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La porte-parole du Gouvernement sert la soupe à l’extrême droite

Sophie Primas, porte-parole du Gouvernement, le 23/03/2025 ©CNews – Europe1

Où va ce gouvernement ? Il ne se passe pas un jour sans qu’une annonce ministérielle cible à un titre ou à un autre l’immigration. De préférence maghrébine. Marine le Pen va bientôt réclamer des droits d’auteur. Pourtant, si l’immigration est une préoccupation réelle pour les Français, ce n’est pas leur priorité. Toutes les enquêtes d’opinion l’attestent, la question centrale reste la question sociale : le pouvoir d’achat, l’accès à la santé, les services publics. Mais sur ces sujets, Matignon est plutôt aphone.

Après la polémique sur le port du voile lors des compétitions sportives, on pensait avoir quelques jours de répit. L’occasion de parler du conclave sur les retraites, de l’emploi des seniors, de la réduction de l’indemnisation des chômeurs au 1er avril prochain…

Mais dimanche – un peu piégée par les journalistes d’Europe 1, il est vrai – la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a remis une pièce dans la machine.

Il est arrivé par exemple à ma fille au lycée de se faire traiter de “sale blanche”. Donc ça, c’est du racisme vraiment à l’état pur. Je veux bien le dire, c’est du racisme anti-blanc. Moi, je n’ai pas de pudeur à vous dire ça.

Sophie Primas, porte-parole du Gouvernement, le 05/03/2025

Outrance à répétition

Se rendre sur une chaîne d’extrême droite pour y tenir ce langage n’est pas très malin. Surtout si l’on omet de préciser les limites de ce racisme anti-blanc. Ces comportements restent très minoritaires dans la société française comme une imposante étude de l’Insee et de l’INED l’a établi en 2016. Certes, ce n’est pas parce que ces manifestations sont minoritaires qu’il faut les nier ou les excuser.

Mais oublier cette asymétrie, c’est avaliser l’équivalence que tente d’installer l’extrême droite : le racisme à l’égard des étrangers ne serait qu’une réponse à ce racisme anti-blanc.

Samedi, Gérald Darmanin avait déjà apporté sa contribution à l’ethnicisation du débat politique. Dans les colonnes du Journal du dimanche, il déclare vouloir que les détenus étrangers aillent purger leur peine dans leur pays d’origine. Attention, on ne parle pas des étrangers en situation irrégulière, mais des étrangers à qui a été accordé un titre de séjour. Selon le ministre de la Justice, cette externalisation serait une solution à la surpopulation carcérale. Car 25 % des 81 000 détenus sont des étrangers. Et sur ces étrangers, 16 700 sont extra-européens. Euréka , la solution est là !

“Le calcul est simple : si ces étrangers, ou même une partie d’entre eux, purgeaient leur peine dans leur pays, nous n’aurions plus de problème de surpopulation. Sans avoir à libérer ceux qui ne doivent pas l’être.”

Entrons dans le détail de la proposition du garde des Sceaux. Actuellement, il est possible de transférer un détenu étranger dans son pays d’origine pour qu’il y purge sa peine sous réserve qu’une convention ait été signée avec le dit pays. Mais ces conventions exigent également l’accord du détenu. Le refus est quasi systématique. Gérald Darmanin veut donc renégocier les conventions existantes pour s’affranchir du consentement de la personne incarcérée.

La Belgique a une convention avec le Maroc qui permet d’expulser, de faire purger sa peine des citoyens marocains qui ont été arrêtés et condamnés en Belgique au Maroc sans qu’on demande l’avis du détenu. Nous demandons la même convention avec le Maroc.

Gérald Darmanin, ministre de la Justice, le 23/03/2025

Au-delà de la renégociation des accords avec le Maroc, Gérald Darmanin envisage de signer des conventions avec la Tunisie, le Kosovo, l’Albanie, le Brésil, la Chine et l’Asie du Sud-Est dans son ensemble.

Dans le Journal du dimanche, il précise le cadre de ces futurs accords : “Cette question doit se poser de ministre à ministre, sans que le détenu ait un mot à dire.”

Ça y est, encore un qui se prend pour le ministre des Affaires étrangères. Après Bruno Retailleau et ses ultimatums à l’Algérie, voici Gérald Darmanin en commis voyageur de la détention. Que de vocations ratées au sein de ce gouvernement.

Mais le projet va plus loin. Gérald Darmanin étudie la possibilité de louer des places de prison dans d’autres pays pour y transférer nos détenus étrangers. Il suit en cela l’exemple du Danemark. En 2021, ce pays a loué 300 places de prison au Kosovo, démocratie bien connue où les mafias prospèrent, y compris dans les centres de détention. Qu’on nous permette alors de poser cette question.

Plutôt que de payer des loyers à d’autres, ne serait-il pas plus simple de construire de nouvelles prisons en France ? J’ose à peine ajouter qu’on aurait ainsi quelques garanties sur le respect de la dignité des détenus. Les projets de Gérald Darmanin risquent cependant d’être contrariés.

Tebboune demande l’apaisement et le retour à la diplomatie

Samedi, le président algérien a fait un geste d’ouverture après des semaines d’escalade avec la France.

Nous, on garde comme point de repère et uniquement le repère pour moi c’est le président Macron. On travaille ensemble. Il y a eu, c’est vrai, un moment d’incompréhension. Tous les problèmes doivent se régler avec lui ou avec la personne qu’il délègue, à juste titre, dans ses prérogatives, à savoir le ministre des Affaires étrangères.

Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne, le 22/03/2025

Il est donc peu probable que Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, laisse Gérald Darmanin torpiller le réchauffement des relations franco-algériennes. S’il doit y avoir une négociation sur l’exécution des peines des détenus algériens, cela ne pourra être traité qu’au niveau de l’Élysée. En attendant, comme on pouvait s’y attendre, les déclarations du ministre de la Justice ont fait réagir. Jordan Bardella se montre narquois.

Ca me fait rigoler parce que depuis maintenant sept ans on nous combat avec une très grande virulence, une très grande violence, y compris sur le fond des mesures que nous proposons. Et moi je m’aperçois qu’en fin de règne les responsables politiques en viennent toujours à expliquer que nous avions raison. Je suis évidemment pour que les délinquants et criminels soient non seulement expulsés mais qu’on puisse organiser les peines dans les pays d’origine.

Jordan Bardella, député européen RN et président du RN, le 24/03/2025

A gauche, Mathilde Panot dénonce une atteinte à l’État de droit.

Ça s’appelle la double peine. Voilà ce que ça s’appelle. Si vous avez la nationalité française, du coup vous restez en prison en France. Si vous avez une double nationalité, on pourrait vous expulser à l’étranger. En fait, cela n’a aucun sens. Cela ne respecte pas l’État de droit.

Mathilde Panot, députée LFI et présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, le 24/03/2025

Bruno Retailleau et Gérald Darmanin tentent de mordre sur l’électorat du Rassemblement national. Dans la perspective, bien sûr, de la présidentielle de 2027. Mais pour l’instant, cette surenchère ne fait que conforter les électeurs du Rassemblement national dans leur choix.

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