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Emmanuel Macron s’incline devant la représentation nationale sur le Mercosur

Manon Meunier, députée « La France insoumise », le 06/01/2026 ©PurePolitique

C’est lundi, au Paraguay, que pourrait être signé l’accord du Mercosur. Ursula von der Leyen devait initialement apposer son paraphe le 20 décembre. Mais les hésitations de l’Italie ont entraîné un report de quelques semaines. Un sursis qui a permis à nos voisins transalpins d’obtenir les garanties qu’ils réclamaient. Du coup, ne reste dans le camp des opposants que la Pologne, la Hongrie, l’Irlande. Et la France.

Emmanuel Macron a annoncé par un communiqué que notre pays se prononcerait contre le traité. Ajoutant cette phrase qu’il convient de savourer au regard de la psychologie du personnage : “Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat”. Pour une fois que la Pythie de l’Élysée, qui fait pitié, entend les Français, on ne va pas se plaindre. La sagesse vient donc avec l’âge. Mais la messe semble déjà dite. Même avec le refus de la France, le seuil de la minorité de blocage n’est pas atteint. Mardi, Annie Genevard renvoyait la balle vers le Parlement européen.

Sur la possible signature de l’accord avec les pays du Mercosur, par la présidente de la commission européenne, d’abord, la signature n’est pas actée donc nous avons continué notre travail pour agréger à la position française d’autres pays de l’Union européenne. Ensuite, et je veux insister, madame la députée, l’histoire ne s’arrête pas là. Je pense que vous avez pris vos renseignements.

Vous savez que, quand bien même le conseil européen adopterait l’accord avec le Mercosur, c’est ensuite le Parlement européen qui va devoir se prononcer sur cet accord. Et ensuite, ce sera une ratification. Donc, en tout état de cause, l’histoire n’est pas écrite et le combat n’est pas terminé.

Annie Genevard, Ministre de l’Agriculture, le 06/01/2026

Un accord toujours jugé insuffisant

Pour l’heure, les agriculteurs campent à proximité de la tour Eiffel. Ce jeudi, ils se sont rendus à l’Assemblée nationale où ils ont été reçus par la présidente, Yaël Braun-Pivet. Après 25 ans de négociations, l’accord continue d’inquiéter le monde paysan et les consommateurs.

Le traité prévoit de supprimer plus de 90 % des droits de douane entre les quatre pays du Mercosur – Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay – et l’Union européenne. Ce qui favoriserait les exportations sudaméricaines de bœuf, de riz et de miel au détriment des productions européennes. En contrepartie, les vêtements, les voitures, les machines et les vins trouveraient de nouveaux débouchés en Amérique latine. Mais le problème des clauses de sauvegarde demeure. Les importations pourront être bloquées si elles dépassent un certain seuil.

Ces dispositions sont néanmoins jugées insuffisantes par la plupart des organisations syndicales agricoles. Il y a encore la question des clauses miroirs. Comment vérifier que les marchandises importées satisfont aux mêmes exigences phytosanitaires que celles qui prévalent en France ? Lundi, Sébastien Lecornu a adressé une lettre ouverte aux agriculteurs. Mais elle n’a pas rassuré grand monde.

Nous tenions à dire à monsieur le Premier ministre que nous ne sommes pas dupes. Nous avons évidemment bien reçu sa lettre aux agriculteurs et nous pouvons vous la résumer en cinq mots : de la poudre aux yeux.

Dans cette lettre, il n’y a absolument rien sur le Mercosur, pas un mot sur le Mercosur, alors que le traité, ce traité de libre-échange, est en train d’être négocié cette semaine même et va certainement être adopté, s’il ne fait rien, à la commission européenne alors que l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une proposition de résolution portée par la France insoumise pour s’opposer fermement à cet accord de libre-échange quelles que soient les clauses miroirs de cet accord, et alors que les mobilisations agricoles s’amplifient partout en France.

Manon Meunier, députée « La France insoumise », le 06/01/2026

Le Rassemblement national dénonce la duplicité du président de la République.

La vérité c’est qu’Emmanuel Macron n’a jamais cherché à empêcher le Mercosur. Il a toujours soutenu le libre-échange, il a toujours voulu cet accord. Quand il a vu les difficultés en France, il a fait semblant de s’y opposer. Mais tout ça n’est pas sérieux.

Si Emmanuel Macron voulait s’y opposer, il pourrait, ne serait-ce qu’en cessant de payer les 15 milliards de contribution nette à l’Union européenne. Emmanuel Macron n’a jamais voulu empêcher le Mercosur. D’ailleurs, nos partenaires européens et aussi nos partenaires du Mercosur le disent. Les autorités brésiliennes notamment, disent régulièrement qu’en fait la France fait semblant de s’y opposer mais que c’est faux.

Ce double discours permanent d’Emmanuel Macron, il arrive au bout, et nos agriculteurs, quel que soit d’ailleurs le syndicat d’affiliation, ont bien compris qu’Emmanuel Macron se moquait d’eux.

Jean-Philippe Tanguy, député « Rassemblement national », le 06/01/2026

Sébastien Lecornu respire à nouveau

Pas de bol pour Jean-Philippe Tanguy, Emmanuel Macron qui bat des records d’impopularité a fini par s’incliner. Et ce soir, il y en a un qui respire. Sébastien Lecornu. Car un nuage s’éloigne avec l’annonce présidentielle. Celui d’une motion de censure déposée par le groupe LR si la France s’était prononcée en faveur du traité. Ce matin encore, Bruno Retailleau menaçait le gouvernement.

Ce que je demande à Emmanuel Macron, c’est s’il n’obtient pas suffisamment, et je pense qu’il obtiendra un certain nombre, facialement, en tout cas, de garanties qui seront de fausse garanties, de fausses garanties pour le secteur agricole, mais il perdrait le risque d’une censure. Et je souhaite qu’il vote contre.

Bruno Retailleau, Sénateur « Les Républicains » et président du parti « Les Républicains », le 08/01/2026

Un peu plus et le Premier ministre s’en retournait sur l’heure, dans l’Eure, son département d’élection. Adieu veau vaches cochon, couvée. Ce sera pour la prochaine fois.

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