On aurait tort de réduire l’affaire Epstein aux agissements d’un corrupteur pédocriminel, aussi abominable soit l’ampleur de ses crimes et surtout l’impunité dont il a longtemps bénéficié.
Derrière ces jeunes femmes violées, il y a un monde – celui des élites – dont les échanges de mails, extraits des 3,5 millions de documents mis en ligne par le ministère de la Justice américain, nous révèlent les mœurs. Jamais, peut-être, l’opportunité n’a été donnée au sociologue comme au journaliste d’explorer si loin les tréfonds de cette caste.
On s’y rend des services à coups de milliers de dollars, on ricane grassement sur les pauvres et les gens de couleur et on assouvit ses pulsions sur des femmes devenues des marchandises consommables.
Mépris de classe, de genre et d’origine
Mépris de classe, mépris de genre, mépris d’origine. Comme sous l’ancien régime, à cette différence que le privilège de l’argent a remplacé celui de la naissance.
Ce monde d’en haut était jusqu’à présent considéré hors de portée par la plupart des Français. En livrant tous les documents, sans filtres, sans contextualisation, sans hiérarchie, l’administration américaine a ouvert la boîte de pandore.
La sidération
L’heure est encore à la sidération. Ainsi c’était ça, l’entre-soi des riches. Une coterie de dépravés sans foi ni loi. Où la violence et l’humiliation n’ont d’égales que l’âpreté au gain et la médiocrité. Où la bassesse le dispute au ridicule.
À cet égard, l’étalage des turpitudes de la famille Lang n’a pas fini de nous indigner.
Sous l’ancien régime, déjà
Il faut s’en souvenir, la Révolution française fut précédée par une cascade de scandales. De la bête du Gévaudan aux rumeurs sur Marie-Antoinette, « l’Autrichienne », la noblesse y consuma une bonne part de sa sacralité. Si bien que quand vint l’heure de trancher la tête des aristocrates et des ecclésiastiques, nul n’y vit plus une offense au divin. Il ne s’agissait plus que de simples citoyens.
C’est quelque chose de cet ordre qui se met en marche avec l’affaire Epstein. Une perte de légitimité de l’argent roi et son clergé. Plus ravageuse, peut-être, que la critique – nécessaire – du capitalisme.
Délabrement moral
Bien sûr, les complotistes de tout poil lisent déjà dans ce scandale la confirmation de leurs assertions. Et la parole antisémite se libère encore un peu plus, comme un feu sur lequel on viendrait vaporiser de l’essence.
Mais au-delà de ces dingueries, c’est bien le délabrement moral d’un système qui se dévoile. Quand le peuple ne croit plus à la légitimité de ses élites, tout peut arriver. Souvent le pire. Parfois le meilleur.
Serge Faubert