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Emmanuel Macron appelle à une coalition pour libérer le détroit d’Ormuz

Emmanuel Macron, président de la République, le 04/03/2026 ©Élysée

Au cinquième jour de la guerre contre l’Iran, on ne connaît toujours pas l’objectif de cette intervention. Pire, on ne sait pas qui vraiment l’a déclenchée. Le 2 mars, lundi donc, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a laissé entendre que son pays avait attaqué l’Iran parce qu’Israël s’apprêtait à intervenir. Il s’agissait de frappes destinées à prévenir la riposte iranienne qu’allait entraîner l’opération israélienne. Pour le dire autrement, Benjamin Netanyahou aurait forcé la main de Donald Trump. Ce que l’intéressé a démenti expliquant que c’était lui qui avait forcé la main des Israéliens.

Cet imbroglio sur la paternité de l’opération expliquerait les variations dans le discours du président américain. Ce dernier s’est d’abord présenté en sauveur du peuple iranien, appelant celui-ci à se soulever après l’élimination d’Ali Khamenei et de plusieurs dizaines de hauts dirigeants iraniens. Puis c’est la menace balistique qui a été invoquée. Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Proche-Orient, allant même jusqu’à affirmer que Téhéran serait à une semaine de disposer de l’arme nucléaire et qu’il assemblerait des missiles capables d’atteindre les Etats-Unis. Ce qui apparaît hautement improbable au regard des destructions infligées lors de la guerre des 12 jours en juin de l’année dernière.

Dans le même temps, Donald Trump affirmait vouloir confier les clés du pays à l’un des responsables actuels du régime, affirmant avoir trois noms en tête. Pour déplorer un peu plus tard que ces mystérieux dirigeants pressentis soient morts. Il faut réfléchir avant d’appuyer sur la détente… C’est dans ce contexte de confusion extrême qu’Emmanuel Macron a pris la parole mardi soir. Le président de la République entend mettre sur pied une coalition internationale pour préserver la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, aujourd’hui bloqué par les Iraniens.

Enfin, nous avons des intérêts économiques à préserver car les prix du pétrole, les prix du gaz, la situation du commerce international sont profondément perturbés par cette guerre. Aujourd’hui le détroit d’Ormuz est de fait fermé. Et par ce détroit que transite environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde. Le canal de Suez, la Mer Rouge sont aussi sous tension et menacés.

Nous sommes à l’initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale. C’est d’ailleurs ce que nous avons su faire il y a plusieurs mois en Mer Rouge. C’est ce que nous devons faire, aujourd’hui, là-bas.

Face à cette situation instable, aux incertitudes des jours à venir, j’ai donné ordre que le porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates, fassent route vers la Méditerranée.

Emmanuel Macron, président de la République, le 04/03/2026

Nage en eaux troubles

Quelle sera la mission du porte-avions ? La syntaxe présidentielle a laissé penser que le navire pourrait participer à la sécurisation du détroit d’Ormuz. Pas du tout, a répondu ce matin la ministre de la Défense, Catherine Vautrin.

Le Charles de Gaulle fait route vers la Méditerranée. Il va donc sécuriser la zone, la Méditerranée, qui peut être aussi bien la Méditerranée orientale.

Vatherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, le 05/03/2026

La mission du Charles de Gaulle pourrait être de mener “les actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source”. C’est la formule utilisée dans le communiqué commun signé par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni le 1er mars.

Parmi ces actions défensives, il pourrait y avoir également l’accompagnement d’un plan pour le Liban. Le président français, répondant à l’appel du président Libanais, propose sa médiation pour arrêter les opérations militaires d’Israël et du Hezbollah. L’ennui, c’est qu’une action défensive est souvent perçue comme une agression par l’adversaire. Si les Rafales neutralisent des batteries au Liban ou en Iran, même dans un cadre défensif, la France devient partie prenante au conflit.

D’un autre côté, on ne peut admettre que le Hezbollah ou les Iraniens s’en prennent à nos alliés ou aux emprises militaires françaises sans qu’il n’y ait riposte. Le député insoumis Éric Coquerel en convient. Mais il estime que le Charles de Gaulle est à lui seul constitutif d’une menace.

On ne peut pas à la fois dire, je trouve, qu’on sera uniquement dans des interventions défensives, liés avec nos accords internationaux avec certains pays du Golfe, ça je peux le comprendre, c’est-à-dire qu’en gros les drones et les missiles qui arrivent sur les pays avec lesquels on a des accords de coopération, on se débrouille pour qu’ils ne frappent pas ces pays.

Mais en même temps dire qu’on envoie le porte-avions Charles de Gaulle, j’allais dire qui est une menace potentielle un peu plus importante et qui met la France comme un belligérant possible.

Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 05/03/2026

Le président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale recommande de s’aligner sur la position du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez. Un socialiste ! Tout arrive.

Ce n’est pas une surprise, on a proposé il y a plus d’un an aux Écologistes d’avoir des discussions nationales pour essayer de faire un accord national. Ils ne l’ont pas voulu, ils l’ont refusé. Et aujourd’hui vous avez, puisque j’ai lu leur texte, moi, et leur tribune, vous avez des militants écologistes qui disent : “C’est une erreur de ne pas l’avoir fait, il faut rester fidèle au programme du NFP, ça doit se faire avec la France insoumise”.

Les puissances impliquées dans ce conflit doivent immédiatement cesser les hostilités et s’engager dans le dialogue et la diplomatie. Car la question n’est pas de savoir si nous sommes pour ou contre les ayatollahs. Personne ne l’est. Certainement pas le peuple espagnol, et bien sûr le gouvernement espagnol non plus. La question est plutôt de savoir si nous sommes du côté du droit international et, par conséquent, du côté de la paix. La position du gouvernement espagnol se résume en 4 mots : non à la guerre.

Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, le 03/03/2026

L’Espagne a refusé que Washington utilise deux de ses bases militaires en Andalousie pour mener sa guerre contre l’Iran. Ce qui a plongé Donald Trump dans une fureur noire. Il a menacé de cesser toute relation commerciale avec le pays de Cervantès.

Certains des pays européens, comme l’Espagne par exemple, se sont très mal comportés. D’ailleurs, j’ai ordonné de mettre fin à toutes les négociations avec l’Espagne. Ca, c’était ma requête, que chaque nation européenne devait payer 5 % du budget pour les dépenses de défense. Et l’Espagne ne l’a pas fait. L’Espagne a dit que nous ne pouvions pas utiliser leurs bases.

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique, le 03/03/2026

Europe solidaire

En réponse, la Commission européenne a publié un communiqué assurant Madrid de sa solidarité.

“Nous sommes solidaires de tous les États membres et de leurs citoyens, et sommes prêts à réagir si nécessaire, à travers notre politique commerciale commune, pour défendre les intérêts de l’Union.”

Emmanuel Macron, de son côté, s’est entretenu avec le chef du gouvernement espagnol.

A tout instant, la France peut donc se retrouver impliquée dans la guerre. De fait, elle l’est déjà avec la présence de 400 000 ressortissants français dans les 13 pays touchés par le conflit. Les plus vulnérables ont commencé à être rapatriés. Mais la dégradation de la situation pourrait conduire à des évacuations en masse qu’il faudra être en mesure de protéger. C’est là que le Charles de Gaulle jouerait pleinement son rôle. A condition qu’il ne soit pas déjà entraîné dans l’escalade militaire.

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