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À quoi sert Gabriel Attal ?

Gabriel Attal vient donc de se porter candidat à la présidence de la République. À moins d’avoir passé les six derniers mois coincé dans un congélateur, la nouvelle ne surprendra pas grand monde. Et la mise en scène, – un « débat citoyen » organisé dans la commune de Mur-de-Barrez, village sympathique du nord de l’Aveyron – ne changera pas grand-chose à l’affaire.

Entre-soi

Gabriel Attal reste perçu, pour l’instant, comme l’émanation d’un entre-soi parisien qui peine à faire oublier ses privilèges. Car le nouveau candidat ne doit son itinéraire qu’au fait du prince. S’il n’avait été choisi par Emmanuel Macron en janvier 2024 pour succéder à Élisabeth Borne à Matignon, aurait-il la notoriété suffisante pour briguer l’Élysée ? Encore faut-il relativiser son expérience de chef du gouvernement. Elle ne s’étale que sur huit petits mois, dont deux à expédier les affaires courantes après les législatives anticipées de 2024. Presque un stage d’observation…

Cuir tanné 

C’est bien la faiblesse de Gabriel Attal. Cette absence de cuir tanné par les épreuves de la vie et les rendez-vous électoraux. Emmanuel Macron était dans la même situation en 2016, objectera-t-on. Justement, les Français ont déjà donné. Les neuf années qui viennent de s’écouler les ont vaccinés contre toute forme de jeunisme. Plus personne ne croit au petit prince de la politique.

Cosette

Gabriel Attal le sait. Il a bien tenté dans un livre récent – « En homme libre » – de casser son image de rejeton né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Tentative ratée. La classe politique ne lui a pas épargné ses sarcasmes, Marine Le Pen allant jusqu’à le comparer à Cosette dans les Misérables. Qu’il ait été harcelé à l’école ou stigmatisé, parce qu’homosexuel, n’a tiré de larmes à personne. C’est le lot de milliers d’enfants et d’adolescents.

Ce jeune homme trop pressé a-t-il tort de descendre dans l’arène ? Non. S’il veut convaincre un jour, il lui faut prendre des coups, essuyer des revers, accumuler les déceptions. C’est ainsi, les Français adorent les politiques bardés de cicatrices. Sans doute imaginent-ils qu’au moment de prendre une décision qui les concerne, un président blanchi sous le harnais y réfléchira à deux fois. De Gaulle ou Mitterrand étaient de ce bois-là.

Galop d’essai

Gabriel Attal va donc faire un premier tour de piste. Il lui faudra démontrer qu’il n’est pas le fils spirituel d’Emmanuel Macron – sans trop insister cependant s’il ne veut pas perdre l’héritage électoral. Il devra surtout expliquer l’utilité de sa candidature : en quoi diffère-t-il d’un Édouard Philippe, un ancien Premier ministre autrement plus madré ? Et le seul candidat en mesure de battre le Rassemblement national au second tour si l’on en croit les sondages. Certes, la dynamique des campagnes électorales fait que, parfois, les courbes se croisent. Mais le retard sur Édouard Philippe reste considérable.

Rendez-vous en 2032

Le vrai rendez-vous avec les Français, ce sera pour 2032. Gabriel Attal aura quelques rides – de celles qui rassurent – et la sagesse de ceux qui ont appris à survivre en attendant leur tour d’être dans la lumière. Le seul hic, c’est qu’il risque à ce moment-là d’être en concurrence avec un dénommé Emmanuel Macron tentant son come-back. Le président sortant n’aura alors que 53 ans…

Serge Faubert

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