
Ceux qui ont connu les longues soirées entre copains, coupé d’internet et des réseaux sociaux, connaissent ce jeu de cartes : le mistigri. Une carte qu’il faut refiler à l’un de ses adversaires avant la fin du jeu sous peine de perdre la partie. Eh bien, c’est le tour de force que vient de réussir le Rassemblement national. Tour de force, parce que le parti de Marine Le Pen n’y est pour rien ou presque. Diabolisé depuis des décennies, il voit la France insoumise endosser sa tunique de Nessus. Le meurtre de Quentin Deranque est en train de faire basculer le mouvement de Jean-Luc Mélenchon dans le trou noir des parias de la politique. Encore incrédule devant cette aubaine, Jordan Bardella s’est risqué à lancer un appel qu’il n’aurait pas envisagé il y a un an.
J’appelle donc à constituer un véritable cordon sanitaire pour isoler la France insoumise et la tenir à l’écart des institutions, que ce soit à l’Assemblée nationale où ses députés siègent dans de nombreuses instances ou en vue des prochaines élections municipales. L’extrême gravité des faits appelle à une prise de conscience, et à la mobilisation de la société toute entière face à un danger pour notre démocratie, pour la République, que plus personne ne peut désormais ignorer.
Par son recours à l’intimidation, à l’insulte et désormais à la violence, l’extrême gauche représente un péril pour la démocratie française, un péril pour les institutions, un péril pour le fonctionnement normal de la société et doit ainsi être combattu comme telle. Cette lutte résolue est ainsi et définitivement le meilleur hommage que l’on puisse rendre.
Jordan Bardella, député européen et président du Rassemblement national, le 18/02/2026
C’est celui qui dit, qui y est
Un cordon sanitaire. Un front républicain, mais à l’envers. Gonflé de la part d’un parti qui continue d’entretenir des liens étroits avec les anciens du GUD à travers l’agence E-Politic. Ou avec la Cocarde, association étudiante maintes fois impliquées dans des affrontements avec les organisations de gauche. Pourtant, le président du Rassemblement national juge ces étudiants parfaitement fréquentables.
La Cocarde étudiante n’appelle pas à organiser des ratonnades, des lynchages ou organiser des chasses à l’homme dans les rues de Paris, ce qui en fait très certainement une différence de fond avec la mouvance d’ultragauche. La ligne rouge c’est encore une fois la violence physique et l’atteinte à l’intégrité physique. Je ne crois pas que la Cocarde réponde à ces critères.
Jordan Bardella, député européen et président du Rassemblement national, le 18/02/2026
Jordan Bardella veut donc isoler la France insoumise. Et dans ce combat il a un allié plutôt inattendu.
Quels sont les scrutins qui arrivent ? Scrutins municipaux, une élection présidentielle. Pour les scrutins municipaux, il ne peut pas y avoir, au premier tour c’est déjà établi, au deuxième tour, il ne peut pas y avoir d’alliance entre les socialistes, les formations de la gauche réformiste et LFI.
Pour le scrutin présidentiel, tout doit être fait pour que dans ce qui va être la grande confrontation électorale, la gauche réformiste soit là au rendez-vous et présente au deuxième tour de l’élection présidentielle. Et Jean-Luc Mélenchon n’y a pas sa place.
François Hollande, ancien président de la République et député « Socialistes et apparentés », le 18/02/2026
Mais le Parti socialiste, c’est 50 nuances de rose. Le porte-parole du groupe n’est pas sur la même ligne.
Nous n’accusons pas la France insoumise d’avoir une responsabilité directe face à cette violence physique qui s’exerce de plus en plus dans la rue et que nous dénonçons, que nous condamnons. Néanmoins, nous pouvons considérer que LFI contribue, avec d’autres, ça n’est pas les seuls, à une forme de brutalisation du débat politique en France. Et c’est cette brutalisation qui peut favoriser, ou qui peut mener, même si ça n’est pas la même chose, encore une fois nous faisons le distingo, à de la violence physique.
Romain Eskenazi, député « Socialistes et apparentés », le 17/02/2026
Camarades Darmanin et Hollande
A trois semaines du premier tour des municipales, il n’est pas question de fermer la porte d’éventuels désistements ou fusion de listes qui permettraient aux socialistes de conserver ou de gagner des villes. Il ne faut jamais injurier l’avenir. Pourtant, il y en a un qui est d’accord avec François Hollande. Ce n’est pas un socialiste. Même si, en l’écoutant, on aurait pu croire qu’il venait de prendre sa carte au PS.
