui en rajoute dans le rôle de l’empêcheur de tourner en rond. Depuis deux semaines, il s’emploie à dynamiter le bloc central, espérant que cette brutalité nouvelle lui permettra de prendre ses distances avec celui qui lui a mis le pied à l’étrier. Gabriel Attal doit en effet annoncer sa candidature avant la fin de ce mois.

Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, dans leur course à la surenchère, jouent une autre partition : rendre inutile le vote Rassemblement national. « Votez pour nous, semblent-ils dire au pays, nous ferons une politique d’extrême droite avec, en plus, l’expérience gouvernementale. » Bon courage ! L’électeur préfère toujours l’original à la copie.

Le pays du ni-ni

Bernard Cazeneuve, lui, tente d’incarner le camp du ni-ni. Ni Mélenchon, ni le RN. Sur le papier, ça se tient. Mais il faudra qu’il explique pourquoi sa candidature l’emporte sur celle de Raphaël Glucksmann qui a une certaine antériorité dans ce registre. Et puis l’ancien Premier ministre reste l’artisan de la répression du mouvement contre la loi travail. Le mouvement syndical s’en souvient.

Sur ce créneau du ni-ni, il faut compter encore avec Olivier Faure et Boris Vallaud. L’un d’entre eux sera assurément sur la ligne de départ.

Enfin, il y a François Hollande. « Je me prépare » déclarait-il cette semaine à l’hebdomadaire Marianne. L’ancien président de la République parie sur le poids de l’expérience. Surtout s’il se retrouve face à Jordan Bardella. C’est oublier un peu vite qu’il a dû renoncer à se représenter en 2017, tant il était méprisé et détesté. 10 ans de macronisme auront-ils effacé cet opprobre ? Pas sûr.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette campagne électorale ne sera pas un long fleuve tranquille. Les chroniqueurs s’en réjouiront. Au premier chef votre serviteur. Mais, pour la santé démocratique de la République, ce n’est guère réjouissant.

Serge Faubert

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