
Si la Macronie se montre extrêmement sourcilleuse sur le périmètre respectif de la justice et de la représentation nationale, elle fait preuve, en revanche, d’une singulière décontraction lorsqu’il s’agit de placer les copains aux postes clés. La nomination d’Amélie de Montchalin à la présidence de la Cour des comptes en est le dernier exemple en date.
Le sujet c’est Emmanuel Macron nomme une macroniste dans un moment de défiance démocratique. Il choisit de nommer quelqu’un qui lui doit tout, dont il a dit d’ailleurs lui-même dans une cérémonie de médaille qui n’était pas en chocolat à l’Elysée il y a quelques jours, qu’il avait une dette envers celles et ceux qui l’avaient accompagné dans sa conquête du pouvoir, lui donne la responsabilité d’une institution qui doit être préservée du jeu politique, d’une institution qui doit être au-dessus de tout soupçon de la part de nos compatriotes.
Donc monsieur Macron fait deux choses, à la fois il met sous sa coupe la Cour des comptes. Ensuite, il s’offre aussi un répit au pouvoir puisque monsieur Macron aurait quitté l’Élysée en 2027 mais continuera à avoir des proches, des siens, à des fonctions de responsabilités importantes dans la République.
Madame de Montchalin à la Cour des comptes, monsieur Ferrand au Conseil constitutionnel, et tout ça, je le dis dans un moment où nos compatriotes doutent de la démocratie, dans un moment où l’extrême droite, les forces autoritaires, montent, progressent, partout à travers le monde, en Europe et y compris en France, en contestant nos institutions.
Benjamin Lucas-Lundy, député « Écologiste et social », le 10/02/2026
Ce n’est pas la femme d’un clan, proteste-t-on du côté des macronistes.
Moi je ne comprends pas bien la levée de boucliers que vous évoquez concernant Amélie de Montchalin. Amélie de Montchalin a été quatre fois ministre, ministre des Comptes publics, elle est reconnue pour sa compétence, ça a d’ailleurs été souvent dit dans les débats parlementaires pendant le budget, qu’elle n’était pas la femme d’un camp mais qu’elle avait su créer les conditions du consensus et du dialogue. Elle est pleinement légitime et tout à fait compétente pour cette fonction. Il y a, je trouve, un fond de misogynie derrière les attaques qui ciblent aujourd’hui Amélie de Montchalin.
Pieyre-Alexandre Anglade, députée « E,nsemble pour la République », le 10/02/2026
Juge et partie
On cherche en vain des preuves de son indépendance, rétorque le Rassemblement national.
Madame de Montchalin, dans son parcours politique, n’a à aucun moment fait preuve d’indépendance par rapport à Emmanuel Macron. Elle doit toute sa carrière à Emmanuel Macron, qui l’avait déjà recyclée à l’OCDE, à l’OCDE elle était déjà indépendante, elle est redevenue ministre des Comptes publics, elle n’a absolument pas démontré, contrairement à ce que vous dites, de compétences particulières à Bercy, les comptes sont dans le rouge, le budget de 2025 n’a été que des hausses d’impôts, celui de 2026 alourdit la dette, les dépenses publiques et les impôts.
Il n’y a strictement aucune raison pour que madame de Montchalin soit légitime à la tête de la Cour des comptes.
Jean-Philippe Tanguy, député « Rassemblement national », le 10/02/2026
Mais le problème de fond posé par la nomination du ministre du budget à la Cour des comptes, c’est qu’Amélie de Montchalin devient juge et partie.
Elle est ministre du budget en ce moment. Elle n’est en rien du tout indépendante du pouvoir politique. Elle n’a même pas été élue, elle est nommée par Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, via le gouvernement en tant que ministre du budget.
Son lien est tellement étroit que chacun verra que l’indépendance, l’impartialité, la neutralité, etc, ne sont pas respectées. Un fait qui là est incontestable : elle est en train de préparer le budget dont elle sera appelée à donner un avis dès le mois de septembre. Vous voyez bien que là il y a un côté juge et partie.
Il y a un moment donné où chacun se demandera en quoi elle agit, en tant qu’ancienne ministre du budget ou en tant que présidente de la Cour des comptes. Je pense que tout ça n’est pas souhaitable.
Éric Coquerel, député « La France insoumise » et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 10/02/2026
La présidence de la Cour des comptes présente l’amusante particularité de ne pas avoir de limitation dans le temps. Et qui plus est, le mandat est irrévocable. Montchalin, vous n’avez pas fini d’en entendre parler.
C’est une nomination pour 28 ans. Madame de Montchalin, si la loi ne change pas, et nous la ferons changer, naturellement, mais elle pourrait rester aujourd’hui 28 ans en fonction. C’est totalement inacceptable, c’est totalement insupportable et ça démontre combien un clan aujourd’hui veut prendre en main, contre le peuple de France, tous les rouages de l’appareil d’État, tous les grands corps d’État, pour se maintenir au pouvoir alors que les urnes rejettent massivement ce pouvoir.
Éric Ciotti, président du groupe « Union des droites pour la République » à l’Assemblée nationale, le 10/02/2026
Jeunisme
Pour la députée MoDem Perrine Goulet, il ne sert à rien de s’alarmer. Elle en est certaine, Amélie de Montchalin ne restera pas 28 ans à son poste.
Je pense que vous connaissez mal Amélie de Montchalin. C’est quelqu’un qui aime aussi les challenges. Aujourd’hui elle fera la Cour des comptes et je suis sûre qu’elle ne restera pas pendant 28 ans à la Cour des comptes. C’est une certitude, on la connaît bien et j’allais dire, voyez, moi qui suis beaucoup sur l’enfance, quand on parle souvent du délit d’enfantisme, de dire “il n’est pas compétent parce qu’il est enfant”, là, elle aurait 40 ans, elle ne serait pas compétente.
Je trouve ça dommage, et au contraire, moi j’aimerais bien un petit peu qu’on laisse certains postes aux plus jeunes plutôt que de toujours mettre des plus de 60 ans, 70 ans ou 80 ans comme on peut voir à certains endroits. Je pense que la jeunesse c’est aussi être les pieds dans le réel et qu’elle peut amener quelque chose d’intéressant justement à la Cour des comptes parce qu’elle est pied dans le réel.
Perrine Golet, députée « Les Démocrates », le 10/02/2026
La jeunesse, c’est avoir les pieds dans le réel, affirme Perrine Goulet. Emmanuel Macron avait 39 ans lorsqu’il a été élu pour la première fois à la présidence de la République. Depuis, les Français sont largement vaccinés contre les vertus supposées de la jeunesse en politique. Surtout lorsque le sommet de l’État prend des allures de République bananière.
Dans une quinzaine de mois, Emmanuel Macron quittera l’Élysée. Mais combien de copains aura-t-il recasé d’ici là. Car une chose est sûre. Les exfiltrations vont aller crescendo dans les mois qui viennent.