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Abattage du cheptel et ratification du Mercosur, le gouvernement se prépare un chouette réveillon

Un agriculteur de la Confédération paysanne à Les Bordes-Sur-Arize, le 11/12/2025 ©CLPress

Laïcité oblige, il n’y a pas de crèche de Noël à Matignon. Ni au ministère de l’Agriculture. Mais le gouvernement risque bien d’avoir son lot de paille et d’animaux. Et, en guise de santons, des agriculteurs furibards venus lui déposer des pneus enflammés devant les préfectures. L’épizootie de Dermatose nodulaire contagieuse, la DNC, qui sévit dans le sud de la France a réveillé la colère d’une partie du monde agricole.

Cette maladie qui frappe les bovins provoque notamment des lésions nécrotiques sur la peau des animaux infectés. Elle entraîne une chute de la lactation et la mort dans près de 10 % des cas. Pour enrayer l’épizootie, les pouvoirs publics pratiquent l’abattage systématique des troupeaux dès le premier cas détecté. Mais de nombreux éleveurs ne se résignent pas à voir leur cheptel éradiqué. La mesure est jugée excessive. Elle repose pourtant sur un consensus scientifique. Et elle est inscrite dans la réglementation de l’Union européenne, ce qui, loin de rassurer, accroît la défiance du monde agricole.

La France compte 144 000 exploitations bovines. A l’heure actuelle, 113 foyers de contaminations ont été identifiés. 3 200 animaux ont été abattus sur les 16 millions que compte le pays. Il existe un vaccin. Mais les pouvoirs publics ont du retard à l’allumage. Mardi dernier, la députée de la France insoumise, Manon Meunier, interpellait la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.

Madame la ministre, l’EFSA, autorité européenne sanitaire, indique que la solution la plus efficace pour lutter contre la DNC, ce n’est pas l’abattage total, c’est la vaccination. Or, c’est vous qui bloquez aujourd’hui la généralisation de la vaccination pour éviter d’avoir à remettre en question l’Union européenne et ses politiques d’export dépassées.

L’EFSA nous dit encore que lorsque la vaccination est effective, un abattage partiel à la même efficacité sanitaire qu’un abattage total. Alors quand vous imposez à la famille, l’homme, l’abattage total, alors que le troupeau est vacciné, que les élevages alentours sont vaccinés, vous ne respectez ni les éleveurs ni votre dignité, madame la ministre.

Manon Meunier, députée « La France insoumise », le 09/12/2025

A quoi fait allusion Marion Meunier ? A cette situation absurde qui veut que des animaux vaccinés ne puissent être exportés dans le reste de l’Europe. Les pays importateurs de viande française craignent que la vaccination, pratiquée en urgence sur des cheptels déjà contaminés, étende l’épizootie chez eux. L’Italie a ainsi suspendu plusieurs semaines ses importations avant de les reprendre récemment. Un protocole sanitaire draconien a été mis en place.

Vacciner tout le cheptel, c’était bloquer d’un coup toutes les exportations de la filière. Le gouvernement a donc préféré se concentrer sur les zones infectées. Quitte à privilégier une stratégie de dépeuplement, l’euphémisation technocratique employée pour désigner l’abattage.

La stratégie qui a été établie, elle a été établie par le parlement de l’élevage, elle a été établie par un collectif de scientifiques, de professionnels, de représentants syndicaux. Vous pouvez avoir des formules d’estrade, mais la réalité, madame la députée, et je voudrais dire que j’ai une pensée pour tous ces éleveurs qui ont vu leurs cheptels abattus. J’en connais le drame intime que cela représente. Tandis que vous, madame la députée, vous allez manifester sur la douleur d’autrui. Ce n’est pas ainsi qu’on aide les éleveurs de notre pays.

Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, le 09/12/2025

La vaccination est la solution

Ça c’était mardi dernier. Ce lundi matin, le ton avait changé.

Le dialogue est ouvert avec la profession. Le dialogue est ouvert. Notre responsabilité collective, aux organisations syndicales, professionnelles, avec les vétérinaires, avec les scientifiques, c’est de dire : Ensemble, déterminons comment on lutte au mieux contre cette maladie. Est-ce que vous pourriez suspendre cette procédure ? Est-ce que c’est possible ? La discussion est ouverte sur ce point.

Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, le 15/12/2025

Rien de mieux pour relancer la colère agricole. D’autant que l’abattage des troupeaux n’est pas le seul sujet de mécontentement.

La colère des agriculteurs, elle ne vient pas seulement de la dermatose. Elle vient d’un mal-être beaucoup plus profond. Ce mal-être, c’est celui qui est lié notamment à la négociation du traité du Mercosur qui devrait être signé mercredi et qui n’est absolument pas acceptable en l’état. Quelle est la filière la plus à risque dans le Mercosur ? C’est la filière bovine.

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, le 15/12/2025

Ce samedi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit s’envoler pour le Brésil afin de signer l’accord de libre-échange du Mercosur, cette zone économique qui rassemble le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Les États membres de l’Union européenne doivent auparavant se prononcer sur l’accord. Et tout va dépendre des clauses de sauvegarde.

En l’état, les pays de l’UE pourront freiner les importations sud-américaines qui causeraient un “préjudice grave” aux agriculteurs européens. Mais le risque de déstabilisation des filières nationales demeure. Et puis il y a la réciprocité des normes phytosanitaires. Les fameuses clauses miroir. Comment les appliquer ? Comment les contrôler ? Le danger est réel pour les consommateurs comme l’a rappelé Marine Tondelier.

C’est 138 produits toxiques, interdits en France, qui demain vont arriver dans vos assiettes par le Mercosur. Et ce n’est pas juste qu’ils seront dans vos assiettes et que vous direz “je ne consomme rien qui vient du Mercosur”, vous ne le saurez pas.

Vous allez acheter des lasagnes françaises, je le dis, ça va être écrit “fabriqué en France” avec un beau petit drapeau bleu, blanc, rouge. “Fabriqué en France”, ça pourra contenir de la viande du Mercosur. Parce que ce truc “fabriqué en France” veut dire que c’est l’assemblage final en France.

Marine Tondelier, Secrétaire nationale du parti « Les Écologistes », le 14/12/2025

La France est isolée

Hier, dans un entretien accordé au quotidien les Échos, le ministre de l’Économie et des finances, Roland Lescure, a indiqué qu’en l’état, le traité n’était “pas acceptable”. Il a fixé trois conditions à la signature de la France.

“Des clauses de sauvegarde solides et opérationnelles sur lesquelles le Parlement européen se prononcera ce mardi.” “Des mesures miroirs pour protéger nos citoyens et garantir une concurrence équitable en appliquant aux produits importés les mêmes normes qu’aux produits européens.” “Des contrôles sur les importations.”

Dans le bras de fer qui s’amorce, reste à savoir jusqu’où le gouvernement français est prêt à résister. L’Allemagne, l’Espagne et le Portugal, poussent les 27 États membres à approuver rapidement l’accord commercial. Dans cette bataille, la France n’a qu’un seul véritable allié : la Pologne. Insuffisant pour bloquer la tarification du traité. Sauf si la protestation des agriculteurs français fait tache d’huile un peu partout en Europe.

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