Nous devons dire ici, comme l’a dit le président Hollande ce matin à la télévision, que jamais plus la gauche raisonnable, responsable, laïque, démocratique, ne s’allie avec la France insoumise. Cela ne doit pas être seulement l’honneur de la gauche, la gauche socialiste, dont j’ai dit comme monsieur Glucksmann, comme monsieur Hollande, mais je pense aussi à monsieur Guedj, je pense à madame Delga, je pense à monsieur le maire de Montpellier qui porte haut ses couleurs.
Cela doit être l’honneur de la France de ne jamais plus s’allier avec un parti qui prône des propos antisémites et qui dit que la Jeune Garde sont leurs amis et permettent de tuer dans les rues de Lyon et d’ailleurs.
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, le 18/02/2026
Il en faudra davantage pour convaincre les députés communistes.
Ça fait maintenant des mois que tous les prétextes sont bons pour essayer de diaboliser la France insoumise. Je l’ai dit, je le répèterai sans cesse : ceux qui veulent diaboliser la France insoumise n’ont finalement qu’un seul objectif, c’est celui de banaliser le Rassemblement national. Moi je ne cotiserai jamais à la banalisation du Rassemblement national.
Stéphane Peu, président du groupe « Gauche républicaine et démocrate », le 17/02/2026
Jordan Bardella espérait que la mise au ban de la France insoumise consacrerait la banalisation de son parti, entamée au lendemain du 7 octobre 2023. C’est raté du côté des macronistes. Si LFI est diabolisée, le RN n’est pas dédiabolisé pour autant.
Et après, ceux qui se renvoient la balle aujourd’hui, qu’ils regardent les débats qu’ils font les uns et les autres dans l’hémicycle. Quand vous regardez le Rassemblement national et la France insoumise dans l’hémicycle, cette violence ils l’ont tous les jours.
Tous les groupes qui sont en lien avec ces deux partis extrémistes enchaînent la violence. Aujourd’hui, que chacun dise “ce n’est pas moi c’est l’autre”, c’est faux. C’est les deux. La faute aujourd’hui c’est les partis extrêmes qui dans notre pays ont un comportement qui, j’allais dire, engendrent ce qu’on a vécu la semaine dernière à Lyon.
Perrine Goulet, députée « Les démocrates », le 17/02/2026
L’exécutif renvoie lui aussi dos à dos le RN et la France insoumise. On a pu s’en rendre mardi à la faveur d’un échange déconcertant. Mathilde Panot a en effet déploré l’absence des forces de l’ordre lors des incidents qui ont conduit au meurtre de Quentin Deranque. La présidente des députés insoumis a raison. Mais quel changement de pied. Jusqu’à présent la direction de LFI répétait en boucle que “la police tue”. Et voilà qu’elle réclame à présent son intervention.i.
Monsieur le Premier ministre, faire peser sur notre groupe une responsabilité morale imaginaire ne parviendra pas à éclipser votre réelle responsabilité politique. Je le rappelle ici : le maintien de l’ordre public relève de la compétence exclusive de votre gouvernement et non pas de l’opposition parlementaire.
Aucun dispositif n’a été prévu ouvrant la voie à tous les débordements alors que les renseignements territoriaux étaient avertis depuis plusieurs jours de la présence de Nemesis. Pourquoi n’avez-vous jamais tenu compte d’aucune de nos alertes ?
Mathilde Panot, présidente du groupe « La France insoumise » à l’Assemblée nationale, le 17/02/2026
Sébastien Lecornu à l’offensive
Mais la réponse du Premier ministre était tout aussi surprenante. Sur le fond et dans le ton.
Il n’y a pas, madame la présidente, une violence acceptable dans un sens et inacceptable dans l’autre. Et donc le refus de la violence, c’est pour tout le monde, en tout temps, en tous lieux, la violence physique comme la violence verbale. Vous voyez, madame la présidente, c’est peut-être aussi ça qui nous sépare, c’est que moi je suis le premier à condamner les violences faites contre les députés insoumis.
Je suis le premier à donner des instructions avec le ministre de l’Intérieur aux forces de l’ordre, que vous insultez pourtant à longueur d’année, à qui vous reprochez, à la police de la République, de tuer. Et pour autant, madame la présidente, parce que c’est ça la démocratie, cette police de la République se tiendra aux abords de vos permanences, de vos meetings, pour protéger justement la démocratie. Et c’est là une rupture évidemment profonde.
Sébastien Lecornu, Premier ministre, le 17/02/2026
Ce jeudi, le procureur de Lyon a annoncé que 7 des 11 personnes en garde à vue allaient être déférées devant trois juges d’instruction pour homicide volontaire. Il y a parmi elles deux collaborateurs du député insoumis Raphaël Arnault. Les quatre autres personnes interpellées sont poursuivies pour recel de malfaiteurs et ont été remises en liberté. La France insoumise a fait savoir que Raphaël Arnault ne démissionnerait pas de son mandat de député. Reste à savoir si cette ligne de défense pourra être tenue longtemps…